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	<title>tache-aveugle</title>
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	<description>musicologie musique jazz esth&#233;tique litt&#233;rature contemporaine Benjamin Renaud</description>
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		<title>&#8230; but some don't</title>
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		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique8">textes de l'improviste</category>


		<description>Suite du pr&#233;c&#233;dent ou, plus exactement, version un peu plus acceptable du m&#234;me texte. C'est &#224; lire comme un brouillon et ne pr&#233;tend pas plus, malgr&#233; quelques apparences, &#224; un caract&#232;re fini et achev&#233;. R&#233;flexion en cours : sur le jazz, sur Adorno, sur la dialectique, etc. &lt;br /&gt;Some like it, some don't &lt;br /&gt;&#8212; Does that mean you play that very fast music&#8230; jazz ? (&#8230;) I guess some like it hot. (&#8230;) &lt;br /&gt;&#8212; Well&#8230; nobody's perfect ! &lt;br /&gt;&#192; peu de choses pr&#232;s, le diagnostic formul&#233; il y a plus de quinze ans par Philippe Lacoue-Labarthe (...)


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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;textes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Suite du &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article301&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; ou, plus exactement, version un peu plus acceptable du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; texte. C'est &#224; lire comme un brouillon et ne pr&#233;tend pas plus, malgr&#233; quelques apparences, &#224; un caract&#232;re fini et achev&#233;. R&#233;flexion en cours : sur le jazz, sur Adorno, sur la dialectique, etc.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Some like it, some don't&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Does that mean you play that very fast music&#8230; jazz ? (&#8230;) I guess some like it hot.
(&#8230;)
&lt;br /&gt;&#8212; Well&#8230; nobody's perfect !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; peu de choses pr&#232;s, le diagnostic formul&#233; il y a plus de quinze ans par Philippe Lacoue-Labarthe reste d'actualit&#233; : Adorno, jusqu'&#224; plus ample inform&#233;, reste &#171; le seul philosophe d'envergure &#224; avoir trait&#233; du jazz &#187;. Au-del&#224; des premi&#232;res indications de Lacoue-Labarthe au sujet du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Zeitlose Mode &#187;&lt;/i&gt; de 1953, la t&#226;che d'une lecture cons&#233;quente des textes qu'Adorno a consacr&#233;s au jazz demeure, pour quiconque voudrait saisir, avec quelque cons&#233;quence &#171; philosophique &#187;, un peu de ce champ musical dont la pens&#233;e reste &#224; venir. Lire ces textes, cela ne saurait &#234;tre s'interroger seulement sur la pertinence ou non de telle ou telle des &#171; sentences &#187; d'Adorno &#224; l'&#233;gard d'une musique qu'il connaissait somme toute assez mal, d'un peu loin, d'une musique surtout qui a &#233;norm&#233;ment &#233;volu&#233; depuis la r&#233;daction desdits textes. Il faudrait pour cela que les suppos&#233;es sentences f&#251;ssent imm&#233;diatement lisibles, transparentes quant &#224; leur vis&#233;e, leur port&#233;e, leur vouloir-dire intentionnel ou non &#8212; et quant &#224; leur fonctionnement textuel. Il n'en est bien s&#251;r rien, s'il faut continuer de croire avec Jacques Derrida qu'&#171; un texte n'est un texte que s'il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la r&#232;gle de son jeu. &#187; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] C&amp;#39;est avec cette phrase que s&amp;#39;ouvrait l&amp;#39;essai consacr&#233; &#224; &#171; La pharmacie de (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] Lire ces textes, s'il s'agit comme nous le croyons d'un travail proprement philosophique, cela doit &#234;tre en premier lieu essayer d'en saisir la singularit&#233; (la coh&#233;rence interne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; les inhomog&#233;n&#233;it&#233;s) &#8212; mais il faut pour cela savoir, du m&#234;me geste, reconna&#238;tre quels sont les philosoph&#232;mes emprunt&#233;s par Adorno &#224; une tradition philosophique et extra-philosophique plus vaste. Cette tradition, par exemple de Kant &#224; Freud en passant par Hegel et Marx, est mobilis&#233;e par Adorno tant&#244;t explicitement, tant&#244;t de fa&#231;on possiblement moins &#233;vidente, disons au moins aux yeux du musicologue qui serait trop press&#233; de vouloir tirer des conclusions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pr&#233;sent article, de fa&#231;on encore pr&#233;liminaire, a pour but de commencer &#224; rendre visible quelques-uns de ces fils un peu moins obvies, en particulier quant &#224; une certaine appartenance de ces textes &#224; la tradition de ce qui s'est appel&#233;, depuis Platon, &#171; la dialectique &#187;. Afin de ne pas trop disperser notre lecture, et par ailleurs pour respecter l'&#233;volution et le mouvement de la pens&#233;e, sur ce sch&#232;me &#171; dialectique &#187;, de celui qui sera en 1966 l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt;, nous nous contenterons d'emprunter aux trois textes des ann&#233;es 1930 que sont : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Abschied vom Jazz &#187;&lt;/i&gt; (1933), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt; (1936-1937) et l'essai &#171; Sur le caract&#232;re f&#233;tiche dans la musique et la r&#233;gression de l'&#233;coute &#187; (1938). Nous indiquerons en conclusion dans quelles directions on pourrait alors &#234;tre tent&#233; de tirer la lecture, et quelques cons&#233;quences possibles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de la philosophie dans le jazz&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de tenter une premi&#232;re travers&#233;e de ces textes, il convient de commencer par rappeler que la t&#226;che d'une r&#233;flexion &#171; philosophique &#187; sur le jazz n'est pas une prescription ext&#233;rieure &#224; celui-ci. Qui voudrait se passer de la rigueur d'une telle r&#233;flexion reconduirait presque in&#233;vitablement toute une s&#233;rie de philosoph&#232;mes, &#224; vrai dire toute une philosophie qui risquerait d'&#234;tre d'autant plus dogmatique qu'elle reste impens&#233;e. C'est ce qui se passe le plus souvent. Pour montrer cela, nous partons de l'exemple, en apparence loin de toute philosophie, d'un texte du critique et historien du jazz Fran&#231;ois Billard, &#233;crivant au sujet du jazz, au sujet du rapport qu'entretient le pianiste Lennie Tristano (&#224; qui Billard consacre son livre) avec cette chose &#233;trange appel&#233;e &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;free jazz&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8230; de tout ce beau g&#226;chis, ne restent que quelques moments o&#249; Lennie r&#233;ussit &#224; faire passer, comme en contrebande, ce qu'il avait envie de dire : &#171; Il y a 25 ou 30 ans, les gens aimaient &#233;couter le jazz ; maintenant, non seulement ils ne veulent pas l'&#233;couter, mais ils veulent le jouer eux-m&#234;mes ! Tout le monde veut improviser&#8230; C'est ce qu'on pourrait appeler &#8220;l'&#232;re de l'expression individuelle&#8221; ! Tout le monde doit jouer son truc, n'est-ce pas ? &#187; Ironie lourde de sens, formules que n'auraient reni&#233;[es] ni C&#233;line, ni Nietzsche : l'individu-roi se trouve face &#224; un moyen d'expression privil&#233;gi&#233;, le jazz, musique de l'improvisation, qui plus est ! Il n'y a qu'un pas, sit&#244;t franchi, entre l'&#233;thique publicitaire de toute une soci&#233;t&#233; (la &#171; libre entreprise &#187; &#224; la port&#233;e de chacun) et son nouveau &#171; code &#187; d'expression. S'exprimer avant tout et exprimer quoi ? Soi-m&#234;me. Le tout existant &#224; l'&#233;chelle des &#201;tats-Unis, o&#249; tout ce qui est individuel devient aussit&#244;t collectif : des millions d'Am&#233;ricains se mettent &#224; pratiquer l'auto-expression, comme ils se mettraient &#224; manger des croissants si les hamburgers n'&#233;taient plus &#224; la mode. Selon une telle optique, il importe peu de chercher un &#171; contenu &#187; &#8212; l'exp&#233;rience d'une communaut&#233; humaine, ses modes d'expression et ses techniques &#8212;, puisque l'histoire, le pass&#233;, le savoir-faire sont des concepts culturels de la &#171; vieille Europe &#187;&#8230; Pourquoi s'encombrer de tout ce &#171; foutoir &#187; lorsque l'on a soi-m&#234;me, quelque chose &#224; dire, &#224; exprimer ? C'est ainsi que le &#171; free jazz &#187; a pu trouver tout naturellement sa place dans une telle vision de l'humain : peu importe, au fond, qu'il soit, d'abord, l'expression d'une communaut&#233;, la soci&#233;t&#233; noire am&#233;ricaine, il entre si bien dans la nouvelle dialectique de la libert&#233;, une dialectique sans p&#244;le n&#233;gatif, r&#233;alisation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[sic &#8212; je suppose qu'il faut plut&#244;t lire ici : &#171; r&#233;solution &#187;]&lt;/i&gt; remarquable de tous les conflits ! Il devient alors in&#233;vitable de juger, avec toute une nouvelle g&#233;n&#233;ration de penseurs, que tous les vieux outils ne sont plus bons &#224; rien. L'ennui, c'est qu'on ne sait plus s'en servir. &#192; ce niveau, le jazz devient aussi neutre, aussi artificiel que n'importe quelle mode parisienne ; il en participe et y gagne en vacuit&#233;, conformisme, et perd toute substance. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Fran&#231;ois Billard, Lennie Tristano, p. 95-96.' &gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne pouvons pas, faute de place, reconstituer ici l'ensemble de la sc&#232;ne tr&#232;s retorse qui se joue entre Tristano &#8212; vrai-faux p&#232;re, d&#232;s 1949, du &#171; free jazz &#187; (avec guillemets) &#8212; et les musiciens du free jazz (sans guillemets) du d&#233;but des ann&#233;es 1960, entre les partisans de l'un et les partisans des autres, lesquels, en raison d'une forte n&#233;cessit&#233; qui resterait &#224; analyser, sont rarement les m&#234;mes. Nous renon&#231;ons, du m&#234;me coup, &#224; situer ce singulier passage au sein du livre du &#171; tristanien &#187; Fran&#231;ois Billard, &#224; d&#233;m&#234;ler le partage des voix, entre voix de Tristano et voix de Fran&#231;ois Billard, savoir si c'est Billard qui ventriloque Tristano ou bien l'inverse. Nous ne retenons donc, dans l'extrait cit&#233;, que ce qui int&#233;resse directement notre propos sur &#171; la dialectique &#187;, sans ignorer pour autant qu'il y aurait mati&#232;re ici &#224; un bien long commentaire. En premier lieu, il convient de noter que ladite &#171; dialectique &#187; est nomm&#233;e : Billard mentionne et moque ce qu'il analyse comme la fausse r&#233;alisation du r&#234;ve (ou du cauchemar ?) de tout dialecticien, &#224; savoir la &#171; r&#233;solution remarquable de tous les conflits &#187;, &#224; savoir donc une nouvelle dialectique qui, a force d'avoir si bien fait travailler le n&#233;gatif, r&#233;ussit &#224; se passer de &#171; p&#244;le n&#233;gatif &#187;. Billard, en cela dialecticien, r&#234;ve &#224; son r&#234;ve de dialecticien (une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; qui aurait raison de tout &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;reste&lt;/i&gt;), mais s'y refuse fermement lorsqu'on veut lui fait croire que ce r&#234;ve s'est accompli en r&#233;alit&#233;. Billard, en cela dialecticien, d&#233;clare en somme : moi, en bon dialecticien, je ne marche pas, je vois bien que cette pr&#233;tendue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; n'est qu'une &#171; r&#233;conciliation extorqu&#233;e &#187;. Si l'on devait abandonner un jour la pr&#233;&#233;minence du sch&#232;me dialectique, il faudrait &#233;videmment absolument conserver cette vigilance critique &#224; l'encontre de toutes les r&#233;conciliations extorqu&#233;es. Mais on ne peut s'emp&#234;cher de forger en m&#234;me temps un soup&#231;on, et de reconna&#238;tre derri&#232;re la vigilance de Billard ce qui n'est peut-&#234;tre qu'un habile proc&#233;d&#233;, conscient ou non : Billard, en cela dialecticien, disqualifie ce qu'il veut disqualifier en le pr&#233;sentant comme ce qui se pr&#233;sente comme l'accomplissement r&#234;v&#233; de la dialectique &#8212; chose que tout dialecticien se refuse &#224; avaler, &#233;videmment. Le premier texte qu'Adorno consacre au jazz donne un bon exemple d'une telle m&#233;canique, o&#249; on ne sait plus qui, du jazz, de ses d&#233;fenseurs, ou d'Adorno, est responsable du fait de pr&#233;senter le jazz comme &#171; r&#233;solution remarquable de tous les conflits &#187;, pr&#233;sentation d&#233;nonc&#233;e &#224; bon droit, du m&#234;me geste, par Adorno :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car le saxophoniste ou le clarinettiste ou m&#234;me le batteur virtuose qui faisait ici, entre les temps marqu&#233;s, ses bonds aventureux, qui d&#233;calait les accents et avec d'audacieux glissandi &#233;galisait les tons &#8212; celui-ci en tout cas aurait d&#251; quand m&#234;me &#233;chapper &#224; l'industrialisation ; son royaume passait pour royaume de la libert&#233; ; ici manifestement, la paroi rigide entre production et reproduction avait saut&#233;, l'imm&#233;diatet&#233; d&#233;sir&#233;e &#233;tait r&#233;install&#233;e, l'&#233;trangement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[Entfremdung]&lt;/i&gt; de l'homme et de la musique ma&#238;tris&#233; par une force vitale. Il ne l'&#233;tait pas, et qu'il ne le f&#251;t pas, cela faisait la tromperie et le naufrage du jazz. La r&#233;conciliation entre musique d'art et musique utilitaire, entre consommabilit&#233; et &#171; niveau &#187;, entre proximit&#233; &#224; l'origine et caract&#232;re parvenu, entre rigueur et libert&#233;, entre production et reproduction est non-vraie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[unwahr]&lt;/i&gt; de bout en bout. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; id=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] (traduction Alice Volkwein et B. Renaud.)' &gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-del&#224; de cette mention explicite, mais &#224; distance, du mot &#171; dialectique &#187;, il y a n&#233;anmoins bien plus &#224; lire, dans ce premier extrait. Celui-ci a beau n'&#234;tre pas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, un texte-de-philosophie, la philosophie ne manque pas d'y faire retour. La condamnation du free jazz par Billard est dict&#233;e par sa volont&#233; de s'assurer que le jazz ne perde pas &#171; toute substance &#187;, qu'il conserve un &#171; contenu &#187; ; laquelle substance ou lequel contenu est, selon Billard, imm&#233;diatement social, collectif ou, plus exactement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communautaire&lt;/i&gt; : le jazz est, &#171; au fond &#187;, &#171; d'abord, l'expression d'une communaut&#233; &#187;. Mais cette substance ou ce contenu serait menac&#233; par deux motifs conjoints : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'une part&lt;/i&gt;, par le fait que le jazz sort de sa communaut&#233; d'origine, la &#171; soci&#233;t&#233; noire am&#233;ricaine &#187;, qu'il s'expose au dehors et s'exporte &#171; &#224; l'&#233;chelle des &#201;tats-Unis &#187;, aupr&#232;s des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;millions&lt;/i&gt; d'Am&#233;ricains &#187;. Ce premier motif est tr&#232;s classiquement rousseauiste : l'id&#233;al de la soci&#233;t&#233;, le crit&#232;re de son authenticit&#233;, c'est la petite communaut&#233;, imm&#233;diatement pr&#233;sente &#224; elle-m&#234;me, &#224; port&#233;e de voix [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb4&quot; name=&quot;nh4&quot; id=&quot;nh4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Cf. &#224; ce sujet, entre autres, le dernier chapitre de l&amp;#39;Essai sur (...)' &gt;4&lt;/a&gt;]. Ce motif se conjugue, comme il se doit, avec une inqui&#233;tude sur le risque d'une dilution de l'h&#233;ritage sp&#233;cifique de cette communaut&#233; : ce qui est redout&#233;, c'est l'amn&#233;sie, l'oubli de &#171; l'histoire, le pass&#233;, le savoir-faire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'autre part&lt;/i&gt;, second motif, par le processus de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;mocratisation&lt;/i&gt; : ce qui fait que le jazz est menac&#233; dans sa substance, ce n'est pas seulement le fait que les Am&#233;ricains &#233;coutent ou n'&#233;coutent pas du jazz comme ils mangeraient des croissants s'ils ne mangeaient pas de hamburgers, mais c'est surtout le fait qu'&#171; ils veulent le jouer eux-m&#234;mes &#187;, le fait qu'on laisse &#224; l'&#171; individu &#187; la possibilit&#233; de s'approprier ce &#171; moyen d'expression &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt; &#187;. La &#171; &#8220;libre entreprise&#8221; &#187; n'est pas tant un mal en soi : c'est qu'elle soit &#171; &#224; la port&#233;e de chacun &#187; qui cr&#233;e le p&#233;ril, parce que l'individu n'a rien &#224; exprimer, rien ou si peu, et en tout cas rien de substantiel ni d'essentiel &#8212; sinon &#171; soi-m&#234;me &#187;. On doit donc en d&#233;duire que le &#171; soi-m&#234;me &#187; de cet individu est vide, qu'il n'a pas de substance, et ceci du fait m&#234;me de sa participation &#224; la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, du fait m&#234;me que le &#171; soi-m&#234;me &#187; qu'il veut exprimer est tout sauf un vrai soi-m&#234;me : cet individu ne s'appartient pas parce qu'il appartient &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce en quoi cet individu est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; all screwed-up &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb5&quot; name=&quot;nh5&quot; id=&quot;nh5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] Notons que les dictionnaires usuels proposent aussi comme traduction, (...)' &gt;5&lt;/a&gt;] : dans une interview datant de 1964, cit&#233;e de fa&#231;on fort enthousiaste par Billard, Tristano s'en r&#233;f&#233;re (de mani&#232;re un peu curieuse, il faut bien l'avouer, mais &#244; combien symptomatique) &#224; la seconde topique freudienne. Apr&#232;s avoir disqualifi&#233; Coltrane, Rollins et Miles Davis du c&#244;t&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; all emotion, no feeling &#187;&lt;/i&gt;, il pr&#233;cise que &#171; leur truc est une expression du Moi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[an expression of the ego]&lt;/i&gt;. Je veux que le jazz provienne du &#199;a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[out of the id]&lt;/i&gt;. Dit autrement, le vrai jazz est ce qu'on peut jouer avant d'&#234;tre compl&#232;tement fracass&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[before you're all screwed-up]&lt;/i&gt; ; l'autre est ce qui se produit apr&#232;s qu'on est fracass&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[after you're screwed-up]&lt;/i&gt;. &#187; Si l'on veut r&#233;sumer sch&#233;matiquement le propos tr&#232;s &#171; dialectique &#187; de Billard : le membre de la petite soci&#233;t&#233; a un contenu &#224; exprimer car il est imm&#233;diatement communautaire ; l'individu de la grande soci&#233;t&#233; n'a aucune substance car il est imm&#233;diatement collectif, donc conformiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de la Gr&#232;ce en philosophie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le discours de Fran&#231;ois Billard, au moins quant &#224; ces deux motifs et &#224; tout ce qui fait syst&#232;me avec eux, est programm&#233; par avance, prescrit. Au lecteur familier d'Adorno reviennent quelques r&#233;miniscences, tant certains arguments semblent faire &#233;cho &#8212; &#233;cho d&#233;form&#233;, bien entendu &#8212; aux vives critiques d'Adorno. C'est ce que nous devons maintenant v&#233;rifier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'essai &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, qu'Adorno fait para&#238;tre en 1936, est bel et bien, pour le coup, un texte de philosophie. Dans ce texte assez singulier, cohabitent avec le jazz des petites poup&#233;es et des ours en peluche, des tomates et du fromage, etc. ; mais tout ceci n'emp&#234;che pas, &#224; vrai dire ni plus ni moins que les hamburgers et les croissants, que de la philosophie sorte de tout cela, et peut-&#234;tre m&#234;me que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; philosophie, si quelque chose de tel existe, fasse ici encore retour. Adorno utilise pourtant dans ce texte bien moins de jargon &#171; dialectique &#187;, &#171; philosophique &#187; que dans certains autres textes de la m&#234;me &#233;poque et sur le m&#234;me sujet, Adorno y parle nettement moins &#171; le h&#233;g&#233;lien &#187; ; que l'on songe par exemple &#224; l'essai de 1938 sur le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fetischcharakter&lt;/i&gt;, o&#249; il est sans cesse question de &#171; dialectique &#187;, de &#171; synth&#232;se &#187; et d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aufhebung &#187;&lt;/i&gt;, d'&#171; unit&#233; des sph&#232;res de la musique [qui] reste celle de leur indissoluble contradiction &#187;, de &#171; tout ce qui ne se meut que dans la contradiction &#187;, etc. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb6&quot; name=&quot;nh6&quot; id=&quot;nh6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; les hamburgers et les croissants du texte de (...)' &gt;6&lt;/a&gt;]. Mais la pr&#233;sence bien moins importante de tout ce lexique, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, n'emp&#234;che pas Adorno de demeurer viss&#233; &#224; l'&#233;l&#233;ment de sa pens&#233;e et de son langage, qui est, &#224; cette &#233;poque, encore tr&#232;s marqu&#233; par la dialectique h&#233;g&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Remarquons tout d'abord la r&#233;currence visible d'au moins un des deux motifs rep&#233;r&#233;s plus haut dans le texte de Billard. On avait not&#233; que celui-ci d&#233;terminait le &#171; &#8220;contenu&#8221; &#187; qui devait &#234;tre &#171; exprim&#233; &#187; par la musique (le jazz, en l'occurrence) &#233;tait &#171; d'abord, l'expression d'une communaut&#233; &#187;, ce qui, &#224; la formulation pr&#232;s (ce qui n'est pas rien), n'est pas &#233;tranger &#224; la d&#233;termination adornienne du &#171; contenu de v&#233;rit&#233; &#187; des &#339;uvres en tant que leur contenu social. Sociale, encore, la &#171; fonction &#187; qu'Adorno veut d&#233;crypter dans le jazz, faute d'y trouver un contenu suffisament digne d'int&#233;r&#234;t &#224; son go&#251;t [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb7&quot; name=&quot;nh7&quot; id=&quot;nh7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] &#171; Le jazz n&amp;#39;est pas ce qu&amp;#39;il &#8220;est&#8221; &#8212; sa texture est mince esth&#233;tiquement et (...)' &gt;7&lt;/a&gt;] ; l&#224; encore, nulle contradiction avec Billard qui, ne trouvant pas de &#171; &#8220;contenu&#8221; &#187; dans l'auto-expression narcissique des mangeurs de hamburgers, interpr&#233;tait cette absence de contenu comme r&#233;v&#233;latrice d'une soci&#233;t&#233; de la libre entreprise et de l'&#233;thique publicitaire. Sur fond de cet accord [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb8&quot; name=&quot;nh8&quot; id=&quot;nh8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] &#171; Accord &#187; est probablement un mot trop fort. Il ne s&amp;#39;agit &#233;videmment pas (...)' &gt;8&lt;/a&gt;], donc, Billard et Adorno r&#233;activent le m&#234;me motif : le proc&#232;s de la d&#233;mocratie, ou plus exactement de la d&#233;mocratisation. Lisons plut&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il [le jazz] est pseudo-d&#233;mocratique en un sens typique de notre &#233;poque : son attitude d'imm&#233;diatet&#233;, que l'on peut d&#233;finir comme un syst&#232;me rigide de trucs, nous aveugle sur les diff&#233;rences de classes. Dans le domaine actuel du politique comme dans celui de l'id&#233;ologie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une d&#233;mocratie de ce genre n'est jamais tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la r&#233;action&lt;/i&gt;. Plus le jazz se r&#233;pand dans les couches profondes de la soci&#233;t&#233;, plus il adopte de traits r&#233;actionnaires, plus il devient esclave de la banalit&#233; et moins il tol&#232;re de libert&#233;s ou d'&#233;vasions imaginatives, pour finir par une musique d'accompagnement des collectivit&#233;s au go&#251;t du jour, glorifiant la r&#233;pression elle-m&#234;me. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plus le jazz se fait d&#233;mocratique, plus il est mauvais.&lt;/i&gt; (p. 71. Je souligne)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette critique de la d&#233;mocratie se retrouve en filigrane deux ans plus tard dans l'essai sur le caract&#232;re f&#233;tiche : il y a non seulement la remarque incidente selon laquelle &#171; en Am&#233;rique, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les soi-disant lib&#233;raux et progressistes que l'on retrouve dans les rangs des avocats de la musique l&#233;g&#232;re populaire, qui veulent la classifier comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; afin de donner une large assise &#224; leur action &#187; (p. 72), mais aussi et surtout l'ensemble du portrait de l'auditeur seulement capable d'&#171; &#233;coute r&#233;gressive &#187;, en tant pr&#233;cis&#233;ment qu'il est un consommateur, et en tant que soumis &#224; la propagande publicitaire et id&#233;ologique. &#171; Lorsqu'il [le consommateur de &#171; tubes &#187;] r&#233;agit, cela ne fait d&#233;j&#224; plus de diff&#233;rence, qu'il s'agisse de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Septi&#232;me symphonie&lt;/i&gt; ou bien d'une culotte de bain. &#187; (p. 27) C'est ici le dialecticien qui parle et qui d&#233;nonce, comme toujours, le risque de la confusion, le risque qu'on se mette &#224; confondre la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Septi&#232;me&lt;/i&gt; avec un petit cache-sexe de bain &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Badeh&#246;schen)&lt;/i&gt;, qu'on se mette &#224; confondre les croissants et les hamburgers. Depuis Platon, le dialecticien d&#233;nonce celui qui, ne se laissant pas p&#233;n&#233;trer par la raison et la v&#233;rit&#233;, hoche la t&#234;te de d&#233;dain quand on lui dit qu'il y a des plaisirs qui viennent de d&#233;sirs nobles et bons, d'autres de d&#233;sirs pervers, quand on lui soutient qu'il faut cultiver les premiers, dompter et r&#233;primer les seconds. Lui les consid&#232;re de valeur &#233;gale, veut les honorer tous. Il s'abandonne &#224; l'un, puis &#224; l'autre, puis &#224; un autre encore, selon son bon vouloir, selon le d&#233;sir qui fait irruption (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, VIII). Il ne fait pas la diff&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le dialecticien, donc, &#224; cela, s'oppose ; c'est m&#234;me le fond de commerce du dialecticien : faire la diff&#233;rence, opposer, s'opposer &#8212; s'opposer, parce qu'il d&#233;termine la diff&#233;rence en opposition. Ce en quoi, voulant confondre ceux qu'il accuse de confusion, il a tendance &#224; parfois les confondre, &#224; parfois confondre : la distinction qui se veut rigoureuse tend in&#233;vitablement &#224; homog&#233;n&#233;iser le champ &#171; adverse &#187;. Adorno n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle, ni ici ni ailleurs &#8212; c'est d'ailleurs lui-m&#234;me qui, voulant peut-&#234;tre conjurer la ressemblance, cite &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; (livre III) au d&#233;but de l'essai sur le f&#233;tiche. Nous reconnaissons donc sans mal que, s'agissant de la critique de la d&#233;mocratie, Adorno (de m&#234;me que Billard) ne fait que redonner sa version d'un air ancien. Ainsi que le rappelle Jacques Derrida :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8230; alors que presque tout le monde (&#8230;) all&#232;gue au moins le d&#233;mocratisme, nous devons nous rappeler qu'il y a au fond assez peu de discours philosophiques, si m&#234;me il y en a, dans la grande tradition qui va de Platon &#224; Heidegger, qui aient pris sans r&#233;serve le parti de la d&#233;mocratie. En ce sens le d&#233;mocratisme philosophique est une chose assez rare en somme et fort moderne. Peut-&#234;tre m&#234;me encore tr&#232;s peu philosophique. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb9&quot; name=&quot;nh9&quot; id=&quot;nh9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] JD, Voyous, p. 66.' &gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en ce sens que nous disions plus haut que quelque chose de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; philosophie &#187;, quelque chose de cette &#171; grande tradition &#187; dont parle Derrida, fait retour dans le texte d'Adorno. Il s'agit bien, en effet et &#224; ce titre au moins, d'un texte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;philosophique&lt;/i&gt;. Ce n'est pas parce qu'on parle de jazz, de poup&#233;es et d'ours en peluche, de tomates et de fromage, que, m&#233;langeant subtilement le tout, on ne laisse pas transpara&#238;tre, au final dans ce plat bigarr&#233;, des origines grecques, c'est-&#224;-dire ici &#171; platoniciennes &#187;. On se rappelle peut-&#234;tre d'ailleurs que la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bigarrure&lt;/i&gt;, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bariolage&lt;/i&gt; sont un des motifs r&#233;currents de ce portrait s&#233;v&#232;re que Platon fait de la d&#233;mocratie dans le livre VIII de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb10&quot; name=&quot;nh10&quot; id=&quot;nh10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Parmi les innombrables commentaires auxquels ce passage classique a (...)' &gt;10&lt;/a&gt;], et que ce motif est ce qui fait aussi son attrait [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb11&quot; name=&quot;nh11&quot; id=&quot;nh11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] La question de l&amp;#39;attrait (Reiz) est bien entendu omnipr&#233;sente dans les (...)' &gt;11&lt;/a&gt;]. Ainsi par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Il y a des chances, dis-je, que cette constitution [d&#233;mocratique] soit la plus belle de toutes. Comme un manteau bigarr&#233;, orn&#233; de toutes les couleurs, ce gouvernement bariol&#233; de tous les caract&#232;res semblerait &#234;tre le plus beau. Et sans doute, ajoutai-je, cette constitution, &#224; l'image des ornements bigarr&#233;s qui subjuguent les enfants et les femmes, fait-elle l'admiration du grand nombre. (557c, trad. Georges Leroux)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On voit ressurgir ici la question du nombre que nous avions soulign&#233;e plus haut : et, comme toujours chez Platon, ce qui est susceptible de plaire au &#171; grand nombre &#187;, c'est une rh&#233;torique, une sophistique, et c'est seulement un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ornement&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb12&quot; name=&quot;nh12&quot; id=&quot;nh12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] Faut-il souligner encore, et rappeler que la critique de l&amp;#39;ornement est (...)' &gt;12&lt;/a&gt;]. Simple affaire d'apparence et d'ext&#233;riorit&#233;, sans aucune int&#233;riorit&#233; donc, et c'est pourquoi cela pla&#238;t &#224; ces &#234;tre superficiels que sont les femmes et les enfants, et &#224; ceux qui leur ressemblent. C'est que, &#224; avoir tous les caract&#232;res, on n'en a finalement aucun : de m&#234;me que le gouvernement d&#233;mocratique n'est finalement pas une vraie constitution &#171; parce qu'en raison de la libert&#233; qu'on y trouve, il contient toutes les esp&#232;ces de constitutions politiques &#187; (557d), de m&#234;me de &#171; l'homme &#233;galitaire &#187; on peut dire &#171; qu'il est multiforme et qu'il d&#233;borde d'une multitude de caract&#232;res, lui qui est l'homme magnifique et bariol&#233;, &#224; l'image de cette cit&#233;. &#187; (561e) Et c'est pourquoi &#171; sa vie ne r&#233;pond &#224; aucun principe d'ordonnancement, &#224; aucune n&#233;cessit&#233; ; au contraire, l'existence qu'il m&#232;ne lui semble m&#233;riter le qualificatif d'agr&#233;able, libre, bienheureuse, et il vit de cette mani&#232;re en toute circonstance. &#187; (561d) C'est sur le fond de ce constat, constat de cette absence de hi&#233;rarchie, d'ordonnancement et de n&#233;cessit&#233;, que se prononce le jugement s&#233;v&#232;re de Platon &#224; l'encontre de la d&#233;mocratie, &#171; constitution politique agr&#233;able, priv&#233;e d'un r&#233;el gouvernement, bariol&#233;e, et qui distribue une &#233;galit&#233; bien particuli&#232;re tant aux &#233;gaux qu'&#224; ceux qui sont in&#233;gaux. &#187; (558c) Et &#224; force de faire semblant que tous sont &#233;gaux, on ne peut au mieux que flatter les &#233;gos, ou plut&#244;t &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'&lt;/i&gt;&#233;go, au singulier, de la masse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et que dire de la tol&#233;rance et de la compl&#232;te ouverture d'esprit de cette constitution ? N'est-elle pas remplie du m&#233;pris de ces principes que nous avons pr&#233;sent&#233;s en leur accordant notre v&#233;n&#233;ration, &#224; l'occasion de la fondation de notre cit&#233; ? Ne disions-nous pas, en effet, qu'&#224; moins d'&#234;tre dou&#233; d'un naturel exceptionnel, personne ne peut jamais devenir un homme de bien si les jeux de son enfance n'ont pas &#233;t&#233; plac&#233;s dans un environnement de qualit&#233;, et s'il ne s'est pas appliqu&#233; &#224; toutes les activit&#233;s qui y concourent ? Avec quelle superbe on foule aux pieds tous ces principes, sans aucunement se pr&#233;occuper de la nature des activit&#233;s susceptibles de former pour les t&#226;ches politiques celui qui s'y destine, alors qu'on est restpect&#233; si on consent seulement &#224; d&#233;clarer qu'on s'accorde avec les tendances de la masse ! (558b-c)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le jazz comme rh&#233;torique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est l&#224; qu'un premier rep&#233;rage. En tirant sur ce fil t&#233;nu, mais insistant, du &#171; proc&#232;s de la d&#233;mocratie &#187;, nous avons vu ressurgir, en m&#234;me temps que la r&#233;f&#233;rence implicite, consciente ou non, au Platon de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt;, tout ce qui fait syst&#232;me avec cette r&#233;f&#233;rence &#8212; par exemple, ce qui tourne autour de la question de l'attrait, de l'ornement, de la bigarrure. C'est d'ailleurs en cela qu'on peut reconna&#238;tre qu'il s'agit bel et bien de l'emprunt d'un philosoph&#232;me, et non d'on ne sait quelle &#171; convergence de point de vue &#187;, qui resterait fortuite et ext&#233;rieure. Cela n'&#233;puise en rien le texte adornien, il va sans dire : c'est &#224; peine si &#231;a l'entame. Et, quand bien m&#234;me nous aurions quelque raison de penser que la distinction hi&#233;rarchisante, par exemple, entre le contenu ou la structure et l'ornement, reste prise dans ce que nous appellerons, faute de mieux, &#171; la m&#233;taphysique &#187; &#8212; ou bien encore &#171; la dialectique &#187; (l'ornement n'est sauv&#233; que s'il peut se &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relever&lt;/i&gt; dans un contenu) &#8212;, nous ne serions encore gu&#232;re avanc&#233;s quant &#224; savoir dans quels termes il convient de repenser les probl&#232;mes soulev&#233;s par Adorno : car il s'agit de tout sauf de renoncer &#224; les penser, du simple fait qu'on aurait reconnu qu'ils furent &#233;nonc&#233;s d'abord dans un langage &#171; m&#233;taphysique &#187; et &#171; dialectique &#187; qu'Adorno lui-m&#234;me, &#224; la fin de sa vie, a fortement contribu&#233; &#224; &#233;branler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut, une fois de plus, rester patient et ne pas tenter de brusquer le texte, sans quoi il s'en retournera &#224; sa crypte. Il faut commencer par reconna&#238;tre les cha&#238;nes argumentatives amples, s'il l'on veut un jour apercevoir en quels points elles ont commenc&#233; de bouger. Nous ne ferons donc, en guise de conclusion, qu'indiquer dans quelle direction on pourrait prolonger le geste initi&#233; ici. Plus de trente ans avant de revenir en 2002 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, publi&#233; un an plus tard) sur ce livre VIII de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt;, Derrida avait d&#233;j&#224; abord&#233; ces pages en marge de sa lecture du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; : dans son fameux essai sur &#171; La pharmacie de Platon &#187;, Derrida avait propos&#233; de rapprocher [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb13&quot; name=&quot;nh13&quot; id=&quot;nh13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[13] JD, La diss&#233;mination, p. 180-181.' &gt;13&lt;/a&gt;] le proc&#232;s de la d&#233;mocratie dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; avec le proc&#232;s de l'&#233;criture &#8212; &#224; l'analyse duquel &#233;tait consacr&#233; l'essai. Nous pourrions alors, et peut-&#234;tre plus syst&#233;matiquement encore que ce que nous avons fait &#224; partir du texte de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt;, montrer &#224; partir du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; que, pour le condamner, Adorno fait un portrait du jazz comme rh&#233;torique, comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;criture&lt;/i&gt;, r&#233;it&#232;rant ainsi le geste d'exclusion dont Derrida nous a appris &#224; reconna&#238;tre que ce n'&#233;tait pas un geste philosophique parmi d'autres, que c'&#233;tait peut-&#234;tre le geste le plus proprement philosophique. Un geste dont le m&#234;me Derrida donne &#224; penser qu'il est enti&#232;rement solidaire du sch&#232;me dialectique &#8212; sans doute bien au-del&#224; de la seule version &#171; platonicienne &#187; de celui-ci.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] C'est avec cette phrase que s'ouvrait l'essai consacr&#233; &#224; &#171; La pharmacie de Platon &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Fran&#231;ois Billard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lennie Tristano&lt;/i&gt;, p. 95-96.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh3&quot; name=&quot;nb3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] (traduction Alice Volkwein et B. Renaud.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh4&quot; name=&quot;nb4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Cf. &#224; ce sujet, entre autres, le dernier chapitre de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essai sur l'origine des langues&lt;/i&gt;, ainsi que les analyses de J. Derrida : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;DLG&lt;/i&gt;, p. 194-199 et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh5&quot; name=&quot;nb5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Notons que les dictionnaires usuels proposent aussi comme traduction, de fa&#231;on int&#233;ressante, &#171; paum&#233; &#187;, &#171; perturb&#233; &#187;, &#171; angoiss&#233; &#187;, en plus des attendus &#171; bousill&#233; &#187;, &#171; foutu &#187; et autres &#171; foir&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh6&quot; name=&quot;nb6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; les hamburgers et les croissants du texte de Billard, ainsi que les tomates et le fromage du texte de 1936. Mais le lexique h&#233;g&#233;lien, ou marxo-h&#233;g&#233;lien, du texte de 1938 sur le f&#233;tiche fait lui aussi une place &#224; la m&#233;taphore culinaire, comme il se doit chaque fois qu'il est question de go&#251;t. Par exemple : &#171; Si l'asc&#232;se a autrefois d&#233;truit d'une mani&#232;re r&#233;actionnaire la pr&#233;tention esth&#233;tique, elle est devenue aujourd'hui le sceau de l'art avanc&#233;. Non pas en imposant une &#233;conomie archa&#239;sante de moyens qui transfigurerait l'indigence et la pauvret&#233; de la musique actuelle, mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en pronon&#231;ant la stricte exclusion de tout ce qui est culinairement satisfaisant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[durch strikten Ausschlu&#223; all des kulinarisch Wohlgef&#228;lligen]&lt;/i&gt;, qui veut imm&#233;diatement &#234;tre consomm&#233; pour lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, comme si le sensible dans l'art n'&#233;tait pas le support de quelque chose de spirituel qui s'expose pour la premi&#232;re fois seulement dans le tout, au lieu de s'exposer dans tel moment mat&#233;riel isol&#233;. &#187; (p. 17, traduction l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e.) Ou encore, &#224; l'inverse de cette exclusion &#8212; mais l'ambivalence est ici r&#233;gl&#233;e, on appellera &#231;a une &#171; dialectique &#187; si l'on veut &#8212; : &#171; Celui qui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;se r&#233;gale&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[sich&#8230; labt]&lt;/i&gt; encore de beaux passages d'un quatuor de Schubert, voire de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nourriture provocante de sant&#233;&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[an der provokant gesunden Kost]&lt;/i&gt; d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;concerto grosso&lt;/i&gt; de Haendel, est tenu pour une sentinelle de la culture et mis dans le m&#234;me sac que les collectionneurs de papillons. &#187; (p. 18, traduction modifi&#233;e ; Christophe David traduit la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;provokant gesunden Kost&lt;/i&gt; par &#171; provocation gastronomique &#187; : on y perd le c&#244;t&#233; hyperboliquement sain de cette nourriture.) Ainsi que l'a fort bien montr&#233; Derrida dans l'un de ses essais sur la troisi&#232;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique&lt;/i&gt; kantienne (&#171; Economimesis &#187;), en tant pr&#233;cis&#233;ment que le mangeur est un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;consommateur&lt;/i&gt;, cette m&#233;taphore et cette place du go&#251;t est rigoureusement prescrite, et co-impliqu&#233;e, par tout le syst&#232;me de la hi&#233;rarchie des sens, par exemple chez Kant ou chez Hegel (cf. &#171; Le puits et la pyramide &#187;, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marges &#8212; de la philosophie&lt;/i&gt;). Lequel syst&#232;me, s'organisant autour de la pr&#233;&#233;minence du &#171; s'entendre-parler &#187;, est l'une des cha&#238;nes les plus solides et constantes de l'histoire de la philosophie occidentale, de Platon &#224; Husserl (je renvoie ici &#224; l'ensemble des premiers textes de Derrida, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La voix et le ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;De la grammatologie&lt;/i&gt; jusqu'&#224; &#171; La pharmacie de Platon &#187; et les textes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marges&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh7&quot; name=&quot;nb7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] &#171; Le jazz n'est pas ce qu'il &#8220;est&#8221; &#8212; sa texture est mince esth&#233;tiquement et perc&#233;e au premier regard &#8212;, il est ce pourquoi on l'utilise (&#8230;) &#187; (p. 69)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh8&quot; name=&quot;nb8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] &#171; Accord &#187; est probablement un mot trop fort. Il ne s'agit &#233;videmment pas de rabattre les propos de Billard sur ceux d'Adorno, ni, encore moins, les propos d'Adorno sur ceux de Billard. Ce que pense Adorno en terme de &#171; contenu social &#187; est &#224; l'&#233;vidence mille fois plus diff&#233;renci&#233; et finement &#233;labor&#233; que ce que laisse entendre Billard, dont ce n'est pas l'objet explicite, en quelques phrases. Sans tracer donc aucun signe &#171; &#233;gal &#187;, il s'agit seulement ici de constater le caract&#232;re non-contradictoire, &#224; ce niveau de lecture au moins, entre telle et telle proposition de l'un et de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh9&quot; name=&quot;nb9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] JD, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh10&quot; name=&quot;nb10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Parmi les innombrables commentaires auxquels ce passage classique a donn&#233; lieu, je renvoie seulement, pour l'instant, au texte d&#233;j&#224; cit&#233; de Derrida : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, p. 43-49 et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh11&quot; name=&quot;nb11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] La question de l'attrait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Reiz)&lt;/i&gt; est bien entendu omnipr&#233;sente dans les diff&#233;rents textes qu'Adorno consacre au jazz, et ce d&#232;s le premier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Abschied vom Jazz &#187;&lt;/i&gt; en 1933. Et c'est aussi dans ce texte que l'on trouve, d'une fa&#231;on que nous reconnaissons du m&#234;me coup comme non fortuite, le reproche d'une utilisation us&#233;e et miteuse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(sch&#228;big)&lt;/i&gt; par le jazz du charme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Reiz)&lt;/i&gt; de l'harmonie impressionniste sous la forme d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;barbouillage de gammes par tons&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ganztonkleckse&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement les &#171; t&#226;ches &#187; ou les &#171; gicl&#233;es &#187; de gamme par tons &#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;der Kleckser&lt;/i&gt;, c'est le &#171; barbouilleur &#187;). De m&#234;me, dans l'essai de 1938 sur le f&#233;tiche : &#171; Sous la tendance que semblent manifester ces exp&#233;riences musicales actuelles, on peut peut-&#234;tre m&#234;me voir le retour de quelque chose de ce puissant &#233;merveillement [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Entz&#252;cken&lt;/i&gt; : charmes, d&#233;lices &#8212; ravissement] que ressentent les enfants devant ce qui est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bariol&#233;&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[etwas von dem m&#228;chtigen Entz&#252;cken der Kinder am Bunten]&lt;/i&gt;. &#187; (p. 58)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh12&quot; name=&quot;nb12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] Faut-il souligner encore, et rappeler que la critique de l'ornement est un des traits les plus r&#233;currents dans les textes d'Adorno sur le jazz ? &#171; Les conqu&#234;tes rythmiques du jazz ne sont que de simples ornements&#8230; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Abschied vom Jazz &#187;&lt;/i&gt;) &#171; Quelques soient les allures &#8220;n&#233;o-objectives&#8221; du jazz, il est ce que la Nouvelle Objectivit&#233; pr&#233;tend combattre avec la plus grande f&#233;rocit&#233;, c'est-&#224;-dire un artisanat d'art, et son objectivit&#233; ne vaut gu&#232;re plus qu'un ornement plaqu&#233;, qui doit nous cacher qu'il s'agit ici d'un simple objet &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, p. 70) &#171; M&#234;me les fameuses improvisations dont on parle tant, les passages de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hot&lt;/i&gt; et les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;breaks&lt;/i&gt;, n'ont qu'une fonction ornementale&#8230; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;id.&lt;/i&gt;, p. 74)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh13&quot; name=&quot;nb13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 13&quot;&gt;13&lt;/a&gt;] JD, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La diss&#233;mination&lt;/i&gt;, p. 180-181.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Some like it hot&#8230;</title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article301</link>
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		<dc:date>2011-01-23T15:34:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique8">textes de l'improviste</category>


		<description>Ce texte est une &#233;bauche, un premier jet &#8212; un travail en cours. Il date de pr&#232;s de deux mois, n'a pas &#233;t&#233; mis en ligne plus t&#244;t pour tout un tas de raisons (certaines, probablement, sont lisibles). Je mets en ligne le &#171; second &#187; jet (qui date aussi de plus d'un mois) le m&#234;me jour : il se pr&#233;sente un peu plus comme un travail fini, mais devrait &#234;tre lu comme un brouillon, pas moins. Le pr&#233;texte de ces deux versions (du m&#234;me texte) &#233;tait une r&#233;flexion sur la &#171; dialectique &#187;, un peu dans (...)

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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;textes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ce texte est une &#233;bauche, un premier jet &#8212; un travail en cours. Il date de pr&#232;s de deux mois, n'a pas &#233;t&#233; mis en ligne plus t&#244;t pour tout un tas de raisons (certaines, probablement, sont lisibles). Je mets en ligne &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article302&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;le &#171; second &#187; jet&lt;/a&gt; (qui date aussi de plus d'un mois) le m&#234;me jour : il se pr&#233;sente un peu plus comme un travail fini, mais devrait &#234;tre lu comme un brouillon, pas moins. Le pr&#233;texte de ces deux versions (du m&#234;me texte) &#233;tait une r&#233;flexion sur la &#171; dialectique &#187;, un peu dans le prolongement de &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article293&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;ce que j'avais d&#233;j&#224; eu l'occasion de gribouiller&lt;/a&gt;, il y a plus d'un an.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Some like it hot&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Does that mean you play that very fast music&#8230; jazz ? (&#8230;) I guess some like it hot.
(&#8230;)
&lt;br /&gt;&#8212; Well&#8230; nobody's perfect !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;hors d'&#339;uvre : du hamburger au croissant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je prends mon d&#233;part, en apparence loin de toute philosophie, dans un texte d'un critique et historien du jazz, Fran&#231;ois Billard, &#233;crivant au sujet du jazz, au sujet du rapport de Lennie Tristano (&#224; qui Billard consacre son livre) &#224; cette chose &#233;trange appel&#233;e &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;free jazz&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8230; de tout ce beau g&#226;chis, ne restent que quelques moments o&#249; Lennie r&#233;ussit &#224; faire passer, comme en contrebande, ce qu'il avait envie de dire : &#171; Il y a 25 ou 30 ans, les gens aimaient &#233;couter le jazz ; maintenant, non seulement ils ne veulent pas l'&#233;couter, mais ils veulent le jouer eux-m&#234;mes ! Tout le monde veut improviser&#8230; C'est ce qu'on pourrait appeler &#8220;l'&#232;re de l'expression individuelle&#8221; ! Tout le monde doit jouer son truc, n'est-ce pas ? &#187; Ironie lourde de sens, formules que n'auraient reni&#233;[es] ni C&#233;line, ni Nietzsche : l'individu-roi se trouve face &#224; un moyen d'expression privil&#233;gi&#233;, le jazz, musique de l'improvisation, qui plus est ! Il n'y a qu'un pas, sit&#244;t franchi, entre l'&#233;thique publicitaire de toute une soci&#233;t&#233; (la &#171; libre entreprise &#187; &#224; la port&#233;e de chacun) et son nouveau &#171; code &#187; d'expression. S'exprimer avant tout et exprimer quoi ? Soi-m&#234;me. Le tout existant &#224; l'&#233;chelle des &#201;tats-Unis, o&#249; tout ce qui est individuel devient aussit&#244;t collectif : des millions d'Am&#233;ricains se mettent &#224; pratiquer l'auto-expression, comme ils se mettraient &#224; manger des croissants si les hamburgers n'&#233;taient plus &#224; la mode. Selon une telle optique, il importe peu de chercher un &#171; contenu &#187; &#8212; l'exp&#233;rience d'une communaut&#233; humaine, ses modes d'expression et ses techniques &#8212;, puisque l'histoire, le pass&#233;, le savoir-faire sont des concepts culturels de la &#171; vieille Europe &#187;&#8230; Pourquoi s'encombrer de tout ce &#171; foutoir &#187; lorsque l'on a soi-m&#234;me, quelque chose &#224; dire, &#224; exprimer ? C'est ainsi que le &#171; free jazz &#187; a pu trouver tout naturellement sa place dans une telle vision de l'humain : peu importe, au fond, qu'il soit, d'abord, l'expression d'une communaut&#233;, la soci&#233;t&#233; noire am&#233;ricaine, il entre si bien dans la nouvelle dialectique de la libert&#233;, une dialectique sans p&#244;le n&#233;gatif, r&#233;alisation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[sic &#8212; je suppose qu'il faut plut&#244;t lire ici : &#171; r&#233;solution &#187;]&lt;/i&gt; remarquable de tous les conflits ! Il devient alors in&#233;vitable de juger, avec toute une nouvelle g&#233;n&#233;ration de penseurs, que tous les vieux outils ne sont plus bons &#224; rien. L'ennui, c'est qu'on ne sait plus s'en servir. &#192; ce niveau, le jazz devient aussi neutre, aussi artificiel que n'importe quelle mode parisienne ; il en participe et y gagne en vacuit&#233;, conformisme, et perd toute substance. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-1&quot; name=&quot;nh1-1&quot; id=&quot;nh1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Fran&#231;ois Billard, Lennie Tristano, p. 95-96.' &gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je renonce &#224; reconstituer ici l'ensemble de la sc&#232;ne tr&#232;s retorse qui se joue entre Tristano &#8212; vrai-faux p&#232;re, d&#232;s 1949, du &#171; free jazz &#187; (avec guillemets) &#8212; et les musiciens du free jazz (sans guillemets) du d&#233;but des ann&#233;es 1960, entre les partisans de l'un et les partisans des autres, lesquels, en raison d'une forte n&#233;cessit&#233; qui resterait &#224; analyser, sont rarement les m&#234;mes. Je renonce du m&#234;me coup &#224; situer ce singulier passage au sein du livre du &#171; tristanien &#187; Fran&#231;ois Billard, &#224; d&#233;m&#234;ler le partage des voix, voix de Tristano et voix de Fran&#231;ois Billard, savoir qui ventriloque qui, savoir si c'est Billard qui ventriloque Tristano ou bien l'inverse (tout est comme d'habitude affaire de voix et de ventre&#8230;). Car de toute fa&#231;on, ils sont tous ventriloqu&#233;s de longue date ; car il y aura eu, si t&#244;t, bien avant eux&#8230; Je ne pr&#233;l&#232;ve donc, dans l'extrait que j'ai cit&#233;, que ce qui int&#233;resse directement mon propos, sans ignorer pour autant qu'il y aurait mati&#232;re ici &#224; un bien long commentaire. Ce qui m'int&#233;resse ici, ce n'est pas vraiment la r&#233;alisation moqu&#233;e du r&#234;ve de tout dialecticien, &#224; savoir la &#171; r&#233;solution remarquable de tous les conflits &#187;, &#224; savoir donc cette nouvelle dialectique qui, a force d'avoir si bien fait travailler le n&#233;gatif, r&#233;ussit &#224; se passer de p&#244;le n&#233;gatif. Billard, un peu comme tout dialecticien, r&#234;ve &#224; son r&#234;ve de dialecticien, mais se refuse fermement &#224; y croire lorsqu'on veut lui fait gober que le r&#234;ve s'est accompli en r&#233;alit&#233;. Billard, un peu comme tout dialecticien, ne mange pas de ce pain-l&#224; et nous d&#233;clare : moi, dialecticien, je ne mange pas de ce pain-l&#224;. Peut-&#234;tre reconna&#238;t-on l&#224; cette bonne vieille recette : Billard, un peu comme tout dialecticien, disqualifie ce qu'il veut disqualifier en le pr&#233;sentant comme ce qui se pr&#233;sente comme l'accomplissement r&#234;v&#233; de la dialectique &#8212; chose que tout dialecticien se refuse &#224; avaler, &#233;videmment. C'est de toute fa&#231;on toujours pareil avec la dialectique, on peut resservir &#231;a autant qu'on veut, &#231;a ne mange pas de pain&#8230; Mais je coupe l&#224;, je passe, tout ceci on le conna&#238;t trop bien, c'est un peu fade &#224; force &#8212; et &#224; vrai dire pour ma part, je ne m'en &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rel&#232;verais&lt;/i&gt; pas la nuit. J'en viens donc &#224; mon propos : dans ce texte, qui n'est certes pas un texte-de-philosophie, la philosophie ne manque pas de faire retour. De la patrie du hamburger, on ne peut s'emp&#234;cher de revenir vers le croissant, c'est-&#224;-dire&#8230; vers la viennoiserie ! Au point o&#249; j'en suis, je ne me refuse rien, je d&#233;pense sans compter : j'ose rappeler ici l'histoire bien connue du croissant &#8212; et je ne vois pas ce que le caract&#232;re probablement l&#233;gendaire de ladite histoire retire &#224; sa pertinence : bien au contraire. Les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kipferln&lt;/i&gt; en forme de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;H&#246;rnchen&lt;/i&gt; (&#171; petite corne &#187;) auraient &#233;t&#233; &#171; invent&#233;s &#187; &#224; Vienne en 1683, &#224; la fin du si&#232;ge de la ville par les Ottomans. Pour c&#233;l&#233;brer la victoire sur ceux-ci, on aurait d&#233;cid&#233; de fabriquer des p&#226;tisseries dont la forme rappelait le croissant de lune qui orne encore aujourd'hui le drapeau turc. Autre fa&#231;on de le dire, un moyen de conjurer aussi la peur qu'ils inspiraient : le croissant est un apotropa&#239;que ing&#233;rable. On mange son ennemi, son autre : on le ma&#238;trise, on l'incorpore, on le dig&#232;re. On se l'approprie &#8212; au moins symboliquement. La dialectique, si l'on me suit, est une gigantesque machine &#224; manger des croissants, apr&#232;s qu'on les a produits patiemment, de nuit, le temps de laisser la p&#226;te lever [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-2&quot; name=&quot;nh1-2&quot; id=&quot;nh1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] &#192; en croire l&amp;#39;article de Wikip&#233;dia consacr&#233; au croissant, le danger actuel (...)' &gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons l'extrait du texte de Billard, pour tenter de bien saisir ce que je me permets d'appeler une &#171; viennoiserie &#187; (car c'est ainsi qu'elle sera vraiment croustillante). Il s'agit pour Billard de s'assurer que le jazz ne perde pas &#171; toute substance &#187;, qu'il conserve un &#171; contenu &#187; ; laquelle substance ou lequel contenu est, selon Billard, imm&#233;diatement social, collectif ou, plus exactement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communautaire&lt;/i&gt; : le jazz est, &#171; au fond &#187;, &#171; d'abord, l'expression d'une communaut&#233; &#187;. Mais cette substance ou ce contenu est menac&#233; par deux motifs conjoints : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'une part&lt;/i&gt;, par le fait que le jazz sort de sa communaut&#233; d'origine, la &#171; soci&#233;t&#233; noire am&#233;ricaine &#187;, qu'il s'expose au dehors et s'exporte &#171; &#224; l'&#233;chelle des &#201;tats-Unis &#187;, aupr&#232;s des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;millions&lt;/i&gt; d'Am&#233;ricains &#187;. Ce premier motif est tr&#232;s classiquement rousseauiste : l'id&#233;al de la soci&#233;t&#233;, le crit&#232;re de son authenticit&#233;, c'est la petite communaut&#233;, imm&#233;diatement pr&#233;sente &#224; elle-m&#234;me, &#224; port&#233;e de voix [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-3&quot; name=&quot;nh1-3&quot; id=&quot;nh1-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Cf. &#224; ce sujet, entre autres, le dernier chapitre de l&amp;#39;Essai sur (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Ce motif se conjugue, comme il se doit, avec un couplet sur le risque d'une dilution de l'h&#233;ritage sp&#233;cifique de cette communaut&#233; : ce qui est redout&#233;, c'est l'amn&#233;sie, l'oubli de &#171; l'histoire, le pass&#233;, le savoir-faire &#187;. On y reviendra un peu plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'autre part&lt;/i&gt;, second motif, par le processus de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;mocratisation&lt;/i&gt; : ce qui fait que le jazz est menac&#233; dans sa substance, ce n'est pas seulement le fait que les Am&#233;ricains &#233;coutent ou n'&#233;coutent pas du jazz comme ils mangeraient des croissants s'ils ne mangeaient pas de hamburgers, mais c'est surtout le fait qu'&#171; ils veulent le jouer eux-m&#234;mes &#187;, le fait qu'on laisse &#224; l'&#171; individu &#187; la possibilit&#233; de s'approprier ce &#171; moyen d'expression &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt; &#187;. La &#171; &#8220;libre entreprise&#8221; &#187; n'est pas tant un mal en soi : c'est qu'elle soit &#171; &#224; la port&#233;e de chacun &#187; qui cr&#233;e le p&#233;ril, parce que l'individu n'a rien &#224; exprimer, rien ou si peu, et en tout cas rien de substantiel ni d'essentiel &#8212; sinon &#171; soi-m&#234;me &#187;. On doit donc en d&#233;duire que le &#171; soi-m&#234;me &#187; de cet individu est vide, qu'il n'a pas de substance, et ceci du fait m&#234;me de sa participation &#224; la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, du fait m&#234;me que le &#171; soi-m&#234;me &#187; qu'il veut exprimer est tout sauf un vrai soi-m&#234;me : cet individu ne s'appartient pas parce qu'il appartient &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce en quoi cet individu est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; all screwed-up &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-4&quot; name=&quot;nh1-4&quot; id=&quot;nh1-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Si l&amp;#39;on veut une traduction qui reste polie, on pourrait peut-&#234;tre dire, (...)' &gt;4&lt;/a&gt;] : dans une interview datant de 1964, cit&#233;e de fa&#231;on fort enthousiaste par Billard, Tristano propose lui aussi un d&#233;tour par Vienne, en s'en r&#233;f&#233;rant (de mani&#232;re un peu curieuse, il faut bien l'avouer, mais &#244; combien symptomatique) &#224; la seconde topique freudienne. Apr&#232;s avoir disqualifi&#233; Coltrane, Rollins et Miles Davis du c&#244;t&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; all emotion, no feeling &#187;&lt;/i&gt;, il pr&#233;cise que &#171; leur truc est une expression du Moi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[an expression of the ego]&lt;/i&gt;. Je veux que le jazz provienne du &#199;a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[out of the id]&lt;/i&gt;. Dit autrement, le vrai jazz est ce qu'on peut jouer avant d'&#234;tre compl&#232;tement fracass&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[before you're all screwed-up]&lt;/i&gt; ; l'autre est ce qui se produit apr&#232;s qu'on est fracass&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[after you're screwed-up]&lt;/i&gt;. &#187; (Si l'on veut r&#233;sumer : le membre de la petite soci&#233;t&#233; a un contenu &#224; exprimer car il est imm&#233;diatement communautaire ; l'individu de la grande soci&#233;t&#233; n'a aucune substance car il est imm&#233;diatement collectif, donc conformiste. Je suppose que les dialecticiens me r&#233;pondront que c'est pr&#233;cis&#233;ment &#231;a, la &#171; dialectique &#187;&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Tomate, concombre et fromage : la salade grecque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit donc, on l'aura compris, d'une sorte de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;viennoiserie&lt;/i&gt; : le discours de Fran&#231;ois Billard est programm&#233; par avance, prescrit, la machine &#224; croissants produit ici une sorte de petite madeleine par laquelle nous reviennent des r&#233;miniscences &#8212; de Vienne. De Vienne, par exemple, et entre autres d'un Viennois de c&#339;ur : Theodor Adorno.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'essai &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, qu'Adorno fait para&#238;tre en 1936, est bel et bien, pour le coup, un texte de philosophie. C'est d'ailleurs &#224; peu pr&#232;s tout ce que je voudrais dire aujourd'hui : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt; est un texte philosophique. &#199;a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tombe sous le sens&lt;/i&gt;, &#231;a s'&#233;nonce presque comme une tautologie, et c'est d'ailleurs au fond ce que j'essaie de donner &#224; lire : la m&#233;canique d'une tautologie. Dans ce texte assez singulier cohabitent des petites poup&#233;es et des ours en peluche &#8212; lesquels, c'est important de le noter, ne s'appellent pas Teddie, mais Peter &#8212;, des tomates et du fromage, etc. ; mais tout ceci n'emp&#234;che pas, &#224; vrai dire ni plus ni moins que les hamburgers et les croissants, que de la philosophie sorte de tout cela, et peut-&#234;tre m&#234;me que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; philosophie, si quelque chose de tel existe, fasse ici encore retour. Adorno utilise pourtant dans ce texte bien moins de jargon dialectico-philosophique que dans certains autres textes de la m&#234;me &#233;poque et sur le m&#234;me sujet, Adorno y parle nettement moins le h&#233;g&#233;lien ; que l'on songe par exemple &#224; l'essai de 1938 sur le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fetischcharakter&lt;/i&gt;, o&#249; il est sans cesse question de &#171; dialectique &#187;, de &#171; synth&#232;se &#187; et d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Aufhebung &#187;&lt;/i&gt;, d'&#171; unit&#233; des sph&#232;res de la musique [qui] reste celle de leur indissoluble contradiction &#187;, de &#171; tout ce qui ne se meut que dans la contradiction &#187;, etc. : bref, toute la sauce habituelle [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-5&quot; name=&quot;nh1-5&quot; id=&quot;nh1-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] Ce lexique h&#233;g&#233;lien, ou marxo-h&#233;g&#233;lien, fait lui aussi une place au lexique (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. Mais la pr&#233;sence bien moins importante de tout ce lexique, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, n'emp&#234;che pas Adorno de demeurer viss&#233; &#224; l'&#233;l&#233;ment de sa pens&#233;e et de son langage, qui est, &#224; cette &#233;poque, encore tr&#232;s marqu&#233; par la dialectique h&#233;g&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me contente pour l'instant de remarquer la r&#233;currence d'au moins un des deux motifs rep&#233;r&#233;s plus haut dans le texte de Billard. On avait not&#233; que celui-ci d&#233;terminait le &#171; &#8220;contenu&#8221; &#187; qui devait &#234;tre &#171; exprim&#233; &#187; par la musique (le jazz, en l'occurrence) &#233;tait &#171; d'abord, l'expression d'une communaut&#233; &#187;, ce qui, &#224; la formulation pr&#232;s (ce qui n'est pas rien), n'est pas &#233;tranger &#224; la d&#233;termination adornienne du &#171; contenu de v&#233;rit&#233; &#187; des &#339;uvres en tant que leur contenu social. Sociale, encore, la &#171; fonction &#187; qu'Adorno veut d&#233;crypter dans le jazz, faute d'y trouver un contenu suffisament digne d'int&#233;r&#234;t &#224; son go&#251;t [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-6&quot; name=&quot;nh1-6&quot; id=&quot;nh1-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] &#171; Le jazz n&amp;#39;est pas ce qu&amp;#39;il &#8220;est&#8221; &#8212; sa texture est mince esth&#233;tiquement et (...)' &gt;6&lt;/a&gt;] ; l&#224; encore, nulle contradiction avec Billard qui, ne trouvant pas de &#171; &#8220;contenu&#8221; &#187; dans l'auto-expression narcissique des mangeurs de hamburgers, interpr&#233;tait cette absence de contenu comme r&#233;v&#233;latrice d'une soci&#233;t&#233; de la libre entreprise et de l'&#233;thique publicitaire. Sur fond de cet accord, donc, Billard et Adorno r&#233;activent le m&#234;me motif : le proc&#232;s de la d&#233;mocratie, ou plus exactement de la d&#233;mocratisation. Lisons plut&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il [le jazz] est pseudo-d&#233;mocratique en un sens typique de notre &#233;poque : son attitude d'imm&#233;diatet&#233;, que l'on peut d&#233;finir comme un syst&#232;me rigide de trucs, nous aveugle sur les diff&#233;rences de classes. Dans le domaine actuel du politique comme dans celui de l'id&#233;ologie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une d&#233;mocratie de ce genre n'est jamais tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la r&#233;action&lt;/i&gt;. Plus le jazz se r&#233;pand dans les couches profondes de la soci&#233;t&#233;, plus il adopte de traits r&#233;actionnaires, plus il devient esclave de la banalit&#233; et moins il tol&#232;re de libert&#233;s ou d'&#233;vasions imaginatives, pour finir par une musique d'accompagnement des collectivit&#233;s au go&#251;t du jour, glorifiant la r&#233;pression elle-m&#234;me. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plus le jazz se fait d&#233;mocratique, plus il est mauvais.&lt;/i&gt; (p. 71. Je souligne)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette critique de la d&#233;mocratie &#8212; qui se fait comme toujours d&#233;sormais sous couvert d'une critique de la &#171; pseudo-d&#233;mocratie &#187; &#8212; se retrouve en filigrane deux ans plus tard dans l'essai sur le caract&#232;re f&#233;tiche : il y a non seulement la remarque incidente selon laquelle &#171; en Am&#233;rique, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les soi-disant lib&#233;raux et progressistes que l'on retrouve dans les rangs des avocats de la musique l&#233;g&#232;re populaire, qui veulent la classifier comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; afin de donner une large assise &#224; leur action &#187; (p. 72), mais aussi et surtout l'ensemble du portrait de l'auditeur seulement capable d'&#171; &#233;coute r&#233;gressive &#187;, en tant pr&#233;cis&#233;ment qu'il est un consommateur, et en tant que soumis &#224; la propagande publicitaire et id&#233;ologique. &#171; Lorsqu'il [le consommateur de &#171; tubes &#187;] r&#233;agit, cela ne fait d&#233;j&#224; plus de diff&#233;rence, qu'il s'agisse de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Septi&#232;me symphonie&lt;/i&gt; ou bien d'une culotte de bain. &#187; (p. 27) Ce que le dialecticien d&#233;nonce, comme toujours, c'est le risque de la confusion, le risque qu'on se mette &#224; confondre la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Septi&#232;me&lt;/i&gt; avec un petit cache-sexe de bain &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Badeh&#246;schen)&lt;/i&gt;, qu'on se mette &#224; confondre les croissants et les hamburgers. Le dialecticien d&#233;nonce celui qui, ne se laissant pas p&#233;n&#233;trer par la raison et la v&#233;rit&#233;, hoche la t&#234;te de d&#233;dain quand on lui dit qu'il y a des plaisirs qui viennent de d&#233;sirs nobles et bons, d'autres de d&#233;sirs pervers, quand on lui soutient qu'il faut cultiver les premiers, dompter et r&#233;primer les seconds. Lui les consid&#232;re de valeur &#233;gale, veut les honorer tous. Il s'abandonne &#224; l'un, puis &#224; l'autre, puis &#224; un autre encore, selon son bon vouloir, selon le d&#233;sir qui fait irruption. Il ne fait pas la diff&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le dialecticien, &#224; cela, s'oppose ; c'est m&#234;me le fond de commerce du dialecticien : faire la diff&#233;rence, opposer, s'opposer &#8212; s'opposer, parce qu'il d&#233;termine la diff&#233;rence en opposition. Ce en quoi, voulant confondre ceux qu'il accuse de confusion, il a tendance &#224; parfois les confondre, &#224; parfois confondre : la distinction qui se veut rigoureuse tend in&#233;vitablement &#224; homog&#233;n&#233;iser le champ &#171; adverse &#187;. Adorno n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle, ni ici ni ailleurs. Mais on aura peut-&#234;tre reconnu qu'il nous joue l&#224; un air ancien. Ainsi que le rappelle Jacques Derrida :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8230; alors que presque tout le monde (&#8230;) all&#232;gue au moins le d&#233;mocratisme, nous devons nous rappeler qu'il y a au fond assez peu de discours philosophiques, si m&#234;me il y en a, dans la grande tradition qui va de Platon &#224; Heidegger, qui aient pris sans r&#233;serve le parti de la d&#233;mocratie. En ce sens le d&#233;mocratisme philosophique est une chose assez rare en somme et fort moderne. Peut-&#234;tre m&#234;me encore tr&#232;s peu philosophique. [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-7&quot; name=&quot;nh1-7&quot; id=&quot;nh1-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] JD, Voyous, p. 66.' &gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en ce sens que je disais plus haut que quelque chose de &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; philosophie &#187;, quelque chose de cette &#171; grande tradition &#187; dont parle Derrida, fait retour dans le texte d'Adorno. Il s'agit bien, en effet, d'un texte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;philosophique&lt;/i&gt;. Ce n'est pas parce qu'on parle de jazz, de poup&#233;es et d'ours en peluche, de tomates et de fromage, que, m&#233;langeant le tout, avec ou sans cucurbitac&#233;e, on ne se retrouve pas, au final, avec une salade qui, pour bigarr&#233;e qu'elle soit, laisse encore transpara&#238;tre ses origines grecques. On se rappelle peut-&#234;tre d'ailleurs que la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bigarrure&lt;/i&gt;, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bariolage&lt;/i&gt; sont un des motifs r&#233;currents du portrait s&#233;v&#232;re que Platon fait de la d&#233;mocratie dans le livre VIII de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-8&quot; name=&quot;nh1-8&quot; id=&quot;nh1-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] Je suppose qu&amp;#39;il n&amp;#39;aura &#233;chapp&#233; &#224; personne, et notamment pas aux (...)' &gt;8&lt;/a&gt;], et que ce motif est ce qui fait aussi son attrait [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-9&quot; name=&quot;nh1-9&quot; id=&quot;nh1-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] La question de l&amp;#39;attrait (Reiz) est bien entendu omnipr&#233;sente dans les (...)' &gt;9&lt;/a&gt;]. Ainsi par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Il y a des chances, dis-je, que cette constitution [d&#233;mocratique] soit la plus belle de toutes. Comme un manteau bigarr&#233;, orn&#233; de toutes les couleurs, ce gouvernement bariol&#233; de tous les caract&#232;res semblerait &#234;tre le plus beau. Et sans doute, ajoutai-je, cette constitution, &#224; l'image des ornements bigarr&#233;s qui subjuguent les enfants et les femmes, fait-elle l'admiration du grand nombre. (557c, trad. Georges Leroux)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On voit ressurgir ici la question du nombre que nous avions soulign&#233;e plus haut : et, comme toujours chez Platon, ce qui est susceptible de plaire au &#171; grand nombre &#187;, c'est une rh&#233;torique, une sophistique, et c'est seulement un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ornement&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-10&quot; name=&quot;nh1-10&quot; id=&quot;nh1-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Faut-il souligner encore, et rappeler que la critique de l&amp;#39;ornement est (...)' &gt;10&lt;/a&gt;]. Simple affaire d'apparence et d'ext&#233;riorit&#233;, sans aucune int&#233;riorit&#233; donc, et c'est pourquoi cela pla&#238;t &#224; ces &#234;tre superficiels que sont les femmes et les enfants, et &#224; ceux qui leur ressemblent. C'est que, &#224; avoir tous les caract&#232;res, on n'en a finalement aucun : de m&#234;me que le gouvernement d&#233;mocratique n'est finalement pas une vraie constitution &#171; parce qu'en raison de la libert&#233; qu'on y trouve, il contient toutes les esp&#232;ces de constitutions politiques &#187; (557d), de m&#234;me de &#171; l'homme &#233;galitaire &#187; on peut dire &#171; qu'il est multiforme et qu'il d&#233;borde d'une multitude de caract&#232;res, lui qui est l'homme magnifique et bariol&#233;, &#224; l'image de cette cit&#233;. &#187; (561e) Et c'est pourquoi &#171; sa vie ne r&#233;pond &#224; aucun principe d'ordonnancement, &#224; aucune n&#233;cessit&#233; ; au contraire, l'existence qu'il m&#232;ne lui semble m&#233;riter le qualificatif d'agr&#233;able, libre, bienheureuse, et il vit de cette mani&#232;re en toute circonstance. &#187; (561d) C'est sur le fond de ce constat, constat de cette absence de hi&#233;rarchie, d'ordonnancement et de n&#233;cessit&#233;, que se prononce le jugement s&#233;v&#232;re de Platon &#224; l'encontre de la d&#233;mocratie, &#171; constitution politique agr&#233;able, priv&#233;e d'un r&#233;el gouvernement, bariol&#233;e, et qui distribue une &#233;galit&#233; bien particuli&#232;re tant aux &#233;gaux qu'&#224; ceux qui sont in&#233;gaux. &#187; (558c) Et &#224; force de faire semblant que tous sont &#233;gaux, on ne peut au mieux que flatter les &#233;gos, ou plut&#244;t &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'&lt;/i&gt;&#233;go, au singulier, de la masse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et que dire de la tol&#233;rance et de la compl&#232;te ouverture d'esprit de cette constitution ? N'est-elle pas remplie du m&#233;pris de ces principes que nous avons pr&#233;sent&#233;s en leur accordant notre v&#233;n&#233;ration, &#224; l'occasion de la fondation de notre cit&#233; ? Ne disions-nous pas, en effet, qu'&#224; moins d'&#234;tre dou&#233; d'un naturel exceptionnel, personne ne peut jamais devenir un homme de bien si les jeux de son enfance n'ont pas &#233;t&#233; plac&#233;s dans un environnement de qualit&#233;, et s'il ne s'est pas appliqu&#233; &#224; toutes les activit&#233;s qui y concourent ? Avec quelle superbe on foule aux pieds tous ces principes, sans aucunement se pr&#233;occuper de la nature des activit&#233;s susceptibles de former pour les t&#226;ches politiques celui qui s'y destine, alors qu'on est restpect&#233; si on consent seulement &#224; d&#233;clarer qu'on s'accorde avec les tendances de la masse ! (558b-c)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En dehors des r&#233;sonnances d&#233;j&#224; audibles entre ce texte &#171; canonique &#187; de notre tradition philosophique et les textes dont nous &#233;tions partis, que ce soit celui de Billard ou ceux d'Adorno consacr&#233;s au jazz, o&#249; est-ce que tout cela nous m&#232;ne ? Trente ans avant de revenir sur ces pages de Platon en 2002 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, publi&#233; un an plus tard), Derrida avait, d&#232;s son fameux essai &#171; La pharmacie de Platon &#187;, propos&#233; de rapprocher [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb1-11&quot; name=&quot;nh1-11&quot; id=&quot;nh1-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] JD, La diss&#233;mination, p. 180-181.' &gt;11&lt;/a&gt;] le proc&#232;s de la d&#233;mocratie dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; avec le proc&#232;s de l'&#233;criture dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; &#8212; &#224; l'analyse duquel &#233;tait consacr&#233; l'essai. Je ne reconstitue pas ici l'ensemble de la d&#233;monstration qui y est patiemment tiss&#233;e, et que tout le monde conna&#238;t bien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ausgerechnet Bananen !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Adorno avec Platon &#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; : dialectique contre rh&#233;torique. La drogue (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pharmakos&lt;/i&gt;) et le mauvais vin (les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;jitter-bugs&lt;/i&gt;). La dialectique : le contre-poison, l'inversion du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pharmakos&lt;/i&gt;. Le jazz comme rh&#233;torique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Adorno avec Hegel &#8212; Le ma&#238;tre et l'esclave. L'auto-constitution de soi. Individus ne s'appartenant pas. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hemmungslosigkeit&lt;/i&gt;. Le chaud et le froid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion / castration : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des bananes, justement !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-1&quot; name=&quot;nb1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Fran&#231;ois Billard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lennie Tristano&lt;/i&gt;, p. 95-96.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-2&quot; name=&quot;nb1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] &#192; en croire l'article de Wikip&#233;dia consacr&#233; au croissant, le danger actuel qui p&#232;se sur lui est celui de son industrialisation, qui produit une homog&#233;nisation : une standardisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-3&quot; name=&quot;nb1-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. &#224; ce sujet, entre autres, le dernier chapitre de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essai sur l'origine des langues&lt;/i&gt;, ainsi que les analyses de J. Derrida : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;DLG&lt;/i&gt;, p. 194-199 et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-4&quot; name=&quot;nb1-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Si l'on veut une traduction qui reste polie, on pourrait peut-&#234;tre dire, ici, de cet individu qu'il est&#8230; &#171; compl&#232;tement cuit &#187; ; les dictionnaires donnent aussi, de fa&#231;on int&#233;ressante, &#171; paum&#233; &#187;, &#171; perturb&#233; &#187;, &#171; angoiss&#233; &#187;, en plus des attendus &#171; bousill&#233; &#187;, &#171; foutu &#187; et autres &#171; foir&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-5&quot; name=&quot;nb1-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Ce lexique h&#233;g&#233;lien, ou marxo-h&#233;g&#233;lien, fait lui aussi une place au lexique culinaire, comme il se doit chaque fois qu'il est question de go&#251;t, dans l'essai sur le caract&#232;re f&#233;tiche. Par exemple : &#171; Si l'asc&#232;se a autrefois d&#233;truit d'une mani&#232;re r&#233;actionnaire la pr&#233;tention esth&#233;tique, elle est devenue aujourd'hui le sceau de l'art avanc&#233;. Non pas en imposant une &#233;conomie archa&#239;sante de moyens qui transfigurerait l'indigence et la pauvret&#233; de la musique actuelle, mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en pronon&#231;ant la stricte exclusion de tout ce qui est culinairement satisfaisant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[durch strikten Ausschlu&#223; all des kulinarisch Wohlgef&#228;lligen]&lt;/i&gt;, qui veut imm&#233;diatement &#234;tre consomm&#233; pour lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, comme si le sensible dans l'art n'&#233;tait pas le support de quelque chose de spirituel qui s'expose pour la premi&#232;re fois seulement dans le tout, au lieu de s'exposer dans tel moment mat&#233;riel isol&#233;. &#187; (p. 17, traduction l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e.) Ou encore, &#224; l'inverse de cette exclusion : &#171; Celui qui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;se r&#233;gale&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[sich&#8230; labt]&lt;/i&gt; encore de beaux passages d'un quatuor de Schubert, voire de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nourriture provocante de sant&#233;&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[an der provokant gesunden Kost]&lt;/i&gt; d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;concerto grosso&lt;/i&gt; de Haendel, est tenu pour une sentinelle de la culture et mis dans le m&#234;me sac que les collectionneurs de papillons. &#187; (p. 18, traduction modifi&#233;e ; Christophe David traduit la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;provokant gesunden Kost&lt;/i&gt; par &#171; provocation gastronomique &#187; : on y perd le c&#244;t&#233; hyperboliquement sain de cette nourriture.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-6&quot; name=&quot;nb1-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] &#171; Le jazz n'est pas ce qu'il &#8220;est&#8221; &#8212; sa texture est mince esth&#233;tiquement et perc&#233;e au premier regard &#8212;, il est ce pourquoi on l'utilise (&#8230;) &#187; (p. 69)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-7&quot; name=&quot;nb1-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] JD, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-8&quot; name=&quot;nb1-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Je suppose qu'il n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne, et notamment pas aux dialecticiens qui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;font la diff&#233;rence&lt;/i&gt;, notamment la diff&#233;rence entre du Platon et du B. Renaud, que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; un peu plus haut, quoique sans le signaler, un premier extrait de ce c&#233;l&#232;bre passage. Des innombrables commentaires auxquels ce passage a donn&#233; lieu, je renvoie seulement, pour l'instant, au texte d&#233;j&#224; cit&#233; de Derrida : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voyous&lt;/i&gt;, p. 43-49 et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-9&quot; name=&quot;nb1-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] La question de l'attrait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Reiz)&lt;/i&gt; est bien entendu omnipr&#233;sente dans les diff&#233;rents textes qu'Adorno consacre au jazz, et ce d&#232;s le premier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Abschied vom Jazz &#187;&lt;/i&gt; en 1933. Et c'est aussi dans ce texte que l'on trouve, de fa&#231;on je crois non fortuite, le reproche d'une utilisation us&#233;e et miteuse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(sch&#228;big)&lt;/i&gt; par le jazz du charme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(Reiz)&lt;/i&gt; de l'harmonie impressionniste sous la forme d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;barbouillage de gammes par tons&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ganztonkleckse&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement les &#171; t&#226;ches &#187; ou les &#171; gicl&#233;es &#187; de gamme par tons &#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;der Kleckser&lt;/i&gt;, c'est le &#171; barbouilleur &#187;). De m&#234;me, dans l'essai de 1938 sur le f&#233;tiche : &#171; Sous la tendance que semblent manifester ces exp&#233;riences musicales actuelles, on peut peut-&#234;tre m&#234;me voir le retour de quelque chose de ce puissant &#233;merveillement [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Entz&#252;cken&lt;/i&gt; : charmes, d&#233;lices &#8212; ravissement] que ressentent les enfants devant ce qui est bariol&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[etwas von dem m&#228;chtigen Entz&#252;cken der Kinder am Bunten]&lt;/i&gt;. &#187; (p. 58)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-10&quot; name=&quot;nb1-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Faut-il souligner encore, et rappeler que la critique de l'ornement est un des traits les plus r&#233;currents dans les textes d'Adorno sur le jazz ? &#171; Les conqu&#234;tes rythmiques du jazz ne sont que de simples ornements&#8230; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Abschied vom Jazz &#187;&lt;/i&gt;) &#171; Quelques soient les allures &#8220;n&#233;o-objectives&#8221; du jazz, il est ce que la Nouvelle Objectivit&#233; pr&#233;tend combattre avec la plus grande f&#233;rocit&#233;, c'est-&#224;-dire un artisanat d'art, et son objectivit&#233; ne vaut gu&#232;re plus qu'un ornement plaqu&#233;, qui doit nous cacher qu'il s'agit ici d'un simple objet &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#220;ber Jazz &#187;&lt;/i&gt;, p. 70) &#171; M&#234;me les fameuses improvisations dont on parle tant, les passages de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hot&lt;/i&gt; et les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;breaks&lt;/i&gt;, n'ont qu'une fonction ornementale&#8230; &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;id.&lt;/i&gt;, p. 74)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh1-11&quot; name=&quot;nb1-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] JD, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La diss&#233;mination&lt;/i&gt;, p. 180-181.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Comme si on me demandait de m'incliner&#8230;</title>
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		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

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		<description>&#171; Dans cette fid&#233;lit&#233;-l&#224;, il y a une sorte d'instinct de conservation. Renoncer, par exemple, &#224; une difficult&#233; de formulation, &#224; un pli, &#224; un paradoxe, &#224; une contradiction suppl&#233;mentaire, parce que &#231;a ne va pas &#234;tre compris, ou plut&#244;t parce que tel journaliste qui ne sait pas lire, pas lire le titre m&#234;me d'un livre, croit comprendre que le lecteur ou l'auditeur ne comprendra pas davantage et que l'audimat ou son gagne-pain en souffriront, c'est pour moi une obsc&#233;nit&#233; inacceptable. C'est comme si on me (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Dans cette fid&#233;lit&#233;-l&#224;, il y a une sorte d'instinct de conservation. Renoncer, par exemple, &#224; une difficult&#233; de formulation, &#224; un pli, &#224; un paradoxe, &#224; une contradiction suppl&#233;mentaire, parce que &#231;a ne va pas &#234;tre compris, ou plut&#244;t parce que tel journaliste qui ne sait pas lire, pas lire le titre m&#234;me d'un livre, croit comprendre que le lecteur ou l'auditeur ne comprendra pas davantage et que l'audimat ou son gagne-pain en souffriront, c'est pour moi une obsc&#233;nit&#233; inacceptable. C'est comme si on me demandait de m'incliner, de m'asservir &#8212; ou de mourir de b&#234;tise. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Derrida, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Apprendre &#224; vivre enfin&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 2005, p. 30-31.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>L'&#226;ge de la philosophie</title>
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		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

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		<description>Quelle surprise, hier, de d&#233;couvrir la proposition, venant de l'actuel ministre de l'&#233;ducation nationale, d'&#233;tendre progressivement (en commen&#231;ant par des exp&#233;rimentations&#8230; ou plut&#244;t par une extension de celles qui existent d&#233;j&#224;, depuis fort longtemps) l'enseignement de la philosophie avant le seule ann&#233;e du bac ! Une revendication port&#233;e de tr&#232;s longue date par Jacques Derrida notamment, depuis les travaux du Greph (groupe de recherches sur l'enseignement de la philosophie) dans les ann&#233;es 1970, jusqu'au (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Quelle surprise, hier, de d&#233;couvrir la proposition, venant de l'actuel ministre de l'&#233;ducation nationale, d'&#233;tendre progressivement (en commen&#231;ant par des exp&#233;rimentations&#8230; ou plut&#244;t par une extension de celles qui existent d&#233;j&#224;, depuis fort longtemps) l'enseignement de la philosophie avant le seule ann&#233;e du bac ! Une revendication port&#233;e de tr&#232;s longue date par Jacques Derrida notamment, depuis les travaux du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Greph&lt;/i&gt; (groupe de recherches sur l'enseignement de la philosophie) dans les ann&#233;es 1970, jusqu'au Rapport de la Commission de Philosophie et d'&#201;pist&#233;mologie en 1990 (soigneusement rang&#233; dans un fond de tiroir par Jospin et Rocard, malheureusement &#8212; &#224; moins que ce soit le temps qui ait manqu&#233; ?). D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, l'enthousiasme des enseignants du secondaire avait parfois &#233;t&#233;, disons, mesur&#233;. La proposition de Luc Ch&#226;tel, en le voit depuis hier et cela se v&#233;rifiera sans doute dans les jours &#224; venir, va in&#233;vitablement ranimer des d&#233;bats d&#233;j&#224; balis&#233;s : l'&#226;ge &#224; partir duquel on peut philosopher, le risque d'une dilution des sp&#233;cificit&#233;s de la discipline, etc. Je trouve la proposition tr&#232;s int&#233;ressante &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/i&gt; (il faut ensuite voir les d&#233;tails&#8230;), mais je suis pr&#234;t &#224; parier qu'elle ne sera pas mise en &#339;uvre si facilement. L'arch&#233;ologie de ces d&#233;bats se trouve notamment dans le gros volume &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du droit &#224; la philosophie&lt;/i&gt;, dont j'extrais ces quelques pages (voir &#233;galement cet autre morceau d&#233;tach&#233;, &#171; L'&#226;ge de Hegel &#187;, &lt;a href=&quot;http://www.jacquesderrida.com.ar/frances/hegel.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;en ligne ici&lt;/a&gt;).&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; (&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#226;ge de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On donnerait pourtant des armes &#224; cette r&#233;pression si l'on s'en tenait, de fa&#231;on crisp&#233;e et r&#233;active, &#224; la &#171; d&#233;fense de la philosophie et surtout de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; classe de philosophie, &#224; supposer qu'elle existe encore. Que d&#233;fendrait-on alors ? Un enseignement dont le programme (&#233;norme s&#233;diment, h&#233;ritage &#233;clectique et immuable sous des rajeunissements de fa&#231;ade) n'a jamais pu &#234;tre couvert en un an et n'admet aucune progression : on le retrouve &#224; la licence et &#224; l'agr&#233;gation. Tous les professeurs, tous les &#233;l&#232;ves le savent, ce qui donne lieu aux ruses, aux d&#233;n&#233;gations, aux d&#233;rogations que l'on sait. Le malaise et le scepticisme sont avou&#233;s partout. Concentrer tout l'enseignement philosophique dans une classe, &#224; la fin des &#233;tudes secondaires, c'&#233;tait d'abord le r&#233;server &#224; une classe sociale et c'est encore vrai dans une certaine mesure. L'institution du baccalaur&#233;at &#171; de base &#187; risquerait de consolider cet effet antid&#233;mocratique. De surcro&#238;t, la &#171; classe de philosophie &#187; intervenait &#224; un moment o&#249; de fa&#231;on empirique, implicite, mais tr&#232;s efficace, la &#171; philosophie &#187; des forces sociales dominantes a d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; &#224; travers les autres disciplines, notamment celles auxquelles la France donne le pas dans la formation de ses philosophes, les disciplines non scientifiques. Un certain enseignement des sciences humaines, tel qu'on le pr&#233;voit avant la &#171; premi&#232;re &#187;, pourrait, dans l'esprit du nouveau &#171; syst&#232;me d'&#233;ducation &#187;, jouer maintenant ce r&#244;le d'impr&#233;gnation id&#233;ologique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;O&#249; donc a-t-on pris que tout contact avec la philosophie &#233;tait impossible, entendez interdit, avant l'&#171; adolescence &#187; ? Ce mythe rus&#233; de l'&#226;ge et de la maturit&#233; psycho-intellectuelle reconduit, &#224; travers toute sorte de relais sp&#233;cifiques, &#224; la tradition la plus archa&#239;que. On le retrouve &#224; l'&#233;tat dogmatique dans le langage de l'actuel ministre [Haby] qui semble fonder tout son &#171; syst&#232;me &#233;ducatif &#187; sur les notions de &#171; degr&#233; d'&#233;veil &#187; ou d'&#171; &#226;ge mental &#187;, entendant tenir compte de &#171; l'exp&#233;rience p&#233;dagogique &#187; plut&#244;t que des &#171; analyses sociopolitiques &#187;. Cet occulte consensus quant &#224; un &#226;ge naturel ou id&#233;al pour la philosophie a toujours &#233;t&#233; une des fondations intouchables de la classe de philosophie. Il faut l'analyser pratiquement, c'est-&#224;-dire en dissoudre la teneur politico-sexuelle : la silhouette du jeune &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;homme&lt;/i&gt; qui, vierge mais form&#233;, ignorant, innocent mais enfin m&#251;r pour la philosophie, commencerait enfin &#224; poser, sans pr&#233;supposer aucun savoir, &#224; se laisser poser plut&#244;t les questions de toutes les questions &#8212; entre quinze et dix-huit ans, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; la pubert&#233;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;avant&lt;/i&gt; l'entr&#233;e dans la soci&#233;t&#233;. Plus t&#244;t, ce serait pervers ou, en raison d'une imb&#233;cillit&#233; naturelle, impossible. Plus tard, ce serait inutile, ridicule ou nuisible ; et l'adulte philosophe, on n'a sans doute jamais cess&#233; de le penser depuis le Callicl&#232;s du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gorgias&lt;/i&gt; &#171; n'est pas un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;homme&lt;/i&gt; (viril) &#187;, &#171; il m&#233;rite des coups &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se limiter &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;fendre&lt;/i&gt; la classe de philosophie, ce serait donc tenter de maintenir un tr&#232;s vieux verrou psychologique, sexuel, sociopolitique. Une transformation familiale, sociale, politique et, corr&#233;lativement, une transformation de l'&#233;cole, depuis la &#171; maternelle &#187;, devraient au contraire ouvrir, longtemps avant ce qu'on appelle l'adolescence, &#224; la compr&#233;hension et &#224; la pratique de la philosophie. Une telle transformation passera par des luttes : &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; du champ p&#233;dagogique, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans et hors&lt;/i&gt; la philosophie. Elle ne touchera pas seulement &#224; des formes d'organisation mais &#224; des contenus. Elle produira entre eux de nouveaux rapports : &#224; l'int&#233;rieur de la philosophie, entre la philosophie et les autres disciplines. Pour que la philosophie puisse s'enseigner, s'enseigner autrement, longtemps avant la &#171; premi&#232;re &#187;, et au-del&#224; de la &#171; terminale &#187;, il faudra, t&#226;che tr&#232;s difficile, &#233;viter &#224; la fois l'atomisation (par exemple au profit des &#171; sciences humaines &#187;) et la traditionnelle h&#233;g&#233;monie ontologico-encyclop&#233;dique : pour cela r&#233;&#233;laborer l'articulation des contenus nouveaux avec ceux des autres champs, scientifiques et non scientifiques. Les enseignants recevront donc une autre formation (philosophique, scientifique, p&#233;dagogique).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pr&#233;venons tr&#232;s vite l'objection int&#233;ress&#233;e de ceux qui voudraient hausser les &#233;paules. Il ne s'agit pas de transporter en &#171; sixi&#232;me &#187; un enseignement d&#233;j&#224; impraticable en &#171; terminale &#187;. Mais d'abord d'accepter ici, comme on le fait dans toutes les autres disciplines, le principe d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;progressivit&#233;&lt;/i&gt; calcul&#233;e dans l'initiation, l'apprentissage, l'acquisition des savoirs. On sait que dans certaines conditions, celles qu'il faut pr&#233;cis&#233;ment lib&#233;rer, la &#171; capacit&#233; philosophique &#187; d'un &#171; enfant &#187; peut &#234;tre tr&#232;s puissante. La progression concernerait aussi bien les questions et les textes de la tradition que ceux de la modernit&#233;. Leur pr&#233;tendue difficult&#233; tient pour l'essentiel &#224; la machine politico-p&#233;dagogique ici mise en cause. Il serait surtout n&#233;cessaire d'organiser des articulations critiques entre cet enseignement philosophique et les autres enseignements eux-m&#234;mes en transformation. De les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;organiser&lt;/i&gt; plut&#244;t : qui peut douter en effet qu'une philosophie tr&#232;s d&#233;termin&#233;e s'enseigne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &#224; travers la litt&#233;rature fran&#231;aise, les langues, l'histoire et m&#234;me les sciences ? Et s'est-on jamais inqui&#233;t&#233; de la difficult&#233; r&#233;elle de ces autres enseignements ? De l'instruction religieuse ? de l'&#233;ducation morale ? Le rep&#233;rage explicite et critique des &#171; philosoph&#232;mes &#187; clandestins, tels qu'ils sont &#224; l'&#339;uvre dans l'enseignement et hors de lui, exige une formation. Celle-ci peut se d&#233;velopper de fa&#231;on sp&#233;cifique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans&lt;/i&gt; chaque discipline et en concurrence avec elle, en m&#234;me temps que des r&#233;flexions et des interventions philosophiques nouvelles s'engageraient dans des contenus transform&#233;s. Un seul exemple : l'enseignement des langues et des litt&#233;ratures devant recourir &#224; de nouvelles techniques et &#224; de nouvelles ressources conceptuelles (juxtaposons les indices, pour faire vite : la po&#233;tique moderne, la s&#233;miologie, la linguistique, la psychanalyse, le mat&#233;rialisme historique et tous les nouveaux dispositifs th&#233;oriques qui en tiennent compte), il devra donner lieu &#224; des d&#233;bats philosophiques in&#233;dits et sp&#233;cifiques. On peut en dire autant des sciences math&#233;matiques et physiques, de toutes les sciences humaines &#187;, de leur &#233;pist&#233;mologie implicite ou explicite. Cela ne signifie pas qu'un arbitrage philosophique doive &#234;tre r&#233;instaur&#233; mais que, apr&#232;s de nouveaux partages et une red&#233;finition des limites et des pratiques dites &#171; interdisciplinaires &#187;, des techniques appropri&#233;es seraient enseign&#233;es pour analyser les enjeux philosophiques immanquablement engag&#233;s, qu'on le reconnaisse ou non, m&#234;me et surtout si quelque chose comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; philosophie devait y &#234;tre finalement mise en question.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela ne peut se faire sans une mutation g&#233;n&#233;rale, de l'&#233;cole &#224; l'universit&#233;, c'est-&#224;-dire, d'abord, dans la soci&#233;t&#233;. Au lieu de se cramponner &#224; la &#171; d&#233;fense-de-la-philosophie &#187; ou de se r&#233;signer &#224; telle &#171; mort-de-la-philosophie &#187; pour servir dans les deux cas, avec le m&#234;me pathos, les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, ne faut-il pas travailler &#224; imposer, de fa&#231;on audacieuse et offensive, de nouveaux programmes, de nouveaux contenus, de nouvelles pratiques ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(&#8230;) &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Derrida, &#171; La philosophie et ses classes &#187; (1975), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du droit &#224; la philosophie&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1990, p. 233-236.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Arts et connaissances &#8212; journ&#233;es d'&#233;tudes</title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article298</link>
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		<dc:date>2010-11-15T23:51:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique17">bloc-notes de l'impens&#233;</category>


		<description>Je le dis un peu tard probablement, mais aujourd'hui et demain je serai l&#224; : http://www.arts-connaissances.net/. Et pour ouvrir le colloque, je dirai &#224; peu pr&#232;s &#231;a : &lt;br /&gt;Je succ&#232;de &#224; Eug&#233;nie, et me joins donc &#224; elle pour vous souhaiter la bienvenue pour ces deux journ&#233;es d'&#233;tudes. Avant de lui rendre la parole pour qu'elle introduise &#224; notre premi&#232;re matin&#233;e de travail, et avant surtout de vous passer la parole, il me revient de dire quelques mots pour ouvrir l'espace des probl&#233;matiques qui seront les n&#244;tres (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Je le dis un peu tard probablement, mais aujourd'hui et demain je serai l&#224; : &lt;a href=&quot;http://www.arts-connaissances.net/&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://www.arts-connaissances.net/&lt;/a&gt;. Et pour ouvrir le colloque, je dirai &#224; peu pr&#232;s &#231;a :&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_119 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.tache-aveugle.net/local/cache-vignettes/L520xH384/38s25-a0a1d.jpg' width='520' height='384' alt=&quot;&quot; style='height:384px;width:520px;' class='' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je succ&#232;de &#224; Eug&#233;nie, et me joins donc &#224; elle pour vous souhaiter la bienvenue pour ces deux journ&#233;es d'&#233;tudes. Avant de lui rendre la parole pour qu'elle introduise &#224; notre premi&#232;re matin&#233;e de travail, et avant surtout de vous passer la parole, il me revient de dire quelques mots pour ouvrir l'espace des probl&#233;matiques qui seront les n&#244;tres pendant ces deux jours. La t&#226;che est difficile, parce que je voudrais bien de fait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ouvrir&lt;/i&gt;, et non &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fermer&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;enfermer&lt;/i&gt; d'avance la richesse des seize contributions qui vont venir, et des d&#233;bats auxquels ces contributions donneront lieu, je ne voudrais pas les enfermer dans l'enclos sagement d&#233;limit&#233; de mon propos introductif, les enfermer &#224; l'int&#233;rieur d'un horizon d'avance prescrit. Et donc, pour ouvrir vraiment, je vais vous livrer les &#233;lucubrations vaguement d&#233;lirantes qui sont venues &#224; moi r&#233;cemment en pr&#233;parant ce colloque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Arts et connaissances &#187;, quoi qu'il en soit, c'est l&#224; le titre qu'on vous a propos&#233; et auquel vous aurez r&#233;pondu, de mani&#232;res fort diverses comme on le verra. L'ironie, c'est que ce titre, en dehors m&#234;me du fait qu'il peut sembler assez classique dans sa forme et dans ses attendus, l'ironie c'est que ce titre nous l'avons nous-m&#234;mes re&#231;u, nous n'en sommes pas directement &#224; l'initiative. Ces deux journ&#233;es devaient d'abord n'&#234;tre qu'une seule, et devaient surtout accompagner un colloque plus large, lequel a d&#251; &#234;tre provisoirement report&#233;, probablement pour quelques mois. Eug&#233;nie et moi devions seulement, initialement, organiser la partie &#171; jeunes chercheurs &#187; d'un colloque dont nous n'avions pas particuli&#232;rement choisi le th&#232;me. Bref, en service command&#233; donc, nous avons d&#251; nous soumettre &#224; ce que commandait ou demandait un tel titre, &#171; arts et connaissances &#187;, et l'appel &#224; contributions auquel vous avez r&#233;pondu &#233;tait d&#233;j&#224; d'une certaine fa&#231;on la r&#233;ponse que nous-m&#234;mes faisions &#224; l'appel de ce titre. Je reprends bri&#232;vement les attendus de ladite r&#233;ponse :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout &#233;tait parti de la citation d'un propos de l'auteur de th&#233;&#226;tre et metteur en sc&#232;ne Val&#232;re Novarina, propos tenu au cours d'une &#233;mission de radio sur &#171; th&#233;&#226;tre et philosophie &#187; (ce qui est peut-&#234;tre, &#224; peu de choses pr&#232;s, une r&#233;plique ou une traduction de notre propre titre) &#8212; je cite : &#171; Est-ce qu'il n'y a pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi quand m&#234;me&lt;/i&gt; une pens&#233;e dramatique ? Est-ce qu'il n'y a pas des choses qu'on ne peut penser qu'en th&#233;&#226;tre ? Est-ce que le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tartuffe&lt;/i&gt; nous dit quelque chose qu'on ne peut penser que par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tartuffe&lt;/i&gt; ? &#187; (fin de citation) Et donc, en prolongeant, est-ce qu'il n'y a pas des choses qu'on ne peut penser qu'en cin&#233;ma ou qu'en musique, qu'en danse ou qu'en peinture, etc. ? Bref, est-ce que l'art ou les arts pensent, et comment alors penser cette pens&#233;e ? Comment les savoirs construits de l'Universit&#233; peuvent prendre en compte et rendre compte de ces pens&#233;es, sans pour autant les r&#233;approprier tranquillement dans l'espace r&#233;gl&#233; de savoirs constitu&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne reprends pas une &#224; une toutes les directions que nous avions alors propos&#233;es, un &#224; un tous les fils que nous avions voulu tirer de ces questions pr&#233;liminaires, parce que &#231;a va &#234;tre votre r&#244;le, pendant deux jours, que de les explorer, qu'il s'agisse de la question d'une &#171; pens&#233;e en art &#187; et d'une &#171; pens&#233;e en actes &#187;, de celle du statut de l'&#171; &#339;uvre &#187;, de la place du critique ou de la critique (ce n'est pas n&#233;cessairement la m&#234;me chose), des questions de m&#233;thode, de m&#233;thodologie ou d'&#233;pist&#233;mologie, etc. Je ne d&#233;taille pas, nous y viendrons suffisamment t&#244;t, j'en suis s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plut&#244;t donc que vouloir faire mine de r&#233;sumer d'avance tout ce que vous allez nous dire, je voudrais vous poser deux nouvelles s&#233;ries de questions, questions que nous n'avions pas pos&#233;es, comme telles, dans notre appel &#224; contributions, et dont je ne sais pas si nous y aurons r&#233;pondu, &#224; l'heure du bilan, demain soir. Pour bien r&#233;pondre, disait quelque part Derrida, il faut toujours r&#233;pondre un peu &#224; c&#244;t&#233;, ne pas se contenter de faire la r&#233;ponse exactement ajust&#233;e &#224; laquelle s'attend le ou les interlocuteurs &#8212; vous me pardonnerez donc, j'esp&#232;re, l'aspect probablement incongru de mes deux nouvelles pistes probl&#233;matiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premi&#232;re s&#233;rie de questions. Dans la pr&#233;face &#224; sa &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, Kant fait part d'un &#171; embarras &#187;, de quelque chose d'&#171; &#233;nigmatique &#187; dans &#171; les jugements que l'on nomme esth&#233;tiques &#187;, c'est-&#224;-dire, dans le lexique kantien, ceux &#171; qui int&#233;ressent le beau et le sublime dans l'art &#187;. Ces jugements esth&#233;tiques, nous dit Kant, consid&#233;r&#233;s en eux-m&#234;mes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; ne contribuent en rien &#224; la connaissance de la chose &#187;&lt;/i&gt;. L&#224;-dessus, Kant est tr&#232;s clair, le jugement esth&#233;tique n'est &#171; en rien &#187; un jugement qui apporte &#224; la connaissance ; l&#224; o&#249; se tient n&#233;anmoins l'&#233;nigme, nous dit Kant, c'est que ces jugements esth&#233;tiques appartiennent n&#233;anmoins &#224; ce qu'il nomme facult&#233; de conna&#238;tre. Pour r&#233;soudre l'&#233;nigme, pour savoir de quoi le jugement esth&#233;tique est connaissance, tout en n'apportant pas de connaissance de la chose qui fait l'objet de ce jugement, il faudrait se lancer dans tout un commentaire de la troisi&#232;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique&lt;/i&gt;, ce n'est pas ici le lieu, je coupe. Ce que je retiens, c'est seulement ces quelques questions, un peu abruptes : est-ce qu'il a raison, Kant, ou est-ce qu'il se plante compl&#232;tement ? Autrement dit, est-ce que la connaissance qu'apporte l'art, et dont vous allez nous parler sous diverses formes pendant deux jours, proc&#232;de du jugement esth&#233;tique, ou au contraire l'ignore plus ou moins compl&#232;tement ? Rien n'interdit en effet &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/i&gt; que, face &#224; un objet donn&#233; &#8212; mettons, une &#171; &#339;uvre &#187; &#8212; on soit capable de produire, &#224; la fois, simultan&#233;ment ou successivement, un jugement de connaissance et un jugement esth&#233;tique. Autre fa&#231;on de poser ma question, qui vous &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;int&#233;ressera&lt;/i&gt; peut-&#234;tre plus (exit, donc, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;sint&#233;ressement&lt;/i&gt; kantien) : o&#249; passe, dans tout cela, dans tout ce que vous allez dire pendant deux jours, la question du plaisir et du d&#233;plaisir, voire celle du d&#233;sir ? Qu'en est-il du plaisir et du d&#233;sir, en rapport pr&#233;cis&#233;ment &#224; la connaissance ? J'imagine que, dans le contexte &#171; universitaire &#187; qui est plus ou moins le n&#244;tre, il est toujours facile de faire l'&#233;conomie de Kant, de ne pas reprendre toujours la lecture et le commentaire de la troisi&#232;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique&lt;/i&gt;, et de faire commencer la philosophie avec Deleuze, Lyotard, Derrida ou Ranci&#232;re, au mieux avec Walter Benjamin (je le confesse : &#231;a m'arrive assez souvent), mais il est peut-&#234;tre au fond nettement moins facile de faire l'&#233;conomie du plaisir et du d&#233;sir, l&#224; il est question d'art &#8212; on ne peut &#233;viter ces questions qu'en les d&#233;niant plus ou moins activement. Et pourtant, l&#224; encore moi le premier sans doute, nous pratiquons, je crois, cette d&#233;n&#233;gation assez quotidiennement. Je vous le demande alors : pourquoi ? Et que faisons-nous ici, &#224; l'Universit&#233;, si en effet nous avons tendance quant aux arts &#224; oublier ou &#224; d&#233;nier cette dimension ? (Et j'ajoute : particuli&#232;rement ici, ici &#224; Paris 8, c'est-&#224;-dire &#224; &#171; Vincennes &#187; &#8212; pourquoi nous affairons-nous encore &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt;, plut&#244;t qu'&#224; simplement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;jouir&lt;/i&gt; ? Aurions-nous &#171; liquid&#233; &#187; 68 ?)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bon, c'est un peu facile et d&#233;mago, on vient &#224; un colloque s&#233;rieux entre gens s&#233;rieux, pour colloquer sur &#171; arts et connaissances &#187;, et d'entr&#233;e le mec, il nous fait le coup du plaisir, du d&#233;sir et de la jouissance&#8230; Ils sont d&#233;cid&#233;ment irr&#233;cup&#233;rables, &#224; Paris 8. Peut-&#234;tre. Sauf que les choses ne sont pas forc&#233;ment aussi simples. La question du d&#233;sir m'am&#232;ne en tout cas &#224; ma seconde s&#233;rie de questions. Vous aurez vu, sur les programmes que nous vous avons envoy&#233;s, et sur les quelques affiches que nous avons tardivement pu r&#233;cup&#233;rer, que nous avons mis une image de Chaplin, une image de Charlot, yeux band&#233;s sur ses patins, dansant au bord du vide. Je passe rapidement sur le pourquoi du choix de cette image : il y avait, d'une part, le pr&#233;texte d'une intervention, demain matin, au sujet du cin&#233;ma burlesque ; et il y avait, d'autre part, quelques passages sur la chute, sur le vide et sur Charlot, passages d'un de mes livres f&#233;tiches de Novarina, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lumi&#232;res du corps&lt;/i&gt;, dont je ne r&#233;siste que difficilement &#224; l'envie de vous donner la lecture. Et puis il y avait que, parmi tous les captures que nous avons tir&#233;es de cette sc&#232;ne-culte, celle-ci &#233;tait une des plus &#171; belles &#187;, photographiquement parlant, pour sa composition, son cadre, sa lumi&#232;re, etc. N&#233;anmoins, j'en viens &#224; mon propos, il y avait une autre image de la m&#234;me sc&#232;ne qui, personnellement, me plaisait beaucoup, et avec laquelle je voudrais finir mon petit blabla introductif. (Je vous la montre&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je coupe brutalement cette image du flux auquel elle appartient, je la d&#233;tache, je la prends comme une photo &#8212; ce qu'il ne faut bien s&#251;r pas faire. Qu'y voit-on ? Deux &#171; personnages &#187;, un f&#233;minin et un masculin, Charlot et &#171; la gamine &#187;, deux personnages qui semblent, au-dessus du panneau &#171; Danger &#187;, se tendre la main. Je ne sais pas bien si je trouve cela &#171; beau &#187; ou bien &#171; sublime &#187;, ce geste, ces deux mains tendues, mais en tout cas &#231;a me pla&#238;t, et j'y vois surtout beaucoup de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt;. Mais ce d&#233;sir est paradoxal, parce que la jeune fille effray&#233;e tend surtout la main pour alerter Charlot sur le danger et sur l'imminence de sa chute, tandis que celui-ci a toujours les yeux band&#233;s, tend la main sans savoir vers quoi ou vers qui, sans savoir peut-&#234;tre que la jeune fille est juste l&#224;, au bout de sa canne. Comme je n'ai peur de rien, j'ose me livrer au jeu interdit, j'ose &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;identifier&lt;/i&gt; et je sp&#233;cule sur la r&#233;partition des r&#244;les dans cette sc&#232;ne : qui serait, ici, sur cette image, qui serait l'art, qui serait la connaissance ? A-t-on seulement le droit de poser cette question, de la poser comme &#231;a, je ne sais pas, vous me direz. Premier hypoth&#232;se : c'est Charlot, l'art ou l'artiste, dansant souverainement au bord de l'ab&#238;me, impeccable dans ses boucles et sa tenue. Dans un texte des ann&#233;es 60, Adorno compare l'artiste contemporain &#224; un mineur sans lumi&#232;re, condamn&#233; &#224; progresser &#224; t&#226;tons, les yeux ferm&#233;s, condamn&#233; &#224; sentir de ses mains la complexion des boyaux, forc&#233; de l'&#233;prouver dans son corps pour savoir o&#249; aller. Et, dans cette interpr&#233;tation, la connaissance, ce serait alors la jeune fille, la lucide, yeux ouverts, figure de la v&#233;rit&#233;, qui alerte du danger (rappel&#233; par le panneau, pour qui ne suivrait pas&#8230;), mais qui, ce faisant, n'est pas loin de faire tomber l'artiste en lui retirant son bandeau, et en le confrontant &#224; l'effroi du vide. C'est assur&#233;ment Charlot qui aurait alors le beau r&#244;le. Seconde hypoth&#232;se : au contraire, la figure de la souverainet&#233; et de la ma&#238;trise, la figure masculine donc qui est classiquement celle de la connaissance, ce serait Charlot, glissant imperturbablement et inconsciemment sur ses patins, et dont les spirales et les calculs, toujours, tomberaient juste. Mais cette connaissance masculine aurait les yeux band&#233;s, ne se rendrait pas compte que, affair&#233;e &#224; faire le beau devant le public et devant la jolie jeune fille d&#233;munie, ne se rendrait pas compte qu'elle est au bord de tomber, qu'elle court le plus grand des dangers, celui de sa mort. Alors l'art serait du c&#244;t&#233; de la jeune fille. (&#8212; Vous avez peut-&#234;tre, comme moi, en t&#234;te un article de Jean-Luc Nancy intitul&#233; &#171; portrait de l'art en jeune fille &#187;&#8230;) L'art du c&#244;t&#233; du f&#233;minin, l'art du c&#244;t&#233; de la v&#233;rit&#233; lucide malgr&#233; sa candeur, voil&#224; une proposition qui cadre et ne cadre pas avec le syst&#232;me classique de l'esth&#233;tique et du discours sur l'art. L'art aurait alors peut-&#234;tre pour mission d'alerter la connaissance classique et phallocentr&#233;e d'un danger, d'un ab&#238;me ou encore d'un abyme (avec un y). Etc. Dans l'une ou l'autre hypoth&#232;se (et je vous laisse le soin d'en &#233;laborer d'autres, moins triviales) : pourquoi se tendent-ils ainsi la main, les arts et les connaissances ? &#192; cause du danger, ou bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;malgr&#233;&lt;/i&gt; le danger ? Et surtout : d'o&#249; vient leur d&#233;sir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous livre donc mes derni&#232;res questions : ai-je raison, ai-je quelque raison &#224; sp&#233;culer ainsi et &#224; poser ces questions ? &#192; les poser, l&#224;, en ouverture de notre colloque ? Si oui, qui est qui, dans cette sc&#232;ne et dans le syntagme &#171; arts et connaissances &#187; ? Lequel est de l'homme, lequel est de la femme ? Le partage arts/connaissance peut-il &#234;tre pens&#233;, sans forc&#233;ment s'y r&#233;duire, avec ou par la diff&#233;rence sexuelle ? Et si, comme je le crois, mon d&#233;lire n'est pas enti&#232;rement vain, si le d&#233;sir et l'opposition que figure cette image peuvent refl&#233;ter &#233;conomiquement un nombre important des questions que nous allons nous poser pendant deux jours, et des discours que vous allez tenir, quel parti vous-m&#234;mes avez pris, quel r&#244;le avez-vous fait jouer &#224; qui ? &#201;tant entendu que, d&#232;s qu'il s'agit d'art, l'identification finit toujours par &#233;chouer, et que les r&#244;les peuvent toujours s'&#233;changer, par quelque ruse du discours ou de la raison. &#192; l'infini.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fin de mon d&#233;lire, d&#233;but enfin des choses s&#233;rieuses avec une premi&#232;re matin&#233;e qui se trouve &#234;tre, hasard ou n&#233;cessit&#233;, enti&#232;rement f&#233;minine &#8212; au discutant pr&#232;s&#8230; &#8212; ; je vous remercie et rends la parole &#224; Eug&#233;nie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_120 spip_documents spip_documents_center' &gt;
&lt;img src='http://www.tache-aveugle.net/local/cache-vignettes/L520xH390/18_vlcsnap-2010-11-04-14h04m46s141-5903f.png' width='520' height='390' alt=&quot;&quot; style='height:390px;width:520px;' class=' format_png' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Pour qui je roule</title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article297</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article297</guid>
		<dc:date>2010-06-28T17:09:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11">bloc-notes de l'improviste</category>


		<description>On me pose &#8212; gentiment &#8212; une question, on me demande &#171; pour qui roulez-vous ? &#187; (et on me fait m&#234;me part d'hypoth&#232;ses, qui circulent para&#238;t-il sur mon compte !), dans cette affaire M&#233;dicis. Bon, soit : je r&#233;ponds. &lt;br /&gt;cher P., &lt;br /&gt;je vous r&#233;ponds de bonne gr&#226;ce : je ne &#171; roule &#187; pour personne. Je ne sais pas quoi faire pour vous assurer de ma bonne foi, mais j'ai le sentiment que le simple fait que vous me posiez la question montre que vous seriez assez pr&#234;t, vous au moins, &#224; le croire. Parmi les signataires de (...)


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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;bloc-notes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;On me pose &#8212; gentiment &#8212; une question, on me demande &#171; pour qui roulez-vous ? &#187; (et on me fait m&#234;me part d'hypoth&#232;ses, qui circulent para&#238;t-il sur mon compte !), dans cette affaire M&#233;dicis. Bon, soit : je r&#233;ponds.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;cher P.,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;je vous r&#233;ponds de bonne gr&#226;ce : je ne &#171; roule &#187; pour personne. Je ne sais pas quoi faire pour vous assurer de ma bonne foi, mais j'ai le sentiment que le simple fait que vous me posiez la question montre que vous seriez assez pr&#234;t, vous au moins, &#224; le croire. Parmi les signataires de la tribune que j'ai initi&#233;e, on peut compter les gens que je connais personnellement sur les doigts d'une ou deux mains maximum, et &#224; l'exception de Fran&#231;ois Bon ce sont plus ou moins des &#171; no-name &#187;... (je vous en &#233;pargne la liste). Allez, j'ajoute Dominique Pifar&#233;ly et Leslie Kaplan aux gens que je &#171; connais &#187; et qui ne sont pas anonymes, je les ai d&#233;j&#224; crois&#233;s une fois ou deux par l'interm&#233;diaire du m&#234;me Fran&#231;ois Bon. Aucun des trois ne sont tr&#232;s &#171; karmitziens &#187;, vous devez le savoir, non ? Mes prises de position contre l'actuel gouvernement sont constantes et visibles, vous en trouverez de nombreuses traces sur mon site si vous avez encore cinq minutes pour y fouiller un peu. Je me contre-fiche de Karmitz comme de ma premi&#232;re chemise, et les querelles de &#171; camps &#187; au sein du monde parisiano-parisien musical, franchement, j'ai autre chose &#224; faire, chacun son job.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors, pourquoi, me demanderez-vous ? Go&#251;t du d&#233;bat, peut-&#234;tre. Esprit de contradiction, non, je ne crois pas. Libert&#233; de parole, oui, peut-&#234;tre pr&#233;cis&#233;ment parce que je ne roule pour personne. Avant tout : indignation face &#224; &#171; votre &#187; texte, la forme qu'il a prise (contre Malik Mezzadri notamment, qui est un artiste que j'appr&#233;cie), m&#234;me si je con&#231;ois fort bien les raisons tr&#232;s objectives qui font que le monde de &#171; la &#187; musique contemporaine en France se vive comme une forteresse assi&#233;g&#233;e. Une derni&#232;re raison : si je n'avais pas pris l'initiative d'un tel texte, d'autres vous auraient r&#233;pondu, et ces autres auraient peut-&#234;tre &#233;t&#233; les &#171; anti &#187;-musique contemporaine, ils vous auraient accus&#233; de choses aussi injustes qu'&#233;tait injuste votre texte, au moins &#224; l'&#233;gard des trois artistes dont vous regrettiez la nomination. Ces &#171; antis &#187;, je les d&#233;teste autant que vous les d&#233;testez : je n'avais pas tr&#232;s envie de leur laisser la parole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutes les positions que j'ai prises dans ce d&#233;bat sont en parfaite continuit&#233; de ce que, dans mon travail le plus strictement &#171; musicologique &#187; et &#171; philosophique &#187;, je veux d&#233;fendre, &#224; l'aide d'Adorno, &#224; l'aide de Derrida, etc. L&#224; encore, je vous renvoie &#224; mon site, d&#232;s que vous aurez quelques minutes, si &#231;a vous int&#233;resse. Apr&#232;s, si vous pensez que ces positions font de moi &#171; l'alli&#233; objectif &#187; des karmitziens, &#224; d&#233;faut d'en &#234;tre l'&#233;missaire, eh bien, c'est votre droit, qu'y puis-je &#8212; de mon c&#244;t&#233;, je ne vous ferai pas l'injure de pr&#233;tendre que je vous crois, par l'interm&#233;diaire de la premi&#232;re p&#233;tition, les &#171; alli&#233;s objectifs &#187; de la rh&#233;torique d'extr&#234;me-droite du Parti de l'in-nocence, et &#231;a n'emp&#234;che pas que je trouve non-fortuit le fait que ce parti ait produit un communiqu&#233; allant dans le m&#234;me sens que votre texte. Cette &#171; non-fortuitet&#233; &#187; est, pour moi, un enjeu &#171; th&#233;orique &#187; important, un des sujets sur lesquels je travaille, voil&#224; tout. (Je pr&#233;cise que je travaille... pour du beurre : je suis au ch&#244;mage &#224; partir du 1er septembre prochain, et malgr&#233; tous mes efforts aucun karmitzien ne m'a encore rien propos&#233; !).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;j'esp&#232;re que ces &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse vous conviennent, je ne sais pas quoi dire de plus... Vous pouvez naturellement faire conna&#238;tre cette r&#233;ponse &#224; ceux de vos amis qui me croient ceci ou cela (j'avoue que &#231;a m'amuse un peu).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bien cordialement,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;benjamin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>&#171; Un probl&#232;me plus large &#187; : r&#244;le et fonctionnement de la presse </title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article296</link>
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		<dc:date>2010-06-28T15:31:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11">bloc-notes de l'improviste</category>


		<description>Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &#171; musiques en vrac &#187;, 2. tribune en r&#233;ponse sur tache-aveugle.net) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune (...)

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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;bloc-notes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-au-ministre-de-la.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; musiques en vrac &#187;&lt;/a&gt;, 2. tribune en r&#233;ponse &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;sur tache-aveugle.net&lt;/a&gt;) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune fa&#231;on les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interpr&#233;tation du texte de cette tribune, chacun est invit&#233; &#224; aller &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;la relire&lt;/a&gt; pour v&#233;rifier que je n'y projette rien qui n'y soit explicite). // 7. &#199;a a commenc&#233; &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article287&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article288&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article289&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article290&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article291&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; , &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article292&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article294&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article295&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; (vous avez tout lu ?!...) et je poursuis en r&#233;pondant point par point &#224; &lt;a href=&quot;http://humanite.fr/22_06_2010-pol&#233;mique-autour-de-la-villa-m&#233;dicis-448180&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;un article&lt;/a&gt; qui m'a d'autant plus f&#226;ch&#233; qu'il paraissait dans un journal qu'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/i&gt; j'aime bien, m&#234;me si je ne le lis pas r&#233;guli&#232;rement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;. Et f&#226;ch&#233; surtout parce que l'article &#233;tait faux et malhonn&#234;te. Bref, je vais encore me faire des amis &#8212; pas grave. &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article13&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;R&#233;actions bienvenues&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La pol&#233;mique relative aux r&#233;centes nominations en musique &#224; la Villa M&#233;dicis a beaucoup agit&#233; depuis trois semaines, mais seulement au sein d'un microcosme : le petit &#171; verre d'eau &#187; du monde musical. En ces temps de r&#233;forme des retraites, de crise financi&#232;re europ&#233;enne, de mar&#233;e noire en Louisanne et de Coupe du monde de football, nul ne s'&#233;tonne vraiment ni ne regrette que les &#233;tats d'&#226;me d'&#201;dith Canat de Chizy ne fassent pas l'ouverture du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;20 heures&lt;/i&gt;, ni la &#171; une &#187; des grands journaux. On aurait bien s&#251;r pu souhaiter, &#231;&#224; ou l&#224;, que cette affaire soit relay&#233;e par les quelques m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes (radio, presse &#233;crite) qui disposent r&#233;guli&#232;rement de place pour couvrir l'actualit&#233; musicale et, plus largement, culturelle. Mais la saison des festivals commence ; mais il y a des d&#233;bats plus passionnants &#224; avoir y compris au sujet de la musique ; mais les m&#233;dias sont fort heureusement libres de traiter les informations qu'ils jugent dignes d'int&#233;r&#234;t. Et c'est tr&#232;s bien ainsi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui est nettement plus f&#226;cheux, et ce qui appelle le cas &#233;ch&#233;ant des critiques assez fermes, c'est la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; trait&#233;e parfois cette pol&#233;mique, quand elle l'a &#233;t&#233;. France Culture fut un des premiers m&#233;dias &#224; mentionner la premi&#232;re p&#233;tition, d&#232;s le mardi 8 juin (&#171; journal de la culture &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le RenDez-Vous&lt;/i&gt;, 19h, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.com/emission-le-rendez-vous-emission-du-mardi-8-juin-avec-meredith-monk-laurent-slaars-et-jean-louis-ste&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#224; l'&#233;coute ici&lt;/a&gt;), soit quatre jours apr&#232;s le lancement de ladite p&#233;tition. On ne saurait leur reprocher d'avoir fait silence sur l'existence de la seconde p&#233;tition, qui ne devait &#234;tre rendue publique que le lendemain 9 juin &#8212; mais, bien que je les aie contact&#233; par courriel d&#232;s le 8 juin, puis &#224; nouveau quelques jours apr&#232;s, ils n'ont pas cru bon, &#224; ma connaissance, de revenir sur cette affaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deux jours apr&#232;s, c'est au tour du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde&lt;/i&gt;, dans son &#233;dition du 10 juin (dat&#233;e du 11), de consacrer un papier &#224; la &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/10/querelle-des-musiques-a-la-villa-medicis_1370735_3246.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; querelle des musiques &#187;&lt;/a&gt;, sous la plume de Pierre Gervasoni. Faut-il reprocher &#224; celui-ci de ne pas avoir mentionn&#233; notre p&#233;tition, je ne sais pas : elle &#233;tait en ligne depuis vingt-quatre heures seulement et, m&#234;me si elle &#233;tait d&#233;j&#224; sign&#233;e de quelques noms &#171; respectables &#187;, on sait que les d&#233;lais dans la presse sont ce qu'ils sont, etc. N'en reste pas moins que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a jamais cru n&#233;cessaire d'apporter un compl&#233;ment d'informations pas tout &#224; fait n&#233;gligeable au sujet d'une information qu'il avait choisi de traiter ; n'en reste pas moins que Pierre Gervasoni n'a jamais jug&#233; utile de r&#233;pondre au courriel que je lui ai fait transmettre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si j'int&#232;gre maintenant &#224; la &#171; presse g&#233;n&#233;raliste &#187; les m&#233;dias internet de grande audience : il a fallu attendre que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rue89&lt;/i&gt; mette en ligne le 12 juin &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/2010/06/12/claire-diterzi-et-magic-malik-a-la-villa-medicis-mauvaise-bataille-154648&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;une tribune de Pierre Sauvageot&lt;/a&gt; pour que notre &#171; contre-p&#233;tition &#187; (je mets de prudents guillemets&#8230;) soit enfin &#8212; mais discr&#232;tement &#8212; cit&#233;e, puis attendre, le lendemain 13 juin, &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/chanson/20100613/20080/polemique-a-la-villa-medicis&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;un billet de Sophie Delassein&lt;/a&gt; sur son blog h&#233;berg&#233; par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bibliobs&lt;/i&gt;, pour qu'on pr&#233;sente les choses telles qu'elles &#233;taient, manifestement : deux textes, deux p&#233;titions ou deux tribunes ouvertes &#224; la signature de tout un chacun (appelez-les comme vous voulez) circulaient et, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans une certaine mesure&lt;/i&gt;, se faisaient face (j'ai bien dit : &#171; dans une certaine mesure &#187;, j'y reviendrai).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'hebdomadaire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;, dans son &#233;dition du 17 juin, consacre &lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/Polemique-autour-de-la-Villa,10841.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;une colonne&lt;/a&gt; &#224; la pol&#233;mique, mentionne et cite chacune des deux p&#233;titions, tout en indiquant pr&#233;cis&#233;ment les sites internet o&#249; on peut les lire en int&#233;gralit&#233; : j'en remercie Christophe Kantcheff, qui signe le papier, et qui d&#233;montre au passage que certains, dans le monde de la presse &#233;crite, ont fort heureusement int&#233;gr&#233; &#224; leurs pratiques les codes et l'&#233;thique d'internet : citer ses sources, mettre des liens, etc. Bref, faire circuler une information compl&#232;te, et rendre accessible facilement des &#233;l&#233;ments du d&#233;bat qu'un simple article n'a pas le temps et la place de faire figurer. Idem pour le site &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mouvement.net&lt;/i&gt; (site de la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mouvement&lt;/i&gt;), qui s'est associ&#233; &#224; notre d&#233;marche &lt;a href=&quot;http://www.mouvement.net/critiques-172c4ab1f0d4aad9-soutien-a-la-creation-musicale-oui-et-sous-toutes-ses-formes-&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;en reprenant notre tribune&lt;/a&gt; : naturellement, l'adresse internet de la premi&#232;re p&#233;tition est d&#251;ment indiqu&#233;e ; et de m&#234;me, encore, sur la plupart des nombreux sites et blogs qui ont anim&#233; le d&#233;bat, ou s'en sont fait l'&#233;cho. Pour moi, simple universitaire probablement born&#233; parce que soucieux des bonnes pratiques d'un d&#233;bat honn&#234;te et argument&#233; m&#234;me quand il est contradictoire, &#231;a semblait la moindre des choses, citer ses sources, &#233;viter de d&#233;former les propos de ceux avec qui on est en d&#233;saccord &#8212; ce qui n'exclut pas tous les malentendus, bien s&#251;r : mais chacun fait de son mieux, sinc&#232;rement, et comme &#231;a on a une chance de faire avancer un peu le schmilblick&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et voil&#224; donc que je tombe hier soir, au hasard d'une recherche Google &#8212; ah oui, voil&#224;, j'oubliais : on en fait, des recherches, il faut, un minimum, quand on veut se positionner dans un d&#233;bat &#8212;, sur &lt;a href=&quot;http://humanite.fr/22_06_2010-pol&#233;mique-autour-de-la-villa-m&#233;dicis-448180&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;un article de Maurice Ulrich&lt;/a&gt; dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 22 juin. Moi, je l'avoue, je ne lis pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'Huma &#187;&lt;/i&gt; tous les jours, mais &#231;a n'emp&#234;che pas que je respecte, et pas simplement parce que Jaur&#232;s. Rayon critique litt&#233;raire et culture, c'est pas toujours les plus nuls, loin s'en faut. Et, plus g&#233;n&#233;ralement, les cocos sont franchement pas les plus r&#233;acs quand il s'agit de culture&#8230; &#8212; Voil&#224;, au passage, des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse pour ceux qui pouvaient trouver trop &#171; centriste &#187; ou trop &#171; chr&#233;tien de gauche &#187; notre tribune (mais c'&#233;tait dit tr&#232;s gentiment, et puis il en faut bien plus pour me f&#226;cher !), s'ils veulent savoir le fond de ma petite pens&#233;e &#224; moi (qui n'engage donc &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;que moi&lt;/i&gt;, cela va de soi).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, article dat&#233; du 22 juin, sign&#233; Maurice Ulrich (bon, eh, c'est un des &#233;ditorialistes du journal, hein, pas un petit pigiste&#8230;) : &#171; pol&#233;mique autour de la Villa M&#233;dicis &#187;. Le chapeau de l'article mentionne un &#171; vif d&#233;bat &#187; suscit&#233; par &#171; la nomination de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;deux&lt;/i&gt; de ses nouveaux pensionnaires &#187; (je souligne), jusque-l&#224; je suis ok &#8212; m&#234;me s'il est un peu en retard sur le coup, M. L'Huma, parce qu'&#224; la date du 22 juin le d&#233;bat n'est plus si &#171; vif &#187; que &#231;a. (M'est avis qu'il y en a m&#234;me quelques uns qui essaient de se faire oublier, ces temps-ci&#8230; et on les comprends.) Je ne veux pas ergoter trop d'embl&#233;e, mais bon, au passage, toujours dans le chapeau, on apprend que le &#171; vif d&#233;bat &#187; ainsi suscit&#233; tourne &#171; autour de la vocation de l'acad&#233;mie de France &#224; Rome et de la politique culturelle de l'&#201;tat &#187;. &#171; L'&#201;tat &#187;, je veux bien, on va y revenir ; mais franchement, h&#233;, ho, M. L'Huma, tu te r&#233;veilles ?! : le d&#233;bat qui a eu lieu, si tu l'avais suivi, tu aurais vu qu'il ne concernait pas vraiment la &#171; vocation &#187; de la Villa, &#224; peu pr&#232;s tous les gens avec qui j'ai &#233;chang&#233; depuis trois semaines, y compris parmi les signataires de la premi&#232;re p&#233;tition, m'ont dit qu'au fond ils s'en fichaient bien, de savoir qui va ou non &#224; la Villa M&#233;dicis&#8230; Je ne dis pas qu'il n'a pas &#233;t&#233; question de &#171; vocation &#187; (celle, suppos&#233;e, de telle ou telle musique, par exemple), je ne dis pas qu'il n'a pas &#233;t&#233; question de savoir qui avait l&#233;gitimement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;droit&lt;/i&gt; de s&#233;journer &#224; l'acad&#233;mie, mais bon, vraiment, il suffit de lire : Rome n'&#233;tait pas l'unique objet de leur ressentiment, pour une fois. Et Rome &#233;tait, probablement, tr&#232;s largement &#233;tranger &#224; notre courroux (mais je ne peux &#224; vrai dire, une fois de plus, parler que pour moi). Dans toute cette histoire on a, et c'est bien heureux, plus parl&#233; de musique(s) que de Villa M&#233;dicis &#8212; cela aurait-il &#233;chapp&#233; &#224; M. Ulrich ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chapeau de son article se termine ainsi : &#171; Deux p&#233;titions oppos&#233;es circulent. &#187; L&#224; encore, je ne veux pas trop ratiociner, et je suis d'accord en effet que deux tribunes ou p&#233;titions &#171; circulent &#187; (je prends acte avec satisfaction qu'est r&#233;volu le temps o&#249; notre tribune &#233;tait pass&#233;e sous silence), et je suis d'accord aussi, je l'ai dit, pour juger que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans une certaine mesure&lt;/i&gt; elles &#171; s'opposent &#187;. Mais au passage, et sans faire reproche &#224; M. Ulrich de la fa&#231;on dont il r&#233;sume les choses dans cette seule phrase du tr&#232;s court chapeau d'un court article, j'en profite pour poser la question : auront-t-ils fait attention, M. Ulrich et quelques autres, &#224; la question de savoir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en quoi&lt;/i&gt; ces deux textes s'opposent ? Et du m&#234;me coup : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en quoi&lt;/i&gt; ils se rejoignent ? A-t-il bien not&#233; par exemple, M. Ulrich, que quelques personnes avaient cru bon d'apporter leur signature aux deux textes ? Ces personnes n'&#233;taient-elles pas suffisamment &#171; respectables &#187; pour que M. Ulrich y prenne garde ? Puisque ce crit&#232;re de la respectabilit&#233; semble lui importer, M. Ulrich aurait pu remarquer qu'il y avait parmi eux un ancien pensionnaire de la Villa (puisque M. Ulrich a l'air d'appr&#233;cier ceux-ci, ce en quoi je le rejoins).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Passons maintenant au texte. Je vais le commenter en d&#233;tails, et r&#233;pondre &#224; tout ce &#224; quoi j'estime n&#233;cessaire qu'on r&#233;ponde. Mais je veux le signaler d'embl&#233;e : si je r&#233;ponds, ce n'est pas tant parce que je suis en d&#233;saccord avec certains propos, et m&#234;me avec le propos g&#233;n&#233;ral de Maurice Ulrich dans cet article (ce n'est pas le seul avec qui j'ai des d&#233;saccords dans cette histoire, je n'ai pas pris la peine de r&#233;pondre &#224; chaque fois), mais parce que je trouve &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;malhonn&#234;te&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;falsificateur&lt;/i&gt; le compte-rendu qu'il fait du &#171; vif d&#233;bat &#187; des derni&#232;res semaines. Plus un d&#233;bat est vif, je crois, plus on devrait &#234;tre prudent et attentif &#224; ne pas trop d&#233;former les dires des uns et des autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Allons bon, voil&#224; que je me mets &#224; parler de &#171; malhonn&#234;tet&#233; &#187; et de &#171; falsification &#187;, c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le registre dont je regrettais que certains de mes contradicteurs usent lors du d&#233;bat, et c'&#233;tait une des raisons qui m'avaient pouss&#233; &#224; fermer les commentaires sur la page internet de notre tribune. Mais enfin, bon sang, de quoi s'agit-il ? Non plus d'un d&#233;bat confidentiel dans un petit recoin de la blogosph&#232;re, non, c'est un article dans un des grands quotidiens nationaux, sign&#233; d'un de ses &#233;ditorialistes ! M. Ulrich ignore-t-il la responsabilit&#233; qui est celle de tout journaliste ? Ignore-t-il que cette responsabilit&#233; est plus grande encore quand on est un des &#233;ditorialistes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ? C'est au nom de cette responsabilit&#233; que je me permets de ne pas m'attarder &#224; savoir si M. Ulrich est de bonne foi ou non dans son traitement de l'information, et si c'est par &#171; malhonn&#234;tet&#233; &#187; qu'il &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;falsifie&lt;/i&gt; ou si c'est en toute honn&#234;tet&#233; qu'il a &#233;crit un texte aussi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;malhonn&#234;te&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Allons-y donc pour le commentaire du texte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La paix de la Villa M&#233;dicis est-elle perdue ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#199;a, j'en sais rien. Mais je profite de l'occasion pour signaler que Geoffroy Drouin, compositeur contemporain-tout-bien-comme-il-faut, a cru bon de signer la premi&#232;re p&#233;tition, pour s'assurer que l'ambiance sera bonne l'an prochain &#224; la Villa, et que la &#171; paix &#187; reviendrait bien vite [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb6-1&quot; name=&quot;nh6-1&quot; id=&quot;nh6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Ah oui, tiens, au passage, je signale aussi que le m&#234;me Geoffroy Drouin (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. Oui, oui, &#224; la Villa. Ah oui parce que&#8230; vous ne saviez pas ?&#8230; Comment, on ne vous a rien dit ?&#8230; Eh bien oui, il y aura aussi des compositeurs contemporains-tout-bien-comme-il-faut &#224; la Villa M&#233;dicis l'an prochain. Maurice Ulrich, dans son article, reproduit sans le moindre &#233;tat d'&#226;me le proc&#233;d&#233; qui avait si bien fonctionn&#233; pour attirer des signatures en pagaille pour la premi&#232;re p&#233;tition : &#171; oublier &#187; de pr&#233;ciser que, parmi les projets retenus en composition musicale, il y avait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; des compositeurs contemporains-tout-bien-comme-il-faut. &#192; savoir, d'une part, Geoffroy Drouin donc, et d'autre part Gilbert Nouno, compositeur [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb6-2&quot; name=&quot;nh6-2&quot; id=&quot;nh6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Allez comprendre pourquoi, Gilbert Nouno pr&#233;f&#232;re ces temps-ci &#234;tre appel&#233; (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] qui travaille &#224; l'Ircam depuis fort longtemps (l'Ircam, je le rappelle, c'est un peu le temple officiel de l'avant-garde contemporaine officielle, c'est du s&#233;rieux, hein ?), et qui pr&#233;sentait un projet en tandem avec Malik Mezzadri, fl&#251;tiste et compositeur de jazz (la liste compl&#232;te des nouveaux pensionnaires 2010-2011 &lt;a href=&quot;http://www.villamedici.it/fr/download/?file=files/file_file_202_fr.pdf&amp;title=nouveaux-pensionnaires-2010-2011.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;est ici&lt;/a&gt;). Bon, fin de la parenth&#232;se, on ne sait pas quand reviendra la paix (&#224; supposer qu'elle soit perdue), encore ce matin j'ai lu un commentaire sous &lt;a href=&quot;http://www.microcassandre.org/?p=1251#comment-1350&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;un billet de blog&lt;/a&gt; consacr&#233; &#224; notre petite affaire, j'ai pas bien compris ce que la personne voulait dire mais en tout cas il &#233;tait &#233;crit : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Nous sommes en guerre aujourd'hui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons plut&#244;t &#224; l'article de Maurice Ulrich :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La paix de la Villa M&#233;dicis &#224; Rome est-elle perdue&#8201; ? Les nominations de ses directeurs ont souvent fait l'objet de luttes de l'ombre,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Hop, je coupe, pardon, juste une remarque : en effet, quant aux nominations des directeurs de la Villa M&#233;dicis, on se souvient sans doute des quelques intrigues qui ont fait d&#233;sordre, c'&#233;tait il y a deux ans, d&#232;s le d&#233;but du mandat de l'actuel pensionnaire de l'&#201;lys&#233;e (d&#233;mocratiquement &#233;lu, lui, &#231;a c'est s&#251;r, et &#231;a n'emp&#234;che pas que c'&#233;tait tr&#232;s &#171; politique &#187;, l'&#233;lection de Nicolas S.), on commen&#231;ait &#224; peine &#224; entrevoir l'&#233;tendue que cette m&#233;thode de gouvernement allait prendre. Le conseiller-tr&#232;s-personnel-&#224;-la-culture de M. le Pr&#233;sident avait r&#233;ussi &#224; se f&#226;cher avec beaucoup de monde en pas beaucoup de temps, et il lui fallait une porte de sortie : on a donc tr&#232;s naturellement annonc&#233; qu'il serait le prochain directeur de l'acad&#233;mie de France &#224; Rome&#8230; Comme il n'avait manifestement ni les comp&#233;tences, ni m&#234;me pris la peine de r&#233;diger un projet pour ce poste, &#231;a a fait un peu d&#233;sordre, forc&#233;ment. &#192; la suite de ces &#171; luttes de l'ombre &#187; &#8212; ah bon, mais quelle ombre ? la lutte fut pourtant publique : publique, le 18 mars, la lettre ouverte d'Olivier Poivre d'Arvor d&#233;non&#231;ant ce fait du prince ; publique la tribune parue dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 22 mars 2008 ; et publique la r&#233;ponse de Benamou d&#233;non&#231;ant le 28 mars une &#171; cabale d'intellectuels mondains &#187; contre lui. Bref, tout &#231;a pour dire : &#224; la suite de ce magnifique loup&#233;, et devant l'ampleur de l'indignation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;publique&lt;/i&gt;, l'&#201;lys&#233;e dut renoncer &#224; cette nomination. Une commission fut nomm&#233;, afin de proc&#233;der de fa&#231;on plus transparente &#224; l'examen des candidatures pour le poste de directeur de la Villa. Cette commission &#233;tait pr&#233;sid&#233;e par un certain Hugues Gall (entre autres, ancien directeur de l'Op&#233;ra de Paris &#8212; c'est dire si c'est quelqu'un d'hostile &#224; la musique occidentale de tradition &#233;crite), et comportait parmi ses membres un certain Pascal Dusapin (compositeur contemporain, probablement le plus c&#233;l&#232;bre ancien pensionnaire de la Villa de sa g&#233;n&#233;ration en musique &#8212; l&#224; aussi, assur&#233;ment, quelqu'un qui n'a rien d'autre &#224; c&#339;ur que d'assassiner la musique contemporaine). Tous deux sont signataires de notre tribune, faut-il le rappeler. Je reprends&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nominations de ses directeurs ont souvent fait l'objet de luttes de l'ombre, mais c'est cette fois celle de deux de ses pensionnaires et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;particuli&#232;rement de la chanteuse Claire Diterzi&lt;/i&gt;, qui a suscit&#233; une bataille de p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je viens de souligner, dans la phrase de Maurice Ulrich, son insistance sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une seule&lt;/i&gt; des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;deux&lt;/i&gt; nominations qui ont, d'apr&#232;s le chapeau de l'article lui-m&#234;me, suscit&#233; le &#171; vif d&#233;bat &#187;. Je ne sais pas ce qu'il se serait pass&#233; si le projet de Malik Mezzadri et de Gilbert Nouno avait &#233;t&#233; retenu, mais pas celui de Claire Diterzi ; ou bien si le projet de Diterzi avait &#233;t&#233; retenu, mais pas celui de Nouno et Mezzadri. J'avoue que je m'interroge parfois sur cette question, et que je formule &#224; ce sujet, alternativement, deux hypoth&#232;ses contradictoires que je tiens pour plausibles l'une et l'autre. Par d&#233;finition, on ne le saura jamais : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les deux&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; retenus. Je laisse donc &#224; Maurice Ulrich la responsabilit&#233; de penser que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'une&lt;/i&gt; a plus &#171; particuli&#232;rement &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;suscit&#233;&lt;/i&gt; cette &#171; bataille de p&#233;titions &#187;. Ce qui est ind&#233;niable, c'est que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les deux&lt;/i&gt; nominations ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es par la premi&#232;re p&#233;tition, indistinctement. Il est n&#233;anmoins vrai que, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;par la suite&lt;/i&gt;, les attaques se sont plus concentr&#233;es sur l'une que sur l'autre. Remarquez : je dis bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; par la suite &#187;&lt;/i&gt;, et je le souligne, parce que Maurice Ulrich, dans son article, ne s'int&#233;resse qu'aux textes des deux &#171; p&#233;titions &#187; principales, et quasiment pas au d&#233;bat qui les entoure. C'est parfaitement son droit, j'aurais probablement fait de m&#234;me &#224; sa place &#8212; mais alors, il doit reconna&#238;tre que, dans l'un et l'autre texte, le cas de Claire Diterzi ne fait l'objet d'aucun traitement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;particulier&lt;/i&gt; par rapport au cas de Malik Mezzadri.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il est vrai, je l'ai dit, que les attaques se sont ensuite concentr&#233;es sur Claire Diterzi, parfois de fa&#231;on horriblement insultante &#8212; de telles attaques n'engagent que leurs auteurs (c'est d&#233;j&#224; beaucoup), et donc &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas&lt;/i&gt;, dans leur ensemble, les signataires de la premi&#232;re p&#233;tition (ce qui ne les exon&#232;re pas de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toute&lt;/i&gt; responsabilit&#233; quant aux r&#233;actions ce qu'ils ont &#171; suscit&#233;es &#187;) : je conteste donc, &#224; ce titre, que Maurice Ulrich insiste sur le cas de Claire Diterzi, s'il pr&#233;tend se concentrer sur la &#171; bataille de p&#233;titions &#187;. Mais cette insistance, qui est donc une manifeste distorsion des termes du d&#233;bat, se prolonge dans toute la premi&#232;re moiti&#233; de l'article (dans la seconde, il n'est plus question ni de l'une, ni de l'autre nomination), et reproduit le geste consistant &#224; focaliser les attaques sur une seule artiste, Claire Diterzi. Le fait que la premi&#232;re p&#233;tition ne se r&#233;sume pas &#224; un conflit esth&#233;tico-politique, &#224; traiter d'un &#171; probl&#232;me plus large &#187; (m&#234;me si elle traitait &#233;galement de ces questions &#171; plus larges &#187;, j'y reviendrai), mais s'en prenne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; nomm&#233;ment &#224; des artistes pr&#233;cis, c'&#233;tait un des motifs premiers de notre indignation &#8212; cette indignation redoublerait &#233;videmment si on attaquait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une&lt;/i&gt; artiste et non plus &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;deux&lt;/i&gt;, et/ou si on voulait faire croire (mais &#224; qui ?), pour minimiser des torts, qu'un second artiste n'&#233;tait pas lui aussi &#171; particuli&#232;rement &#187; vis&#233; (et qui prendrait la responsabilit&#233; d'une telle &#171; victime collat&#233;rale &#187;, si c'&#233;tait vraiment de cela qu'il s'agissait (ce que je ne crois pas du tout, au reste) ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'indique par ailleurs deux choses : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'une part&lt;/i&gt;, conna&#238;tre les raisons pour lesquelles Claire Diterzi, dans le d&#233;bat qui a suivi, a eu &#224; subir plus d'attaques &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad hominem&lt;/i&gt; que Malik Mezzadri, voil&#224; qui appellerait une analyse fort complexe et diff&#233;renci&#233;e, interminable en fait comme en droit, une analyse qui ferait intervenir des arguments &#171; musicaux &#187;, certes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais aussi&lt;/i&gt; des arguments &#171; extra-musicaux &#187; : sociologiques, historiques, philosophiques, politiques, etc. (Je donne un seul exemple : du moment o&#249; plus personne n'a pu faire mine d'ignorer que Malik Mezzadri &#233;tait nomm&#233; pour un projet avec Gilbert Nouno (ce que la premi&#232;re p&#233;tition, rappelons-le, &#171; omettait &#187; de pr&#233;ciser), il devenait une cible bien moins commode &#8212; on admirera donc le courage de ceux qui battent en retraite sur la seule cible qui leur reste accessible. Par exemple.) Quiconque fait l'&#233;conomie d'une telle analyse doit s'en tenir aux faits patents : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les deux&lt;/i&gt; nominations ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es par la premi&#232;re p&#233;tition, et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les deux&lt;/i&gt; artistes (&#224; vrai dire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;trois&lt;/i&gt;, avec Gilbert Nouno) ont &#233;t&#233; d&#233;fendus par le second texte. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'autre part&lt;/i&gt;, quand on voit par exemple &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/des-problemes-techniques-avec-le-site.html?showComment=1276325843433#c3993586946242633425&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;le genre de texte&lt;/a&gt; que Mme &#201;dith Canat de Chizy est capable d'&#233;crire et de faire signer &#224; quelques uns de ses amis de l'acad&#233;mie des Beaux-Arts (encore que, suite &#224; quelques &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-au-ministre-de-la.html?showComment=1276273632832#c7041357088646655484&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;mic-macs&lt;/a&gt;, on se demande un peu qui a vraiment sign&#233; cette seconde lettre &#171; ouverte &#187;), on se dit ais&#233;ment que la nomination de Malik Mezzadri ne semble pas l'horrifier &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;particuli&#232;rement&lt;/i&gt; moins que celle de Claire Diterzi&#8230; Je reviens &#224; mes moutons, suite de l'article de M. Ulrich :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re p&#233;tition d&#233;nonce cette nomination &#171; &#8239;unilat&#233;rale&#8239; &#187;, prise &#171; &#8239;sous l'effet d'une pression politique et non d'une d&#233;cision artistique&#8239; &#187;. Les rapporteurs musique de la commission concern&#233;e, dont la compositrice &#201;dith Canat de Chizy, ayant d&#233;missionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une remarque pour prolonger ce que je disais pr&#233;c&#233;demment : ici, &#171; cette nomination &#187;, grammaticalement, renvoie &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la&lt;/i&gt; nomination des deux pensionnaires ; mais, quant au sens, il n'est plus question que de la chanteuse dans la suite du texte. J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, je n'y reviens pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne devrais pas avoir &#224; commenter trop longuement le fond de ces deux phrases, il s'agit plut&#244;t d'une discussion avec les signataires de la premi&#232;re p&#233;tition, j'ai d&#233;j&#224; dit ailleurs ce que j'en pensais. Mais apparemment, certains principes pourtant simples ne semblent pas acquis, alors je rappelle &#8212; puisque les questions &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;politiques&lt;/i&gt;, les questions de &#171; politique culturelle &#187;, jouent &#224; l'&#233;vidence un grand r&#244;le dans la prise de position de M. Ulrich &#8212; que les d&#233;cisions d'un jury sont &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;souveraines&lt;/i&gt;, et qu'un jury n'a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;jamais&lt;/i&gt;, &#224; ma connaissance, eu &#224; se conformer &#224; l'avis de rapporteurs : un jury a toujours eu le droit, plein et entier, de choisir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;unilat&#233;ralement&lt;/i&gt; &#8212; c'est la r&#232;gle du jeu, point. Faire semblant qu'il y a l&#224; quelque chose &#224; &#171; d&#233;noncer &#187;, c'est tenter de faire oublier au lecteur cette r&#232;gle pourtant fort simple, pour brouiller les pistes. Je ne dis pas, pour autant, que c'est forc&#233;ment une bonne chose que la d&#233;cision d'un jury d&#233;plaise &#224; certains rapporteurs au point que ceux-ci en viennent &#224; d&#233;missionner ensuite, et c'est probablement r&#233;v&#233;lateur d'un dysfonctionnement &#8212; reste &#224; savoir lequel : &lt;br /&gt;1. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou bien&lt;/i&gt;, certains l'ont pr&#233;tendu, le jury a &#171; mal &#187; travaill&#233;, et nomin&#233; des artistes qui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ne&lt;/i&gt; le m&#233;ritaient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas du tout&lt;/i&gt;, &#171; ontologiquement &#187;, et ceci du seul fait de &#171; registre musical &#187; dans lequel ils s'inscrivent (je laisse &#224; d'autres la responsabilit&#233; d'une telle hypoth&#232;se&#8230; &#8212; mais qui d&#233;cide d'une telle exclusion &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au principe&lt;/i&gt; ? au nom de quoi ? et qui conf&#232;re le droit de prononcer de semblables exclusions &#224; ceux qui les prononcent ? De quelle politique de tels principes sont-ils solidaires ?) ; &lt;br /&gt;2. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou bien&lt;/i&gt;, autre hypoth&#232;se, le jury a &#171; pas tr&#232;s bien &#187; travaill&#233;, et nomin&#233; des artistes qui le m&#233;ritaient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moins&lt;/i&gt; que d'autres, pour telles et telles raisons (mais qui d&#233;cide du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus&lt;/i&gt; et du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moins&lt;/i&gt; ? Quelle est l'&#233;chelle, quel est le crit&#232;re (ou l'algorithme de compilation des crit&#232;res) qui permet de se situer sur cette &#233;chelle ? Ou bien les grincheux du jour doivent fournir le code de leur algorithme, et se montrer assez convaincant pour qu'on l'adopte, ou bien ils doivent se rendre &#224; l'&#233;vidence que, en la mati&#232;re, l'ensemble des artistes n'est pas un &#171; ensemble totalement ordonn&#233; &#187; &#8212; comme dirait le math&#233;maticien qui me ventriloque parfois &#8212;, et qu'on n'a pas de crit&#232;re quantifiable, mesurable, calculable pour comparer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;absolument&lt;/i&gt; n'importe quel artiste A avec n'importe quel artiste B donn&#233;s, en toute certitude, sans risque d'erreur ou d'injustice : &#231;a ne dit pas qu'on ne peut pas du tout essayer de choisir le plus rationnellement possible, &#231;a ne dit pas qu'il n'y a pas, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans une certaine mesure&lt;/i&gt;, une forme ou une autre d'&#171; objectivit&#233; &#187; dans tel ou tel choix, &#231;a ne dispense pas de r&#233;fl&#233;chir et d'argumenter, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais&lt;/i&gt; &#231;a dit seulement que, &#224; un moment ou &#224; un autre, une v&#233;ritable &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;cision&lt;/i&gt; doit intervenir. La responsabilit&#233; d'une telle d&#233;cision n'est pas conf&#233;r&#233;e par Dieu, puisque celui-ci est plus ou moins socialement mort : elle est conf&#233;r&#233;e par le pouvoir politique, qui nomme le jury, et dans les cadres fix&#233;s par le r&#233;glement de l'acad&#233;mie de France &#224; Rome. R&#233;sumons : le pouvoir politique, en vertu de lois et r&#232;gles &#171; d&#233;mocratiquement &#187; choisies (ce qui ne dit pas qu'elles ne puissent &#234;tre criticables, bien entendu), conf&#232;re &#224; un jury le droit et la responsabilit&#233; de choisir &#171; unilat&#233;ralement &#187; les nominations) ; &lt;br /&gt;3. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou bien&lt;/i&gt;, troisi&#232;me hypoth&#232;se, la &#171; politique culturelle &#187; sous-jacente aux recommandations des rapporteurs (parce qu'il y en a toujours une &#8212; faut-il le rappeler ?) n'est pas conforme, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, &#224; la &#171; politique culturelle &#187; souhait&#233;e par le jury, et alors celui-ci n'a aucune raison &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;absolue&lt;/i&gt; de ne pas mener la politique qu'il souhaite en s'&#233;mancipant des pr&#233;conisations des rapporteurs, et l'on peut d&#232;s lors, naturellement, comprendre la d&#233;mission de certains rapporteurs en raison de ce d&#233;saccord politique, mais aussi, pourquoi pas, s'interroger &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;galement&lt;/i&gt;, de m&#234;me que certains se sont interrog&#233;s sur la pertinence de la composition du jury, sur la pertinence de la nomination (unilat&#233;rale et politique, comme il se doit) des rapporteurs en question (si on regrettait telle ou telle de ces nominations, faudrait-il alors se pr&#233;cipiter &#224; d&#233;noncer le &#171; fait du prince &#187;, ou bien seulement des &#171; pressions politiques &#187;, des raisons plus &#171; politiques &#187; qu'&#171; artistiques &#187;, pour rendre compte du fait que, simple exemple, Mme &#201;dith Canat de Chizy ait &#233;t&#233; choisie ? Le fait qu'une telle compositrice &#8212; dont certains pensent, &#224; tort ou &#224; raison, qu'elle ne repr&#233;sente pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;particuli&#232;rement&lt;/i&gt; la position la plus &#171; avant-gardiste &#187; ou &#171; progressiste &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au sein m&#234;me&lt;/i&gt; de la musique contemporaine &#8212; soit nomm&#233;e pour &#234;tre &#171; rapporteur &#187;, est-ce &#171; sous l'effet d'une pression politique et non d'une d&#233;cision artistique &#187;, ou bien est-ce simplement le signe d'une pluralit&#233; potentiellement bienvenue au sein des rapporteurs, des jurys, etc. ?) ; &lt;br /&gt;4. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou bien&lt;/i&gt;, quatri&#232;me et derni&#232;re hypoth&#232;se, tel ou telle des rapporteurs est un peu trop susceptible et parano&#239;aque, et a bien mal fait de prendre contre lui ou elle le choix final du jury.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; donc au moins &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quatre&lt;/i&gt; hypoth&#232;ses (distinctes, quoique non forc&#233;ment incompatibles entre elles) &#224; examiner par quiconque voudrait rendre compte de la d&#233;mission de deux des rapporteurs musiques, soit qu'il le diagnostique comme un dysfonctionnement dommageable, soit qu'il le consid&#232;re comme le &#233;ni&#232;me sympt&#244;me de conflits politico-esth&#233;tiques surd&#233;termin&#233;s, et qui durent depuis de nombreuses d&#233;cennies (pas loin d'un si&#232;cle que le jazz, par exemple, ne laisse plus la musique &#233;crite &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en paix&lt;/i&gt;). Je ne vois pas au nom de quoi on excluerait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;par principe&lt;/i&gt; de consid&#233;rer autre chose que la premi&#232;re de ces hypoth&#232;ses. Je rappelle &#233;galement que, si dysfonctionnement il y a, &#231;a n'en fait pour autant imm&#233;diatement un &#171; vice de forme &#187;, ainsi que certains l'ont avanc&#233; : en l'occurrence, jusqu'&#224; plus ample inform&#233;, il n'y a eu &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aucun&lt;/i&gt; &#171; vice de forme &#187;. Quitte &#224; me r&#233;p&#233;ter (comme &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-au-ministre-de-la.html?showComment=1275735896522#c4994205868882086252&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dirait&lt;/a&gt; Mme Canat de Chizy) : n'importe quel jury au monde est, dans la limite de certains r&#232;glements bien s&#251;r, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;souverain&lt;/i&gt; dans ses choix, ce qui veut dire qu'il est parfaitement normal qu'il prenne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;unilat&#233;ralement&lt;/i&gt; ses &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;cisions&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Encore un mot, avant de poursuivre : depuis le d&#233;but de cette affaire, on n'a de cesse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; de d&#233;noncer l'ing&#233;rence du &#171; politique &#187; au sein de l'&#171; artistique &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; d'en appeler &#224; l'&#201;tat ou &#224; ses mandataires pour mettre en &#339;uvre telle ou telle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;politique&lt;/i&gt; culturelle. Je ne reviens pas sur le c&#244;t&#233; assez touchant de voir certains esp&#233;rer encore quelque chose de la Sarkozie, par exemple dans le domaine culturel (mais ce n'est pas le seul domaine, loin s'en faut, o&#249; la politique actuelle est &#171; d&#233;sesp&#233;rante &#187;), je n'y reviens pas parce que j'estime que, m&#234;me sans illusions, la protestation peut &#234;tre parfois l&#233;gitime. Non, la seule chose que je veux faire remarquer c'est que, au-del&#224; m&#234;me du fait qu'aucune esth&#233;tique n'est indemne d'une politique (ce serait un long d&#233;bat, je ne demande pas qu'on y entre ici), on ne peut pas raisonnablement attendre d'une &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;politique&lt;/i&gt; culturelle &#187; qu'elle soit &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a-&lt;/i&gt;politique. Voil&#224; un principe assez simple, non ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela &#233;tant dit, quant &#224; savoir s'il y a eu en effet des &#171; pressions politiques &#187; et des &#171; luttes de l'ombre &#187;, eh bien je n'en sais rien, puisque pr&#233;cis&#233;ment &#231;a s'est pass&#233;, si &#231;a s'est pass&#233;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans l'ombre&lt;/i&gt;. Je ne dis pas que, d&#232;s lors, je ne veux rien en savoir et que c'est &#233;tranger au d&#233;bat : au contraire, j'invite les gens en possession d'informations cr&#233;dibles, fiables, et si possible v&#233;rifiables, &#224; faire toute la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lumi&#232;re&lt;/i&gt; sur ces &#233;l&#233;ments d'informations en les portant &#224; la connaissance du d&#233;bat public. Ce qui, sauf si quelque chose m'a &#233;chapp&#233;, n'a pas &#233;t&#233; fait jusqu'ici. Au passage, on pourra en profiter pour faire ou refaire la longue histoire des &#171; pressions politiques &#187; et &#171; luttes de l'ombre &#187; de la politique musicale fran&#231;aise depuis 1945&#8230; Cette histoire forme le contexte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;minimal&lt;/i&gt; de toute discussion sur le caract&#232;re &#171; politique &#187; de tel ou tel choix. Bon, je poursuis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re p&#233;tition d&#233;nonce cette nomination &#171; &#8239;unilat&#233;rale&#8239; &#187;, prise &#171; &#8239;sous l'effet d'une pression politique et non d'une d&#233;cision artistique&#8239; &#187;. Les rapporteurs musique de la commission concern&#233;e, dont la compositrice &#201;dith Canat de Chizy, ayant d&#233;missionn&#233;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; mots couverts&lt;/i&gt;, certains &#233;voquent l'amiti&#233; de la premi&#232;re dame avec la chanteuse.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais non ! Mais non, M. Ulrich, les mots ne sont pas du tout &#171; couverts &#187;, ces &#233;vocations, quand elles ont eu lieu, ont &#233;t&#233; parfaitement transparentes&#8230; Il n'y a pas, fort heureusement, de semblable &#171; &#233;vocation &#187; dans le texte de la premi&#232;re p&#233;tition, qui ne tombait pas aussi bas (&#224; moins que j'aie loup&#233; quelque &#171; implicite du discours &#187;, comme on dit, malgr&#233; mes lectures r&#233;p&#233;t&#233;es du texte). Par contre, en effet, &#171; certains &#187; &#8212; l'ind&#233;termination convient fort bien, puisque les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; &#233;taient presque toujours le fait de ces courageux &#171; anonymes &#187; qui peuplent parfois les blogs &#8212; &#171; certains &#187; ont &#233;voqu&#233; cette suppos&#233;e &#171; amiti&#233; &#187; entre Claire Diterzi et Carla Bruni-Sarkozy. Je ne connais personnellement ni l'une, ni l'autre, alors je dois bien dire que je n'en sais rien, si elles sont en effet amies ou non (vu le genre d'&#226;neries qui ont &#233;t&#233; d&#233;vers&#233;es sur sa musique, j'ai l'impression qu'il y en a bien d'autres, qui ne connaissent pas tr&#232;s personnellement Claire Diterzi). Ce que je sais, c'est que le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;seul&lt;/i&gt; argument qui a &#233;t&#233; avanc&#233; au cours du d&#233;bat pour &#233;tayer cette all&#233;gation d'une amiti&#233; entre Claire Diterzi et Carla Bruni-Sarkozy, c'est le fait que leurs disques sont produits par le m&#234;me label, Na&#239;ve. C'est en effet une information patente, et v&#233;rifiable ; tout comme est patent et v&#233;rifiable le fait que le catalogue de la maison Na&#239;ve regroupe suffisamment d'artistes pour qu'on puisse assez raisonnablement supposer que la &#171; premi&#232;re dame &#187; n'est pas amie intime avec chacun d'eux (je n'ai pas le chiffre sous la main, je sais juste qu'ils &#233;taient trop nombreux, sur le site &lt;a href=&quot;http://www.naive.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;na&#239;ve.fr&lt;/a&gt;, pour que je m'amuse &#224; les compter). Bref, c'est grotesque. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas amies, je ne dis pas qu'elles le sont : je dis juste que cette all&#233;gation n'est &#233;tay&#233;e par absolument rien, &#224; ma connaissance &#8212; je peux m&#234;me imaginer que quelqu'un qui monte un spectacle sur Rosa Luxembourg n'est pas n&#233;cessairement tr&#232;s fan du sarkozisme ambiant. (Et, par ailleurs, je me d&#233;clare naturellement pr&#234;t &#224; lancer une nouvelle contre-p&#233;tition si d'aventure il devait y avoir, sur la base des m&#234;mes arguments, une p&#233;tition de protestation la prochaine fois que Sandrine Piau est programm&#233;e quelque part&#8230;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On continue, fin du premier paragraphe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;action, une seconde p&#233;tition d&#233;nonce ce qui serait la d&#233;fense d'un pr&#233; carr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mouaif, bon, pourquoi pas, je ne l'aurais probablement pas dit comme M. Ulrich, mais s'il veut, pourquoi pas. Mais enfin quand m&#234;me : j'attire l'attention de M. Ulrich sur le fait que le texte de notre tribune, dont je ne sais pas &#224; vrai dire si elle &#171; d&#233;non&#231;ait &#187; beaucoup de choses, parlait pour sa part de &#171; la d&#233;fense &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de l'immunit&#233;&lt;/i&gt; d'un pr&#233; carr&#233; &#187;, et non de &#171; la d&#233;fense d'un pr&#233; carr&#233; &#187;. Si M. Ulrich devait manquer &#224; voir l'int&#233;r&#234;t de faire droit &#224; de pareilles subtilit&#233;s de formulation, je me permettrais de formuler l'hypoth&#232;se que c'est parce qu'il a beaucoup tendance &#224; &#171; omettre &#187; (&#224; refouler ?), comme le faisait d&#233;j&#224; le texte de la premi&#232;re p&#233;tition, l'information pourtant essentielle que j'ai d&#233;j&#224; rappel&#233;e : la so-called &#171; musique contemporaine &#187;, repr&#233;sent&#233;e par Geoffroy Drouin et &#8212; en partie &#8212; par Gilbert Nouno (je dis &#171; en partie &#187;, non pour diminuer ses m&#233;rites ou d&#233;valoriser son pedigree, mais parce que Gilbert Nouno a manifestement l'esprit et la musique trop larges pour se laisser facilement enfermer dans la seule &#233;tiquette &#171; musique contemporaine &#187;), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'a pas eu &#224; subir la moindre diminution&lt;/i&gt; dans les nominations &#224; la Villa M&#233;dicis (ce qui ne dit pas qu'elle n'est pas menac&#233;e &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ailleurs&lt;/i&gt;, bien entendu). Passons au second paragraphe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, l'affaire est &#224; prendre au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pas &#224; moi qu'il faut le dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, l'affaire est &#224; prendre au s&#233;rieux. Avec une premi&#232;re question&#8201; : quelle est la vocation de la Villa qui accueillit Debussy ou Berlioz et tant d'autres grands artistes&#8201; ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#199;a, c'est une question facile, j'ai la r&#233;ponse, et nous l'avions m&#234;me inscrite dans le texte de notre tribune. Le &lt;a href=&quot;http://www.culture.gouv.fr/culture/dap/dap/afr/html/decret.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; d&#233;cret fondateur &#187;&lt;/a&gt; du 21 d&#233;cembre 1971, qui est la traduction r&#233;glementaire de la r&#233;forme entreprise par Malraux et Balthus au cours des ann&#233;es 1960, stipule dans son article 2 : &#171; L'acad&#233;mie de France &#224; Rome a pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mission principale&lt;/i&gt; de favoriser la cr&#233;ation artistique et litt&#233;raire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans tous ses domaines&lt;/i&gt;, le perfectionnement dans les disciplines appliqu&#233;es &#224; la cr&#233;ation artistique et litt&#233;raire ainsi que dans l'histoire de l'art, plus particuli&#232;rement pour la p&#233;riode s'&#233;tendant de la Renaissance &#224; nos jours. &#187; J'ai soulign&#233;, dans la phrase qui pr&#233;c&#232;de, deux choses : &#171; mission principale &#187; et &#171; dans tous ses domaines &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Dans tous ses domaines &#187;, eh bien, &#231;a dit bien ce que &#231;a veut dire, &#231;a dit que, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au principe&lt;/i&gt;, il n'y a pas des domaines qui sont &#171; originellement &#187; (je cite ici un mot qui appara&#238;t deux fois dans le texte de la premi&#232;re p&#233;tition) favoris&#233;s et des domaines qui sont &#171; originellement &#187; exclus. &#199;a c'est un principe tr&#232;s simple, et qui aurait d&#251; nous &#233;conomiser bien des d&#233;bats. &#192; moins, s'il l'on veut vraiment que je me f&#226;che, &#224; moins que certains soutiennent que le jazz et le rock ne sont pas des &#171; domaines &#187; de &#171; cr&#233;ation artistique &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai soulign&#233; aussi &#171; mission principale &#187;, pour attirer l'attention de M. Ulrich sur le fait que ce n'est pas la m&#234;me chose, une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mission&lt;/i&gt; et une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vocation&lt;/i&gt;. La mission, c'est disons l'obligation, la t&#226;che que le pouvoir (le pouvoir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;politique&lt;/i&gt;, donc) conf&#232;re &#224; cette institution, c'est le contrat r&#233;glementaire qui fixe ce que doit ou ne doit pas faire l'acad&#233;mie de France &#224; Rome. Quant &#224; la &#171; vocation &#187;, voil&#224; un mot bien trop empreint de religiosit&#233; pour moi &#8212; d'onto-th&#233;ologie et de phonocentrisme, si je veux employer des mots compliqu&#233;s &#8212;, j'en d&#233;l&#232;gue donc la discussion aux amis du chano&#238;ne honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran &#224; Rome (comme quoi, il s'en passe, des choses, &#224; Rome&#8230;), lequel chano&#238;ne s'&#233;tait longuement exprim&#233;, lors de &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article140&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;son discours&lt;/a&gt;, sur cette question de la &#171; vocation &#187;. Bon, on poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, l'affaire est &#224; prendre au s&#233;rieux. Avec une premi&#232;re question&#8201; : quelle est la vocation de la Villa qui accueillit Debussy ou Berlioz et tant d'autres grands artistes&#8201; ? Pour les signataires du premier texte, en tout cas, cette d&#233;cision t&#233;moigne d'un d&#233;sengagement de la part de l'&#201;tat &#224; l'&#233;gard de la musique contemporaine, alors que le registre musical dans lequel s'inscrit la chanteuse touche un public d&#233;j&#224; nombreux et jouissant d'une m&#233;diatisation bien plus large.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L&#224; encore, je fais remarquer qu'il n'est toujours question pour M. Ulrich que de &#171; la chanteuse &#187;, j'ai d&#233;j&#224; dit que ce privil&#232;ge n'avait rien de neutre. Le reste, je n'y reviens pas, puisqu'il s'agit en effet grosso modo de la position des &#171; signataires du premier texte &#187;, dont M. Ulrich rend un compte assez fid&#232;le pour le coup, je n'y reviens pas parce que j'ai d&#233;j&#224; dit longuement, ailleurs, ce que je pensais de telles positions. Je le rappelle juste, pour m&#233;moire : il est faux (je dis bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faux&lt;/i&gt; : non-vrai) qu'il y ait un quelconque &#171; d&#233;sengagement &#187; de la Villa M&#233;dicis par rapport &#224; la musique contemporaine ; il est faux (je dis bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faux&lt;/i&gt; : non vrai) que Claire Diterzi et/ou Malik Mezzadri et/ou Gilbert Nouno &#8212; je parle bein de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ces&lt;/i&gt; artistes, de leur musique, et non de ces suppos&#233;s &#171; registres musicaux &#187; bien commodes pour pratiquer tous les amalgames, et que personne au reste ne sait d&#233;limiter un tant soit peu rigoureusement &#8212; jouissent d'un public r&#233;ellement &#171; nombreux &#187; et sont support&#233;s par une m&#233;diatisation bien &#171; large &#187;. On passe &#224; la suite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, on &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;nonce donc une avant-garde officielle&lt;/i&gt; raidie sur ses privil&#232;ges et se trompant de cible, alors que tous les musiciens issus des autres sc&#232;nes musicales &#171; &#8239;ne sont pas n&#233;cessairement de simples &#8220;divertisseurs&#8221; vivant royalement de l'industrie du disque et de la sc&#232;ne&#8239; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant &#224; dire que &#171; tous les musiciens issus des autres sc&#232;nes musicales &#8220;ne sont pas n&#233;cessairement de simples &#8216;divertisseurs' vivant royalement de l'industrie du disque de la sc&#232;ne &#187;, c'est en effet ce que nous avons dit, &#233;crit, sign&#233;. C'est la une r&#233;alit&#233; &#233;l&#233;mentaire et absolument incontestable, jusqu'&#224; plus ample inform&#233;. Je ne vois donc pas ce qu'il pourrait y avoir de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relatif&lt;/i&gt; dans un tel argument (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cf&lt;/i&gt;. ci-dessous).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le reste de la phrase, c'est une absolue contre-v&#233;rit&#233;, une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;falsification massive&lt;/i&gt; de la tribune que nous avons sign&#233;e. Si nous avons bien, en effet, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;regrett&#233;&lt;/i&gt; que certains puissent se tromper &#224; nos yeux de cible &#8212; &#171; regretter &#187; et &#171; d&#233;noncer &#187;, ce n'est pas la m&#234;me chose, M. Ulrich, soit dit en passant &#8212;, il est absolument &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faux&lt;/i&gt; que nous ayons &#171; d&#233;nonc[&#233;] (&#8230;) une avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;. Nous avons, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au contraire&lt;/i&gt; (quand je dis &#171; au contraire &#187;, cela veut dire que les propos que nous avons sign&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;s'opposent&lt;/i&gt; &#224; ce que M. Ulrich veut nous faire dire), &#233;crit cette phrase, o&#249; M. Ulrich aura trouv&#233; l'expression qu'il veut nous faire d&#233;noncer : &#171; Nous savons bien, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et c'est pourquoi nous l'aimons et la soutenons&lt;/i&gt;, que la musique &#8220;contemporaine&#8221; a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des visages plus rieurs&lt;/i&gt; &#224; montrer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;que celui&lt;/i&gt; d'une avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges, d&#233;fendant jalousement l'immunit&#233; de ses pr&#233;cs carr&#233;s ! &#187; Le sens de cette phrase est absolument transparent, et devrait pouvoir se passer du moindre commentaire. Mais comme apparemment il s'est trouv&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au moins un&lt;/i&gt; lecteur, en la personne de M. Ulrich, pour se m&#233;prendre lourdement sur ce sens, je veux bien prendre le temps de la d&#233;cortiquer. Dans cette phrase, nous &#233;crivons &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'abord&lt;/i&gt; que nous &#171; aimons &#187; et &#171; soutenons &#187; la musique dite &#171; contemporaine &#187; : nous aurions du mal &#224; l'aimer et &#224; la soutenir si elle &#233;tait en effet &#171; une avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;, parce que &#231;a n'a rien de vraiment aimable, en tant que telle, une &#171; avant-garde officielle &#187;, et encore moins si elle est &#171; raidie sur ses privil&#232;ges &#187;, ce qui la rendrait pas tr&#232;s digne de recevoir notre soutien. D&#232;s lors que nous disons que nous l'aimons et la soutenons, c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;donc&lt;/i&gt; que nous n'avons nullement l'intention de la &#171; d&#233;noncer &#187; comme quelque chose de peu aimable et de peu digne d'&#234;tre soutenue. Dans cette m&#234;me phrase, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ensuite&lt;/i&gt;, nous expliquons m&#234;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; pourquoi &#187;&lt;/i&gt; nous aimons et soutenons cette musique : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parce qu'&lt;/i&gt;elle a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'autres&lt;/i&gt; visages &#224; montrer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;que celui&lt;/i&gt; d'une &#171; avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;, des visages qui sont &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; plus rieurs &#187; que celui&lt;/i&gt; d'une telle &#171; avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;. Il y a, dans cette phrase, un rapport explicite de cons&#233;quence logique : nous aimons et soutenons cette musique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parce qu'&lt;/i&gt;elle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'&lt;/i&gt;est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas&lt;/i&gt; une &#171; avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges, ou encore : cette musique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'&lt;/i&gt;est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas&lt;/i&gt; une &#171; avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;donc&lt;/i&gt; nous l'aimons et la soutenons (&#224; vrai dire, je l'avoue, il y a quelques autres raisons &#224; cet amour, des raisons &#171; musicales &#187; : la raison que nous &#233;voquons est une condition &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;, mais non &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;suffisante&lt;/i&gt; de notre amour). Puisque M. Ulrich a l'air de beaucoup aimer les &#171; d&#233;nonciations &#187;, je vois d&#233;j&#224; qu'il va me r&#233;pondre que nous avons &#171; d&#233;nonc&#233; &#187; le fait que la musique dite contemporaine ait pu, par l'interm&#233;diaire de la premi&#232;re p&#233;tition, prendre un visage qui n'est pas le sien, ou en tout cas un visage qui n'est pas le seul qu'elle a &#224; montrer &#8212; &#224; quoi je lui r&#233;pondrai : &#224; supposer, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;concesso non dato&lt;/i&gt;, que les signataires de la premi&#232;re p&#233;tition puissent &#234;tre autoris&#233;s &#224; parler au nom de &#171; la &#187; musique contemporaine, alors oui, M. Ulrich, vous &#234;tes tr&#232;s perspicace et vous nous avez enfin bien lu, oui nous avons au moins regrett&#233;, et peut-&#234;tre m&#234;me &#171; &#224; mots couverts &#187; d&#233;nonc&#233;, que cette musique ait pris ainsi, le temps d'un mauvais texte, ce masque peu seyant. N'en reste pas moins qu'il y a un ab&#238;me entre, d'une part, regretter que quelqu'un ou quelque chose qu'on aime et qu'on soutient en vienne &#224; prendre un masque qui ne lui correspond pas et, d'autre part, &#171; d&#233;noncer &#187; que ce quelqu'un ou ce quelque chose soit peu aimable et peu digne d'&#234;tre soutenu. Il ne s'agit plus l&#224; d'une nuance, d'une subtilit&#233; de formulation que je tiendrai &#224; r&#233;tablir : il s'agit d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;contresens massif&lt;/i&gt; quant &#224; l'intelligibilit&#233; minimale de cette phrase (et, partant, de l'ensemble du texte, puisque M. Ulrich pr&#233;tend y r&#233;sumer notre position), que je tiens, oui cette fois, &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;noncer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au passage, je tiens &#224; le signaler, je ne comprends pas le &#171; donc &#187; en d&#233;but de phrase : la conjonction &#171; donc &#187; exprime en fran&#231;ais un rapport de cons&#233;quence logique. Je ne vois pas, &#224; aucun point de vue, un rapport de cause &#224; effet entre les contre-v&#233;rit&#233;s de la premi&#232;re p&#233;tition, qui &#233;taient rapport&#233;es &#224; la phrase pr&#233;c&#233;dente, et la &#171; d&#233;nonciation &#187; d'une &#171; avant-garde officielle &#187;, qui est pr&#233;cis&#233;ment, je l'ai dit, ce que nous &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'&lt;/i&gt;avons &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas&lt;/i&gt; d&#233;nonc&#233;. Je le signale parce que cela me semble assez symptomatique de la fa&#231;on bien l&#233;g&#232;re dont le texte de M. Ulrich m&#232;ne son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; argumentation &#187;&lt;/i&gt; (car il y a bien, c'est l'&#233;vidence, au moins l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;apparence&lt;/i&gt; d'une argumentation, comme en t&#233;moignent par exemples ces &#171; donc &#187;, ainsi que le d&#233;but du paragraphe suivant, sur lequel je vais revenir). On aurait pu s'interroger de m&#234;me sur la valeur assez floue du participe pr&#233;sent dans la quatri&#232;me phrase du premier paragraphe, phrase nominale et syntaxiquement &#233;trange, mais je passe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On en est &#224; la moiti&#233; du texte : fin du deuxi&#232;me paragraphe, sur un total de quatre. Il y a un sous-titre qui coupe l'article en deux : &#171; &#8220;r&#233;v&#233;lateur d'une d&#233;mission de l'&#201;tat&#8221; &#187;, l'expression est mise entre guillemets, puisqu'elle est extraite quasi mot pour mot d'un passage du texte de la premi&#232;re p&#233;tition, passage qui sera cit&#233; longuement dans le quatri&#232;me paragraphe. En choisissant ce sous-titre, et en souscrivant apparemment au diagnostic (malgr&#233; la distance des guillemets), M. Ulrich met l'accent sur la dimension du d&#233;bat qui, &#224; ses yeux, est le probl&#232;me de fond le plus important : la &#171; d&#233;mission &#187; de l'&#201;tat en mati&#232;re de culture. C'est en effet un probl&#232;me important, nous allons y revenir dans un instant. Mais comment ne pas suspecter, derri&#232;re cette s&#233;lection d'une seule des dimensions du probl&#232;me &#8212; attention, hein, je ne dis pas : &#171; dimensions du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;bat&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cis&#233;ment, parce que cette dimension n'a, &#224; peu de choses pr&#232;s, pas fait l'objet du moindre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d&#233;bat&lt;/i&gt;, du moindre d&#233;saccord au cours de ce &#171; vif d&#233;bat &#187; &#8212;, comment ne pas y suspecter la raison profonde de la prise de position de M. Ulrich, journaliste &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, dans son article ? Le m&#233;canisme est simple, mais finit par ressembler &#224; un r&#233;flexe un peu trop conditionn&#233; : une p&#233;tition circule, d&#233;nonce le d&#233;sengagement de l'&#201;tat-Sarkozy en mati&#232;re de culture, d&#233;nonce un &#171; fait du prince &#187; et, &#224; mots couverts ou d&#233;couverts, des &#171; amiti&#233;s &#187; suppos&#233;es entre telle artiste et la &#171; premi&#232;re dame &#187;, d&#233;nonce le &#171; divertissement &#187;, les &#171; s&#233;ductions faciles &#187;, l'&#171; industrie &#187; et le spectacle, c'est tout juste s'il n'est pas question de la &#171; Star Ac' &#187; (et il en sera de fait question dans le d&#233;bat ensuite, de fa&#231;on tr&#232;s attendue), etc. &#8212; allez hop ! pas besoin de r&#233;fl&#233;chir, nous &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Huma&lt;/i&gt; on n'aime pas Sarko et on a une haute id&#233;e de l'art et de la culture, zou ! ceux-l&#224; sont des &#171; alli&#233;s &#187;, on signe ou on soutient d'un article, c'est important, soyons unis&#8230; (Je tiens &#224; faire remarquer au passage que des journalistes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233; Dimanche&lt;/i&gt; ont en revanche sign&#233; notre tribune : soit il y a un conflit entre les deux r&#233;dactions, soit plus simplement tous les journalistes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Huma&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Huma dimanche&lt;/i&gt;, et des autres journaux class&#233;s un peu ou tr&#232;s &#171; &#224; gauche &#187; n'ont pas encore abdiqu&#233; toute capacit&#233; de discernement, au seul motif de la tr&#232;s l&#233;gitime (&#224; mon sens) lutte contre les politiques mises en &#339;uvre depuis le d&#233;but de l'&#232;re Sarkozy.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais M. Ulrich ne porte pas seul la responsabilit&#233; de sa pr&#233;cipitation &#171; politique &#187;, car les r&#233;dacteurs de la premi&#232;re p&#233;tition avaient tr&#232;s habilement pr&#233;par&#233; le terrain pour ce genre de comportements pavloviens : par exemple par leur usage d&#232;s le texte de la premi&#232;re p&#233;tition, et ensuite de fa&#231;on tr&#232;s r&#233;currente et marqu&#233;e lors du d&#233;bat, du signifiant &#171; ouverture &#187;, gr&#226;ce auquel on laisse &#224; dessein flotter l'&#233;quivoque entre tels choix dans les nominations d'un jury pour la Villa M&#233;dicis et telle politique, m&#233;diatiquement orchestr&#233;e, de d&#233;bauchage individuel dans les diff&#233;rents gouvernements conduits par M. Fillon. Je comprends ais&#233;ment qu'on ait &#224; redire &#224; une telle politique, mais de l&#224; &#224; se laisser enfermer dans les pi&#232;ges rh&#233;toriques grossiers de la communication &#233;lys&#233;enne, et &#224; faire du mot &#171; ouverture &#187; un des marqueurs de la r&#233;gression tous azimuts, non, vraiment, on attend mieux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; des journalistes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; des compositeurs qui pr&#233;tendent se pr&#233;valoir d'&#171; une tradition musicale s'inscrivant dans l'histoire de l'art et qui se fonde depuis des si&#232;cles sur l'exigence de l'&#233;criture &#187;, et qui pr&#233;tendent &#233;crire &#171; peut-&#234;tre les classiques des si&#232;cles futurs &#187;, &#171; des &#339;uvres portant l'avenir en leurs germes &#187;, excusez du peu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je reprends le fil du texte qui, apr&#232;s le sous-titre &#171; &#8220;r&#233;v&#233;lateur d'une d&#233;mission de l'&#201;tat&#8221; &#187;, poursuit le discussion engag&#233;e par le paragraphe pr&#233;c&#233;dent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'argument est toutefois relatif.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais c'est quoi, &#171; l'argument &#187; ? M. Ulrich s'en r&#233;f&#232;re manifestement &#224; la phrase qui pr&#233;c&#232;de, celle o&#249; il pr&#233;tendait r&#233;sumer, de la fa&#231;on grossi&#232;rement d&#233;formante qu'on sait maintenant, la position de la seconde tribune ou p&#233;tition. Si &#171; l'argument &#187; d&#233;signe le fait que la premi&#232;re p&#233;tition proviendrait d'une &#171; avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges &#187;, alors je n'ai rien &#224; en dire vraiment, puisque ce n'est pas l&#224; un argument que nous avons avanc&#233;, nous avons m&#234;me explicitement argu&#233; du contraire. Si je dois n&#233;anmoins, maintenant, me prononcer, alors je dirai que ce n'est pas un argument &#171; relatif &#187;, c'est un argument plus simplement &#171; faux &#187; ou en tout cas &#171; tr&#232;s dangereusement simplificateur &#187; : pour ma part je ne crois pas qu'on puisse r&#233;duire facilement la diversit&#233; des huit cents signataires &#224; une telle &#171; avant-garde officielle &#187;, et pas m&#234;me, de part en part, la position commune que ces huits cents signataires ont prise au travers d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un seul&lt;/i&gt; et m&#234;me texte. Maintenant, si &#171; l'argument &#187; d&#233;signe le fait que tous les artistes issus des autres sc&#232;nes musicales &#171; ne sont pas de simples divertisseurs etc. &#187;, alors je ne vois pas en quoi cet argument, qui est une v&#233;rit&#233; je crois peu contestable, a quoi que ce soit de &#171; relatif &#187; : c'est une r&#233;futation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;absolue&lt;/i&gt;, claire, nette et sans appel, de certains arguments avanc&#233;s par la premi&#232;re p&#233;tition, arguments selon lesquels, au seul motif de leur appartenance &#224; l'improbable genre des &#171; musiques actuelles &#187;, des artsites &#233;taient suppos&#233;s avoir &#171; un pied dans l'industrie &#187; et produire une musique &#171; s&#233;duisante par essence &#187; et &#171; directement rentable &#187;. M. Ulrich ferait bien, apparemment, de retourner prendre quelques le&#231;ons de logique, d'argumentation et de rh&#233;torique, pour &#233;viter de confondre une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;futation&lt;/i&gt; avec un &#171; argument relatif &#187;. Je suis certain que ces le&#231;ons lui seraient profitable pour lutter efficacement contre les politiques de l'actuel gouvernement (et j'aurai plaisir &#224; me retrouver &#224; ses c&#244;t&#233;s pour de telles luttes).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je poursuis la lecture du paragraphe, dans lequel M. Ulrich pr&#233;tend expliquer en quoi les arguments (tel qu'il les lit) de notre tribune sont &#171; relatifs &#187; &#8212; on va voir que c'est encore une fois un mod&#232;le d'argumentation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'argument est toutefois relatif. Plusieurs des compositeurs signataires de la premi&#232;re p&#233;tition sont pass&#233;s eux-m&#234;mes par les sc&#232;nes rock ou autres,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le suppos&#233; &#171; argument &#187; que M. Ulrich, en cette premi&#232;re partie de sa phrase, avance pour arguer de la &#171; relativit&#233; &#187; des n&#244;tres est irrecevable, dans sa forme et dans son fond. Dans sa forme, d'abord : c'est ce qu'on appelle un argument &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad hominem&lt;/i&gt;, c'est d&#233;j&#224; plus glorieux qu'une &#171; attaque &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad hominem&lt;/i&gt; &#187;, mais ce n'est pas plus recevable quand il s'agit de d&#233;battre de fa&#231;on argument&#233;e autour de la prise de position d'un texte. Personne ne se contentera jamais, dans un d&#233;bat, d'un argument du type &#171; Untel a sign&#233; tel texte, hors Untel a des amis juifs, donc le texte ne saurait avoir le moindre relent d'antis&#233;mitisme &#187; (je choisis cet exemple parce qu'il est canonique, n'est-ce pas, pas pour m'auto-attribuer un point Godwin&#8230;). On pourra reparler un jour si vous voulez, avec tous ces gens qui se r&#233;clament valeureusement de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'&#233;criture&lt;/i&gt;, on pourra reparler de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;coupure&lt;/i&gt; entre un texte et son ou ses signataires, de ce qui se d&#233;tache quand on &#233;crit. On pourrait aussi s'interroger sur les raisons qui font que tel compositeur, vu son parcours ou vu ses positions pass&#233;es, en vienne &#224; signer tel ou tel texte. Et de fait, nous nous sommes &#233;tonn&#233;s de voir &#231;&#224; ou l&#224; des signatures que nous n'y attendions pas forc&#233;ment. Ces questions peuvent &#234;tre passionnantes, et d&#233;battues. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mais&lt;/i&gt; ces arguments &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad hominem&lt;/i&gt; ne font pas avancer d'un millim&#232;tre le d&#233;bat autour de ce que disent l'un et l'autre textes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans son fond, ensuite : en quoi le fait qu'un compositeur soit pass&#233; par &#171; les sc&#232;nes rock ou autres &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relativise&lt;/i&gt; en quoi que ce soit le fait que les musiciens de ces sc&#232;nes ne sont pas de &#171; simples divertisseurs &#187; ? R&#233;ponse : en rien. C'est d'une simplicit&#233; enfantine. Je vais maintenant plus loin : &#224; supposer, simple hypoth&#232;se d'&#233;cole, que nous ayons effectivement d&#233;nonc&#233; &#171; une avant-garde officielle raidie sur se privil&#232;ges &#187; (ce que nous n'avons pas fait, je le rappelle une fois de plus), ou bien &#224; supposer que M. Ulrich se soit honn&#234;tement m&#233;pris, dans sa lecture trop rapide de notre texte, et qu'il ait sinc&#232;rement cru, contre toute attente, que nous d&#233;noncions une telle chose, je le demande &#224; nouveau, en quoi le fait qu'un compositeur soit pass&#233; par &#171; les sc&#232;nes rock ou autres &#187; emp&#234;cherait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;absolument&lt;/i&gt; qu'il devienne ensuite, le temps et la chance aidants, le membre raidi d'une &#171; avant-garde &#187; officielle ? Je suis s&#251;r que M. Ulrich est capable de transposer cette situation, je suis s&#251;r qu'il conna&#238;t des gens qui ont pu autrefois tenir des positions politiques plus ou moins proches de la sienne, et qui sont depuis &#171; pass&#233;s &#224; l'ennemi &#187; (vous voulez des noms ?), et je suis m&#234;me s&#251;r que M. Ulrich ne manque pas une occasion de &#171; d&#233;noncer &#187; les nouvelles positions de ceux-l&#224;, ce en quoi il a probablement raison. Mais de toute fa&#231;on, je le redis : nous n'avons pas &#171; d&#233;nonc&#233; &#187; ce que M. Ulrich pr&#233;tend que nous avons d&#233;nonc&#233;, et d&#232;s lors son argument, non pas se relativise, mais tombe, tout simplement. Je poursuis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'argument est toutefois relatif. Plusieurs des compositeurs signataires de la premi&#232;re p&#233;tition sont pass&#233;s eux-m&#234;mes par les sc&#232;nes rock ou autres, et l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;on ne saurait par ailleurs tenir&lt;/i&gt; les musiciens pensionnaires de la Villa, ces derni&#232;res ann&#233;es, pour des gardiens sourcilleux d'on ne sait quelle orthodoxie musicale, quand il s'agit au contraire des compositeurs les plus novateurs d'aujourd'hui, dont nous avons d'ailleurs &#233;voqu&#233; les &#339;uvres ici m&#234;me, &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je commenterai le reste de la phrase de fa&#231;on tr&#232;s simple : M. Ulrich dit qu'&#171; on ne saurait tenir &#187; les compositeurs anciens pensionnaires de la Villa M&#233;dicis pour une &#171; avant-garde orthodoxe &#187; (soit dit en passant : il peut y avoir des effets d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;orthodoxie&lt;/i&gt; sans que la peut-&#234;tre in&#233;vitable officialisation de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;doxa&lt;/i&gt; correspondante ne prenne la forme d'une officialisation institutionnelle d'&#201;tat ; et il peut y avoir des soutiens officiels et institutionnels d'&#201;tat sans qu'automatiquement la diversit&#233; des artistes soutenus soit imm&#233;diatement r&#233;ductible &#224; une othodoxie, m&#234;me si l'on peut craindre en effet quelques effets doxiques&#8230; relisez donc &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Subversion et subvention&lt;/i&gt;, cher M. Ulrich, je vous assure que son auteur, Rainer Rochlitz, est politiquement compatible avec vos positions &#171; de gauche &#187;). J'en conviens ais&#233;ment : &#171; on ne saurait &#187; les tenir pour cela, et c'est d'ailleurs pourquoi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous ne l'avons pas fait&lt;/i&gt;. On aurait mal compris, d'ailleurs, que les compositeurs anciens pensionnaires de la Villa qui ont sign&#233; notre texte aient fait une telle chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'en profite pour donner un conseil &#224; M. Ulrich, quant &#224; la rh&#233;torique argumentative : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; supposer&lt;/i&gt; que nous ayons d&#233;nonc&#233; ce que nous n'avons pas d&#233;nonc&#233;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; supposer&lt;/i&gt; que l'on puisse confondre sans reste orthodoxie et officialit&#233;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; supposer&lt;/i&gt; que l'on puisse ne pas se soucier de l'in&#233;vitable discr&#233;pance entre la position que traduit un texte et ce que &#171; sont &#187; certains de ses signataires, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; supposer&lt;/i&gt; enfin que les compositeurs qui sont pass&#233;s par la Villa ne soient pas &#171; les gardiens sourcilleux d'on ne sait quelle orthodoxie &#187; (je suis pr&#234;t &#224; accorder du cr&#233;dit &#224; cette derni&#232;re hypoth&#232;se, &#224; cette derni&#232;re hypoth&#232;se seulement), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;alors&lt;/i&gt; les arguments de M. Ulrich ne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relativiseraient&lt;/i&gt; pas les n&#244;tres (je veux dire : ceux qu'il nous pr&#234;te), bien plus, ils les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;futeraient&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aborde le dernier paragraphe de l'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pol&#233;mique donc et les deux p&#233;titions, quoi qu'on en pense, sont soutenues par des signataires tout autant respectables.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a eu pol&#233;mique, j'en conviens ; chacune des deux p&#233;titions ont des signatures &#171; respectables &#187;, j'en conviens aussi puisque je respecte beaucoup de gens, y compris le plus souvent les gens avec qui je suis en d&#233;saccord dans un d&#233;bat. Mais quand m&#234;me : qu'est-ce que cet argument petit-bourgeois de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;respectabilit&#233;&lt;/i&gt; a &#224; faire avec tout &#231;a ? Qu'a-t-il &#224; voir avec ce que l'on peut &#171; penser &#187; de l'un ou l'autre texte, de l'une ou l'autre p&#233;tition ? Depuis quand &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; se soucie de ce genre de valeurs, la respectabilit&#233; ? Je trouve l'argument de M. Ulrich, ici, son argument de la respectabilit&#233; des signataires de l'une et l'autre p&#233;tition, bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relativiste&lt;/i&gt;, &#224; vrai dire. Mais ce relativisme ne sert peut-&#234;tre, pour M. Ulrich, qu'&#224; se donner une apparence d'impartialit&#233; dans le d&#233;bat, pour pr&#233;parer le jugement final de son article, qui arrive &#224; la phrase suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pol&#233;mique donc et les deux p&#233;titions, quoi qu'on en pense, sont soutenues par des signataires tout autant respectables. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'emp&#234;che que&lt;/i&gt; la premi&#232;re p&#233;tition soul&#232;ve &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un probl&#232;me plus large&lt;/i&gt;&#8201; : &#171; &#8239;Nous sommes inquiets de voir la situation de l'art et de la culture se d&#233;grader en France, [etc.] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce &#171; il n'emp&#234;che que &#187; vient tout de suite apr&#232;s l'argument relativiste sur la respectabilit&#233; des signataires : cela veut donc dire que cette &#233;gale respectabilit&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'emp&#234;che pas&lt;/i&gt; que la premi&#232;re p&#233;tition ait plus de valeur, soit plus digne d'int&#233;r&#234;t et peut-&#234;tre finalement de respect, que la seconde. Quelle est, selon M. Ulrich, la raison de ce &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus&lt;/i&gt;, ce &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus de&lt;/i&gt; valeur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus d'&lt;/i&gt;int&#233;r&#234;t, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus de&lt;/i&gt; respectabilit&#233; ? C'est que, pr&#233;tend M. Ulrich, la premi&#232;re p&#233;tition soul&#232;ve &#171; un probl&#232;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus&lt;/i&gt; large &#187;, &#224; savoir l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inqui&#233;tude&lt;/i&gt; devant la d&#233;gradation de la situation de l'art et de la culture en France, d&#233;gradation dont aurait &#224; p&#226;tir la musique dite &#171; contemporaine &#187;. J'ai d&#233;j&#224; dit pourquoi je ne tenais pas pour l&#233;gitime de consid&#233;rer les r&#233;centes nominations &#224; la Villa comme un sympt&#244;me r&#233;v&#233;lateur d'une telle d&#233;gradation, je n'y reviens pas. Par contre, je ne conteste aucunement qu'il y ait, actuellement en France (et peut-&#234;tre ailleurs), un &#171; probl&#232;me &#187; assez &#171; large &#187;, qui est la d&#233;gradation de la situation de l'art et de la culture. Et il y a effectivement motif &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;s'inqui&#233;ter&lt;/i&gt;. Nous avons d'ailleurs rappel&#233; ce probl&#232;me, nous aussi, dans notre texte, litt&#233;ralement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de la premi&#232;re &#224; la derni&#232;re phrase&lt;/i&gt;. La premi&#232;re phrase commen&#231;ait en effet par : &#171; nous partageons l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inqui&#233;tude&lt;/i&gt; [je souligne maintenant : vous voyez, nous aussi nous sommes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inquiets&lt;/i&gt;] de ceux qui redoutent que les soutiens publics aux musiques inventives et de recherche, d&#233;j&#224; trop faibles, ne faiblissent encore&#8230; &#187; Quant &#224; la derni&#232;re phrase, juste avant l'envoi, elle affirmait : &#171; La &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pr&#233;carit&#233;&lt;/i&gt; [je souligne maintenant : vous voyez, nous aussi nous &#171; soulevons le probl&#232;me &#187; de la pr&#233;carit&#233; des artistes] se r&#233;pand malheureusement sans exclusive de genres, chez tous les artistes en recherche. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne vois donc pas bien en quoi la premi&#232;re p&#233;tition aurait soulev&#233; un probl&#232;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; plus large &#187;&lt;/i&gt; que notre p&#233;tition : non seulement nous sommes sensibles &#224; ce probl&#232;me-plus-large, nous le disons tr&#232;s explicitement d'un bout &#224; l'autre de notre texte, mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;qui plus est&lt;/i&gt; nous inscrivons ce probl&#232;me-plus-large dans un contexte lui-m&#234;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus large&lt;/i&gt; que ne le fait la premi&#232;re p&#233;tition, puisque nous nous montrons &#171; inquiets &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;non seulement&lt;/i&gt; du sort de la musique &#171; contemporaine &#187; (dont nous disons, je le rappelle, que nous l'aimons et la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;soutenons&lt;/i&gt;, et pour laquelle nous &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;exigeons&lt;/i&gt;, conjointement avec nos amis de la premi&#232;re p&#233;tition, &#171; le maintien et le renforcement du soutien public &#187; &#8212; quant &#224; ce probl&#232;me-plus-large, cela aurait-il &#233;chapp&#233; &#224; M. Ulrich, les deux textes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ne s'opposent pas&lt;/i&gt;), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais aussi, &#171; plus largement &#187;,&lt;/i&gt; du sort des autres formes de musiques &#171; inventives et de recherche &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et m&#234;me encore, &#171; plus largement &#187;&lt;/i&gt;, du sort de toute la cr&#233;ation &#171; artistique et litt&#233;raire &#187;. J'ai mis des guillemets autour de &#171; plus largement &#187;, pour rappeler que ce syntagme figurait d&#233;j&#224; en toutes lettres dans le premier texte que nous avons sign&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tenant maintenant pour acquis que ladite &#171; seconde p&#233;tition &#187; accorde une attention au moins aussi large, et peut-&#234;tre m&#234;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus&lt;/i&gt; large, au probl&#232;me-plus-large que M. Ulrich f&#233;licitait la premi&#232;re p&#233;tition de soulever, je tiens pour terminer &#224; dire que je laisse &#224; M. Ulrich l'enti&#232;re responsabilit&#233; de consid&#233;rer &#233;ventuellement que la d&#233;gradation de la situation de l'art et de la culture en France sous l'effet des politiques mises en &#339;uvres par Nicolas Sarkozy et ses sous-fifres est un probl&#232;me plus ou moins large, plus ou moins grave que, par exemple : le fait que l'on soumette &#224; la signature et au d&#233;bat public le texte d'une p&#233;tition qui s'abstient d&#233;lib&#233;r&#233;ment de rappeler certains &#233;l&#233;ments minimums d'information ; le fait que huit cents personnes s'empressent de signer une p&#233;tition directement dirig&#233;e &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;contre&lt;/i&gt; deux (en fait trois) artistes pr&#233;cis, quoi qu'ils s'en r&#233;crient, et bien qu'il y ait en effet aussi, dieu merci, des probl&#232;mes &#171; plus larges &#187; soulev&#233;s bien que maladroitement par ladite p&#233;tition ; le fait qu'un journaliste d'un quotidien aussi important que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; rende un compte aussi falsificateur, dans un article b&#226;cl&#233;, sans rigueur et malhonn&#234;te ; le fait que l'on tienne pour l&#233;gitime de &#171; d&#233;cider unilat&#233;ralement &#187; quels sont les musiciens dignes d'&#234;tre soutenus, quels sont ceux qui ne le sont pas ; le fait que l'on pratique sans sourciller toujours les m&#234;mes exclusions et les m&#234;mes amalgames, depuis des d&#233;cennies, pour condamner des musiques, des formes de litt&#233;rature, d'art ; le fait qu'on ne s'interroge pas un instant, dans sa bonne conscience &#171; de gauche &#187;, quand on se retrouve &#224; m&#234;ler ses voix &#224; celles de la vieille droite r&#233;actionnaire du Parti de l'in-nocence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En voil&#224;, en nombre certain, des probl&#232;mes sur lesquels il serait peut-&#234;tre bon que certains se penchent de fa&#231;on &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus large&lt;/i&gt;&#8230; Mais je crains qu'il ne faille pour cela, entre autres choses, un appareil logique et argumentatif plus assur&#233; que celui dont fait preuve M. Ulrich dans son article [&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nb6-3&quot; name=&quot;nh6-3&quot; id=&quot;nh6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] pour m&#233;moire, je reprends ici l&amp;#39;int&#233;gralit&#233; de l&amp;#39;article : Pol&#233;mique autour (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Ainsi, probablement, qu'un meilleur flair politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh6-1&quot; name=&quot;nb6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Ah oui, tiens, au passage, je signale aussi que le m&#234;me Geoffroy Drouin n'a jamais jug&#233; utile de r&#233;pondre au courriel que je lui ai envoy&#233; d&#232;s le 9 juin. Je mentionne ceci parce que je viens de me rendre compte, en le relisant, que je lui parlais aussi de &#171; paix &#187;. Comme je m'&#233;tais beucoup amus&#233; &#224; &#233;crire ce mail, peut-&#234;tre &#231;a amusera quelqu'un de pouvoir le lire, alors je le recopie ici :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;Cher M. Drouin,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;vous avez sign&#233; ces jours-ci une p&#233;tition. Depuis, vous le regrettez peut-&#234;tre. Non pas que vous ayez chang&#233; d'avis, et que vous pensiez qu'il n'y a plus lieu d'appeler les pouvoirs publics &#224; soutenir, plus et mieux qu'ils ne le font d&#233;j&#224;, la cr&#233;ation musicale dite &#171; contemporaine &#187;. Pas non plus, peut-&#234;tre, par peur de vous f&#226;cher avec ceux qui seront pensionnaires avec vous l'an prochain &#224; la Villa. Non, beaucoup plus simplement : vous vous &#234;tes rendu compte, parce que vous &#234;tes intelligent, que cette p&#233;tition &#233;tait tr&#232;s maladroitement formul&#233;e, et qu'elle &#233;tait de ce fait dirig&#233;e, qu'elle le veuille ou non, *contre* deux artistes. Quoi que vous pensiez de la musique de ceux-l&#224;, vous savez quand m&#234;me ce que c'est &#8212; puisque c'est votre m&#233;tier &#8212; que passer ses journ&#233;es &#224; travailler pour produire de la musique. Vous respectez cela, ce travail, au moins. Et vous avez compris que cette p&#233;tition &#233;tait injuste, injuste au moins pour ces deux artistes qui &#8212; vous vous &#234;tes renseign&#233;s, depuis &#8212; ne sont ni Michael Jackson, ni Britney Spears, et ne sont pas mieux lotis que vous, dans leur d&#233;fense d'un art exigeant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;Vous &#234;tes donc pr&#234;t &#224; signer publiquement une paix des braves, puisqu'il n'y a pas de raison de continuer &#224; faire croire que la musique contemporaine fran&#231;aise se sent d&#233;positaire exclusive de la complexit&#233;, de la rigueur, bref de ce qu'on appelait autrefois &#171; l'avant-garde &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;Votre pr&#233;sence visible, parmi les signataires du texte de soutien qui a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pour Malik Mezzadri et Claire Diterzi, serait un signe symbolique fort. Nous vous attendons ! Il vous suffit de r&#233;pondre &#224; ce mail, et de me manifester votre accord. (Bien entendu vous pouvez aussi convaincre tous vos amis de se joindre &#224; ce geste... Ils sont intelligents eux aussi, ils seront nombreux &#224; comprendre.)
&lt;br /&gt;Voici le texte :
&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://www.tache-aveugle.net/spip.p...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;bien cordialement,
&lt;br /&gt;dans l'attente de votre r&#233;ponse,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;Benjamin Renaud
&lt;br /&gt;d&#233;partement musique &#8212; universit&#233; Paris 8&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh6-2&quot; name=&quot;nb6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Allez comprendre pourquoi, Gilbert Nouno pr&#233;f&#232;re ces temps-ci &#234;tre appel&#233; &#171; compositeur &#187;, tout court, plut&#244;t que &#171; compositeur contemporain &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/#nh6-3&quot; name=&quot;nb6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] pour m&#233;moire, je reprends ici l'int&#233;gralit&#233; de l'article :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pol&#233;mique autour de la Villa M&#233;dicis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La nomination de deux de ses nouveaux pensionnaires suscite un vif d&#233;bat dans les milieux musicaux autour de la vocation de l'Acad&#233;mie de France &#224; Rome et de la politique culturelle de l'&#201;tat. Deux p&#233;titions oppos&#233;es circulent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;La paix de la Villa M&#233;dicis &#224; Rome est-elle perdue&#8201; ? Les nominations de ses directeurs ont souvent fait l'objet de luttes de l'ombre, mais c'est cette fois celle de deux de ses pensionnaires et particuli&#232;rement de la chanteuse Claire Diterzi, qui a suscit&#233; une bataille de p&#233;titions. La premi&#232;re p&#233;tition d&#233;nonce cette nomination &#171; &#8239;unilat&#233;rale&#8239; &#187;, prise &#171; &#8239;sous l'effet d'une pression politique et non d'une d&#233;cision artistique&#8239; &#187;. Les rapporteurs musique de la commission concern&#233;e, dont la compositrice &#201;dith Canat de Chizy, ayant d&#233;missionn&#233;. &#192; mots couverts, certains &#233;voquent l'amiti&#233; de la premi&#232;re dame avec la chanteuse. En r&#233;action, une seconde p&#233;tition d&#233;nonce ce qui serait la d&#233;fense d'un pr&#233; carr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, l'affaire est &#224; prendre au s&#233;rieux. Avec une premi&#232;re question&#8201; : quelle est la vocation de la Villa qui accueillit Debussy ou Berlioz et tant d'autres grands artistes&#8201; ? Pour les signataires du premier texte, en tout cas, cette d&#233;cision t&#233;moigne d'un d&#233;sengagement de la part de l'&#201;tat &#224; l'&#233;gard de la musique contemporaine, alors que le registre musical dans lequel s'inscrit la chanteuse touche un public d&#233;j&#224; nombreux et jouissant d'une m&#233;diatisation bien plus large. De l'autre c&#244;t&#233;, on d&#233;nonce donc une avant-garde officielle raidie sur ses privil&#232;ges et se trompant de cible, alors que tous les musiciens issus des autres sc&#232;nes musicales &#171; &#8239;ne sont pas n&#233;cessairement de simples &#8220;divertisseurs&#8221; vivant royalement de l'industrie du disque et de la sc&#232;ne&#8239; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#8201;r&#233;v&#233;lateur d'une d&#233;mission de l'&#233;tat&#8201; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;L'argument est toutefois relatif. Plusieurs des compositeurs signataires de la premi&#232;re p&#233;tition sont pass&#233;s eux-m&#234;mes par les sc&#232;nes rock ou autres, et l'on ne saurait par ailleurs tenir les musiciens pensionnaires de la Villa, ces derni&#232;res ann&#233;es, pour des gardiens sourcilleux d'on ne sait quelle orthodoxie musicale, quand il s'agit au contraire des compositeurs les plus novateurs d'aujourd'hui, dont nous avons d'ailleurs &#233;voqu&#233; les &#339;uvres ici m&#234;me, &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;Pol&#233;mique donc et les deux p&#233;titions, quoi qu'on en pense, sont soutenues par des signataires tout autant respectables. Il n'emp&#234;che que la premi&#232;re p&#233;tition soul&#232;ve un probl&#232;me plus large&#8201; : &#171; &#8239;Nous sommes inquiets de voir la situation de l'art et de la culture se d&#233;grader en France, le probl&#232;me que nous rencontrons &#224; la Villa n'&#233;tant qu'un r&#233;v&#233;lateur d'une d&#233;mission plus g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat, qui se traduit &#233;galement par le gel des subventions annonc&#233;es, l'impuissance grandissante des Drac (directions r&#233;gionales des affaires culturelles) &#224; soutenir les artistes, la pr&#233;carit&#233; croissante des ensembles musicaux, la diminution des aides et des commandes pour les compositeurs, la disparition ou reconversion de certains festivals autrefois d&#233;di&#233;s &#224; la musique contemporaine, la difficult&#233; croissante &#224; diffuser nos &#339;uvres sur notre territoire, l'expatriation r&#233;cente de nos compositeurs vers d'autres pays o&#249; ils trouvent, plus qu'en France, les moyens n&#233;cessaires &#224; leur subsistance.&#8239; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Maurice Ulrich&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>vaciller, peut-&#234;tre</title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article295</link>
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		<dc:date>2010-06-24T22:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

<category domain="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11">bloc-notes de l'improviste</category>


		<description>Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &#171; musiques en vrac &#187;, 2. tribune en r&#233;ponse sur tache-aveugle.net) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune (...)

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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;bloc-notes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-au-ministre-de-la.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; musiques en vrac &#187;&lt;/a&gt;, 2. tribune en r&#233;ponse &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;sur tache-aveugle.net&lt;/a&gt;) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune fa&#231;on les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interpr&#233;tation du texte de cette tribune, chacun est invit&#233; &#224; aller &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;la relire&lt;/a&gt; pour v&#233;rifier que je n'y projette rien qui n'y soit explicite). // 7. &#199;a a commenc&#233; &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article287&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article288&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article289&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article290&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article291&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; , &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article292&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article294&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, et &#231;a continue avec la poursuite du dernier &#233;change, commenc&#233; &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article292&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article294&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;. Cette fois on quitte compl&#232;tement l'&#171; affaire &#187; M&#233;dicis, on va ailleurs, n'en reste pas moins que c'est de l&#224; qu'on est parti. &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article13&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;R&#233;actions bienvenues&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bonsoir J.-L.,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;allez, cette fois je fais court, si si je peux. En style t&#233;l&#233;graphique, donc :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. je n'y connais pas grand-chose &#224; Lacan, mais j'aime beaucoup l'anecdote Quignard, qu'on m'avait d&#233;j&#224; racont&#233;e et que j'avais oubli&#233; &#8212; merci !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3. d'accord pour dire que m&#233;tissage des peuples et m&#233;tissage des arts sont deux r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes, incommensurables peut-&#234;tre, mais &#231;a n'emp&#234;che pas que des m&#234;mes &#171; philosoph&#232;mes &#187; puissent &#234;tre mis en &#339;uvre dans l'un et l'autre cas &#8212; &#231;a d&#233;passe le simple &#171; jeu de mot &#187;. Quoi qu'il en soit, je n'en fais pas un paradigme de je ne sais quelle chance : je constate juste que &#231;a se produit, souvent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4. oui, allergie &#224; tout essentialisme, de plus en plus pour moi (mais en fouillant dans mon site, vous retrouverez facilement traces de l'&#233;poque o&#249; je mettais des &#171; par essence &#187; &#224; tout bout de champ !), mais je vous rejoins aussi sur l'allergie &#224; la &#171; fonction sociale &#187; de la musique. Et notamment, allergie au discours sur telle musique va avec telle fonction, telle autre musique va avec telle autre fonction, etc. : en permanence on nous fait le coup, &#224; nous, jazz et assimil&#233;s. Mais donc oui : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des&lt;/i&gt; fonctions, plurielles, en degr&#233;s divers selon les musiques, et oui bien s&#251;r n&#233;cessit&#233; vitale, absolument, de pr&#233;server celle que vous appelez &#171; traitement de l'impossible &#187;, et oui bien s&#251;r cette fonction-l&#224; est plus pr&#233;sente dans certaines musiques que dans certaines autres (mais ce n'est pas forc&#233;ment affaire de genres).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5. optimiste sur la musique contemporaine : pareil, &#231;a d&#233;pend des jours. Les temps sont durs. Juste j'essaie d'&#233;viter de trop tomber dans certains discours trop souvent entendus. Notre &#233;poque est difficile, mais voit na&#238;tre des &#339;uvres tr&#232;s fortes parfois, dans diff&#233;rents domaines artistiques, litt&#233;raires, etc. &#199;a n'emp&#234;che pas de voir que certaines choses ont chang&#233;, incontestablement, depuis un si&#232;cle ou deux, en musique et ailleurs. C'est vertigineux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6. je termine : &#171; art sans &#339;uvres &#187;, je disais &#231;a, j'&#233;crivais &#231;a il y a trois ou quatre ans, oui (mon site garde l'archive d'un cheminement de pens&#233;e : je ne veux rien enlever, m&#234;me s'il y a des choses que je ne signerais plus aujourd'hui). C'est un discours que je reprenais (quoique d&#233;j&#224;, &#224; l'&#233;poque, non sans quelque r&#233;sistance) de celui qui a &#233;t&#233; un de mes premiers &#171; ma&#238;tres &#187; au sein de la musicologie, celui qui m'a form&#233; sur le terrain &#171; musicologie jazz &#187;. Lui continue de tenir ce discours, mais moi je n'&#233;crirais plus cela aujourd'hui. Qu'est-ce que j'&#233;crirais ? Eh bien... Difficile question. Tout d&#233;pend de ce qu'on met derri&#232;re le mot &#171; &#339;uvre &#187;, si on en fait une &#171; substance &#187; ou une &#171; trace &#187;. L&#224; ce serait trop long, je coupe. En tout cas, oui, je d&#233;fends une &#171; &#233;criture de l'improvisation &#187;, je ne sais pas si c'est avec ou sans lettre : en tant que &#171; derridien &#187;, je suis cens&#233; tenir en grande suspicion l'instance de la lettre des &#171; lacaniens &#187;, son indivisibilit&#233;, etc. &#8212; mais l&#224; je m'aventure sur des terrains que je connais bien trop mal, c'est &#224; mon tour de vous &#233;couter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bon, je ne sais pas si j'ai fait court ou long, vous me direz &#8212; en tout cas j'en termine pour ce soir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bien amicalement,
&lt;br /&gt;benjamin&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;p.-s. : vaciller ? Mais &#231;a m'arrive tout le temps ! Il faut arriver &#224; faire cohabiter mon surmoi jazzeux avec mon surmoi adornien, je vous assure que ce n'est pas de tout repos... Et rajoutez l&#224;-dessus un surmoi derridien, franchement &#231;a n'arrange rien !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;p.-s. 2 : plus s&#233;rieusement (quoique le premier p.-s. l'&#233;tait d&#233;j&#224;), vaciller, eh bien, on en revient &#224; ce qu'&#233;voquait Quignard : les artistes ne connaissent que &#231;a, le vacillement, la bascule, la d&#233;sistance, etc. &#199;a peut se faire sans pathos, bien entendu. Moi je ne suis pas artiste, mais je m'int&#233;resse de trop pr&#232;s &#224; ces choses-l&#224; pour ne pas vaciller aussi &#8212; &#224; moins que ce ne soit l'inverse : &#224; cause des vacillements peut-&#234;tre que je me suis dirig&#233; vers &#231;a, je ne sais pas. (Bataille, oui : &#171; ce qui m'oblige d'&#233;crire, j'imagine, est la crainte de devenir fou. &#187;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>La machine &#224; &#233;crire</title>
		<link>http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article294</link>
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		<description>Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &#171; musiques en vrac &#187;, 2. tribune en r&#233;ponse sur tache-aveugle.net) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune (...)

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&lt;a href="http://www.tache-aveugle.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;bloc-notes de l'improviste&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le d&#233;bat suscit&#233; par la petite &#171; affaire M&#233;dicis &#187; (1. p&#233;tition &lt;a href=&quot;http://musiques-en-vrac.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-au-ministre-de-la.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#171; musiques en vrac &#187;&lt;/a&gt;, 2. tribune en r&#233;ponse &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;sur tache-aveugle.net&lt;/a&gt;) a conduit &#224; de nombreux d&#233;bats, sur ces deux sites, mais aussi ailleurs. Pour mes archives personnelles surtout, et aussi pour les lecteurs int&#233;ress&#233;s, j'entreprends de republier sur mon site quelques uns des textes, courriers, commentaires que ma graphomanie a fait na&#238;tre ici ou l&#224;. Il s'agit de texte sign&#233;s de mon seul nom, ils n'engagent donc en aucune fa&#231;on les autres signataires de la tribune (et, quand ils proposent une interpr&#233;tation du texte de cette tribune, chacun est invit&#233; &#224; aller &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article283&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;la relire&lt;/a&gt; pour v&#233;rifier que je n'y projette rien qui n'y soit explicite). // 7. &#199;a a commenc&#233; &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article287&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article288&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article289&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article290&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article291&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article292&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, et &#231;a continue avec la poursuite du &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article292&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;dernier &#233;change&lt;/a&gt;. On s'&#233;carte un peu de l'&#171; affaire &#187; M&#233;dicis elle-m&#234;me, il s'agit plut&#244;t ici du fond du d&#233;bat, sur un plan plus th&#233;orique. Mise en garde : je balance, sans grande nuance, des g&#233;n&#233;ralit&#233;s sur &#171; la &#187; m&#233;taphysique, &#171; la &#187; dialectique, etc. &#8212; il faudrait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;videmment&lt;/i&gt; ne pas se permettre &#231;a, en dehors d'un &#233;change de courriels, en dehors du c&#244;t&#233; non-pr&#233;m&#233;dit&#233; et un peu improvis&#233; d'un tel d&#233;bat... Ce sont donc des choses &#224; lire en tant qu'indications seulement, &#231;a demanderait, pour &#234;tre &#233;tay&#233; et rendu moins approximatif, simplificateur, etc., un travail d'une toute autre ampleur. &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article13&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;R&#233;actions bienvenues&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bonsoir J.-L.,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;je renouvelle mon merci pour le dialogue, parce que j'ai l'impression que l&#224;, vraiment, on est en train d'avancer &#8212; &#231;a se fait ici, discr&#232;tement, par mail, loin de la &#171; pol&#233;mique &#187; visible sur blogs : quoi d'&#233;tonnant, finalement ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'essaie d'avancer prudemment, de ne pas dire trop de b&#234;tise, de bien r&#233;fl&#233;chir &#224; votre r&#233;ponse, moi aussi (mais de toute fa&#231;on, peu de chance qu'on arrive &#224; clore le d&#233;bat ce soir ; et puis, ce n'est pas le but). Je vous r&#233;ponds en deux temps : d'une part, &#171; g&#233;n&#233;ralement &#187;, sur &#171; le &#187; discours m&#233;taphysique ; d'autre part, plus particuli&#232;rement, sur la question de &#171; la &#187; musique occidentale de tradition &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1) Tout d'abord, donc, sur &#171; la &#187; m&#233;taphysique. Bien entendu, &#231;a n'existe pas, &#171; la &#187; m&#233;taphysique, il n'y a pas une chose identifiable strictement sous ce nom, homog&#232;ne, ou bien h&#233;t&#233;rog&#232;ne mais dont l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; se laisserait r&#233;duire &#224; un &#171; noyau &#187;. Ceci entendu, il y a des gestes de pens&#233;e communs et rep&#233;rables, des strates argumentatives tr&#232;s stables sur de tr&#232;s longues p&#233;riodes. Parmi ces gestes, il y aurait disons un certain &#171; rassemblement &#187; : identification, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;, synth&#232;se, r&#233;conciliation, ajointement, r&#233;appropriation, etc. C'est, pour sch&#233;matiser, toute l'histoire de la &#171; dialectique &#187;, de Platon &#224; Hegel et bien au-del&#224; (Derrida montre par exemple, dans de tr&#232;s belles pages sur la justice dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, que ce sch&#232;me est encore pleinement &#224; l'&#339;uvre chez Heidegger) &#8212; la r&#233;duction du divers dans l'unit&#233;. &#171; Penser, c'est identifier &#187;, dit Adorno dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt;. Ce qu'a montr&#233; Derrida (entre autres : il ne sort pas de nulle part, bien entendu), c'est que ce sch&#232;me op&#233;rait &#224; partir de : 1. une d&#233;termination de la diff&#233;rence en opposition (binaire ou &#171; dialectique &#187;), et 2. un geste d'exclusion, de purification, d'&#233;limination d'un reste inassimilable dans le proc&#232;s de ce rassemblement (cf. par exemple l'analyse du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, dans l'essai &#171; La pharmacie de Platon &#187;, et l'exclusion du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pharmakos&lt;/i&gt;). La pens&#233;e de ce &#171; reste &#187; est l'une des grandes affaires de toute la philosophie contemporaine ; chez Adorno par exemple, c'est tout ce qui s'indique sous le nom de &#171; non-identique &#187; (et hop ! au passage, je viens de mettre en ligne &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article293&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;un petit texte&lt;/a&gt; sur Adorno et la dialectique, que j'avais dans un vieux fond de tiroir de disque dur...).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ceci pour dire que, s'il y a bien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un&lt;/i&gt; discours qui est typiquement &#171; m&#233;taphysique &#187;, en ce sens, c'est bien le discours que je nommais &#171; anti-m&#233;tissages &#187; dans mon pr&#233;c&#233;dent message : d&#233;termination d'oppositions binaires (d&#232;s lors, toujours hi&#233;rarchisantes : cette axiomatique est une axiologie), identification suppos&#233;e d'un champ qui serait &#171; la &#187; musique contemporaine, d&#233;fense jalouse (et n&#233;vros&#233;e !) de la cl&#244;ture de ce champ, recherche d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un&lt;/i&gt; discriminant unique (ou d'un nombre fini de crit&#232;res s&#251;rs, &#231;a revient au m&#234;me) &#224; l'aide duquel on pourrait efficacement juger ce qu'il faut exclure et ce qu'il faut conserver, etc. C'est ce discours, avec ces cons&#233;quences politiques in&#233;luctables, qui est le plus solidement &#171; m&#233;taphysique &#187;, et qu'il faut &#171; d&#233;construire &#187; (je parle &#224; dessein en termes tr&#232;s derridiens). &#199;a ne veut pas dire que ce que nous appelions plus t&#244;t &#171; le &#187; discours sur le d&#233;cloisonnement, le m&#233;tissage, etc. n'a rien de &#171; m&#233;taphysique &#187; : d&#232;s lors que l'on croit &#224; la possibilit&#233; rigoureuse d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;identifier&lt;/i&gt; l'un et l'autre discours, d&#232;s lors que l'on d&#233;termine ces &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;deux&lt;/i&gt; discours en opposition l'un par rapport &#224; l'autre, d&#232;s qu'on les &#171; renvoie face-&#224;-face &#187;, on est repris dans la m&#234;me vieille machine. Et il faut donc proc&#233;der autrement, de fa&#231;on oblique ou diagonal, tenir compte des clivages qui ne manquent de surgir sur tous les fronts, etc. Bien entendu, il ne s'agit pas, surtout pas, de prendre le parti de ce qui est classiquement rejet&#233;, et de crier vive le march&#233;, vive C&#233;line Dion et la Star Academy... Par ailleurs, le discours sur le d&#233;cloisonnement prend bien souvent la forme d'un discours sur la rencontre fusionnante, la synth&#232;se, etc., bref un discours l&#224; encore parfaitement &#171; dialectique &#187; et &#171; m&#233;taphysique &#187;. (Enfin, je disais dans mon pr&#233;c&#233;dent message qu'il y avait des &#171; n&#233;cessit&#233;s structurelles &#187; &#224; l'existence de ces deux (plus de deux en fait) discours : mais &#231;a n'indique pas n&#233;cessairement que le rapport de l'un &#224; l'autre soit de face &#224; face, qu'ils soient l'envers et l'avers d'une m&#234;me m&#233;daille &#8212; la structure de ce rapport est tout autre, je crois, m&#234;me si elle peut prendre l'aspect de ces deux faces d'un m&#234;me discours &#171; m&#233;taphysique &#187;)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bref, en r&#233;sum&#233; : il y a un discours, celui de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;identit&#233;&lt;/i&gt;, qui est pour moi la cible principale &#224; laquelle il faut s'attaquer &#8212; je la trouve plus dangereuse, &#224; tous &#233;gards (artistiques, politiques, etc.), que le &#171; d&#233;cloisonnement &#187; qui risquerait de d&#233;truire toute singularit&#233; (je ne crois pas beaucoup &#224; ce risque, parce que la pulsion identitaire veillera toujours au grain, elle est irr&#233;ductible, on l'a encore vu ces jours-ci). Si je veux m'attaquer efficacement &#224; ce discours, il faut que j'arrive &#224; ne pas pour autant verser dans le sym&#233;trique (parce qu'il revient au m&#234;me), et &#224; avoir autre chose &#224; proposer que le d&#233;cloisonnement ti&#232;de, l'indiff&#233;renciation, l'acquiescement aux forces dominantes du march&#233;, etc. Bref, le discours &#171; classique &#187; peut garder en de nombreux lieux une pertinence critique, et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;il faut&lt;/i&gt; maintenir cette vigilance, cette &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;m&#233;fiance&lt;/i&gt; (comme je l'&#233;crivais &#224; Michel Thion). Sur le plan politique par exemple, il faut parfois &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; critiquer et d&#233;construire le vieux fond onto-th&#233;ologique de la souverainet&#233; &#233;tat-nationale, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; soutenir parfois &#171; l'&#201;tat &#187; comme rempart n&#233;cessaire, en une situation donn&#233;e, contre les forces &#233;conomiques &#171; n&#233;o-lib&#233;rales &#187; d'un march&#233; tout-puissant et trans-national.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; donc pour les g&#233;n&#233;ralit&#233;s : &#233;viter la r&#233;duction du pluriel, du divers, dans l'unit&#233;. Ce qui n'emp&#234;che pas, vous avez parfaitement raison, qu'il ne faut qu'&#224; aucun moment ce recours au pluriel ne devienne une &#171; facilit&#233; &#187; pour se sortir de l'embarras : il faut tenir un compte pr&#233;cis et rigoureux d'autant d'&#233;l&#233;ments que possible, ne pas m&#233;conna&#238;tre les surd&#233;terminations les plus massives de tel ou tel champ, comprendre les rapports de force, etc. Autant dire que c'est horriblement compliqu&#233;. Ce qu'on peut faire, d&#233;j&#224;, quand on n'est pas d&#233;cideur politique (devant d&#233;cider de l'attribution de subventions, r&#233;sidences) mais analyste et acteur d'un d&#233;bat, c'est essayer d'avoir l'&#339;il affut&#233; et l'oreille aiguis&#233;e pour d&#233;busquer certains vieux philosoph&#232;mes, qui sont capables de nombreuses ruses, et de prendre des apparences tr&#232;s diverses, tr&#232;s retorses parfois &#8212; il faut &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; du flair, parfois !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour finir sur le &#171; recours au pluriel &#187; : il n'implique pas n&#233;cessairement une simple &#171; modulation d'intensit&#233;s &#187;, continue et infinie, parce que tout n'est pas quantifiable, et la topologie du champ n'a aucune raison d'&#234;tre simple ! Et qui plus est, la &#171; continuit&#233; &#187; de certains principes n'implique pas l'absence d'effets de seuils, de &#171; transitions de phase &#187; (&#231;a, c'est l'ancien physicien qui parle, puisque vous m'y invitiez...).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2) C'est d&#233;j&#224; beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long, mais je passe au second point que je vous ai promis. Quitter le domaine des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, arr&#234;ter de r&#233;citer son br&#233;viaire du petit derridien mod&#232;le, c'est tout de suite plus compliqu&#233;... Je m'y risque n&#233;anmoins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La cons&#233;quence du discours pr&#233;c&#233;dent, ce serait en effet que compte plus l'&#171; &#233;nergie rock &#187; de Romitelli pr&#233;cis&#233;ment, parce qu'elle reste &#171; monstrueuse &#187; et qu'il y a bel et bien &#171; infection &#187; (i.e l'alt&#233;rit&#233; n'est pas ni&#233;e ou r&#233;duite, sans pour autant que cela se r&#233;sume &#224; un &#171; simple &#187; collage &#8212; &#224; supposer qu'un collage puisse jamais &#234;tre simple), que compte plus les superpositions chez Berio (m&#234;me raison, je vous suis : il y a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des&lt;/i&gt; musiques), plut&#244;t que le ti&#232;de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;third stream&lt;/i&gt; qui voulait faire la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;synth&#232;se&lt;/i&gt; du &#171; jazz &#187; et du &#171; classique &#187;, pas toujours r&#233;ussie en effet (je vous renvoie, si &#231;a vous int&#233;resse, &#224; ces quelques notes, griffonn&#233;es sans beaucoup de pr&#233;m&#233;ditation il y a deux ou trois ans, en r&#233;ponse &#224; un &#233;tudiant : &lt;a href=&quot;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article180&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://www.tache-aveugle.net/spip.p...&lt;/a&gt;). Et pour que cela fonctionne, chez Berio, chez Romitelli, et ailleurs encore (d&#233;j&#224; &#224; mes yeux Mahler, Berg, ou Stravinsky d'une autre fa&#231;on), il faut bien entendu qu'existent, au moins &#171; en apparence &#187; (mais cette &#171; apparence &#187; traduit n&#233;cessairement une forme ou une autre de &#171; r&#233;alit&#233; &#187; : il faut donc revoir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; cette opposition), des &#171; seuils &#187;, des &#171; fronti&#232;res &#187;, quand bien m&#234;me on n'arriverait pas &#224; les d&#233;limiter pr&#233;cis&#233;ment, en toute rigueur. Donc, je vous suis, &#224; ma fa&#231;on, sur cette id&#233;e de &#171; seuil &#187;, et sur la n&#233;cessit&#233; de conserver en partie cette id&#233;e, pour pouvoir cr&#233;er des &#339;uvres qui font travailler cette limite. (Dans un autre registre : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;il faut bien&lt;/i&gt; qu'existe une certaine &#171; fronti&#232;re &#187; (pourtant inassignable) entre litt&#233;rature et philosophie, pour que l'&#233;criture de Derrida dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Glas&lt;/i&gt; ou dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La carte postale&lt;/i&gt; puisse travailler efficacement ; il faut bien qu'existe une &#171; fronti&#232;re &#187; entre t&#233;moignage et fiction, pour que Blanchot puisse &#233;crire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'instant de ma mort&lt;/i&gt; ; etc.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne s'agit pas de nier les fractures, les c&#233;sures, mais de se rendre compte au contraire qu'elles prolif&#232;rent, partout, de fa&#231;on inarr&#234;table.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant &#224; la sp&#233;cificit&#233; du dispositif &#171; musique &#233;crite &#187;, ou encore &#171; musique occidentale de tradition &#233;crite &#187; : question ouverte, et tr&#232;s &#233;pineuse. D'une part, de fa&#231;on incontestable, il y a bel et bien une puissante et solide tradition qui relie Bach, Mahler et Ligeti, qui les pr&#233;c&#232;de et qui leur survit. Cette tradition, qui a vu le jour et s'est d&#233;velopp&#233;e dans un contexte pr&#233;cis (histoire pr&#233;cise, culture occidentale avec tous les arts, l'esth&#233;tique et la philosophie qui en sont ins&#233;parables, etc.), a ind&#233;niablement une tr&#232;s grande coh&#233;rence, malgr&#233; tout ce qui s&#233;pare Bach de Ligeti (zut, on va m'accuser de r&#233;duire le divers dans l'unit&#233; &#8212; non, non, ce n'est pas &#231;a...). Il faut &#233;videmment pr&#233;server ce joyau, le d&#233;fendre bec et ongles, ne pas faire son deuil de son h&#233;ritage (vous et moi savons bien que la &#171; musique contemporaine &#187; est toujours tr&#232;s vivante, malgr&#233; les dangers qui la guettent depuis longtemps), quelque soit le caract&#232;re probl&#233;matique du projet de d&#233;finir rigoureusement ses fronti&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autre part : je ne suis pas s&#251;r, par contre, que la sp&#233;cificit&#233; que vous all&#233;guez &#224; ce dispositif puisse facilement se r&#233;sumer aux traits que vous mentionnez (&#171; l'&#339;uvre &#187;, &#171; l'interpr&#233;tation &#187;, &#171; la division du musicien &#187;, etc.), en particulier parce que je ne crois pas que l'entit&#233; &#171; Ornette Coleman &#187;, par exemple, soit imm&#233;diate, indivise, etc. (pas plus que tel ou tel de ses enregistrements). Le discours sur l'imm&#233;diatet&#233; en jazz est l'objet central de mes recherches, et il appelle &#224; son tour des questions critiques et &#171; d&#233;constructrices &#187;. Il y a &#171; de l'&#233;criture &#187; partout (en un sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral du mot &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;criture&lt;/i&gt;), m&#234;me dans le jazz le plus improvis&#233; &#8212; je ne parle pas ici du &#171; th&#232;me &#187; qu'on &#233;crit &#224; l'avance, je parle de ce qui se joue et se construit au moment de l'improvisation elle-m&#234;me. Il faut donc arriver &#224; penser les choses autrement, et arr&#234;ter de vouloir opposer par exemple &#171; le jazz &#187; et &#171; la musique &#233;crite &#187; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toute&lt;/i&gt; la musicologie jazz, jusqu'ici, s'est engouffr&#233;e dans ce pi&#232;ge...), ce qui ne veut pas dire croire que tout &#231;a c'est un seul et m&#234;me grand truc uniforme qui serait &#171; la musique &#187;. Bref, il y a du pain sur la planche pour la pens&#233;e de la musique &#224; venir...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, sur le deuil du &#171; dispositif de l'&#233;criture &#187; qu'impliquerait les mutations technologiques actuelles (l'ordinateur etc.) : d'une part, incontestablement, il y a des mutations extr&#234;mement rapides que nous sommes en train de vivre, un peu dans tous les domaines (en litt&#233;rature par exemple, &#171; le num&#233;rique &#187; ne bouleverse pas seulement l'&#233;conomie de l'objet commercial &#171; livre &#187;, mais jusqu'&#224; certains dispositifs d'&#233;criture). En musique, &#231;a peut passer par la composition assist&#233;e par ordinateur, oui. D'autre part, je pense que l'ordinateur (etc.) produit surtout un effet de vitesse, une potentialisation extr&#234;me et tr&#232;s visible de virtualit&#233;s qui &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sentes. D&#232;s lors qu'on s'est mis &#224; &#233;crire la musique (ce qui s'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toujours d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; produit, pour peu qu'on entende &#171; &#233;crire &#187; en un sens plus large), se sont mises en place des formalisations, des r&#232;gles, des proc&#233;dures de calcul. D&#232;s qu'il y a &#233;criture, il y a la mise en place d'une machine, d'une &#171; machine &#224; &#233;crire &#187; (je vous renvoie au long texte sur Rousseau, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Papier Machine&lt;/i&gt; de Derrida). &#199;a vaut aussi bien pour la syntaxe de l'harmonie tonale (cf. les exercices que les petits &#233;tudiants font en apprenant l'harmonie) que pour la musique s&#233;rielle (si vous avez eu la chance de passer par le Schoenberg Center &#224; Vienne, vous devez conna&#238;tre toutes les inventions farfelues de papy Arnold... diagrammes, r&#232;gles &#224; calculer les s&#233;ries, etc.). Bref, tout &#231;a pour dire que l'arriv&#233;e de l'ordinateur, ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est exemplairement l'invention d'une nouvelle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;technique&lt;/i&gt;, et les crispations des &#171; antis &#187; sont en plein dans le vieux motif anti-techniciste, qui une fois de plus est aussi vieux que la m&#233;taphysique. Le discours anti-ordinateur reproduit, trait pour trait, le r&#233;quisitoire classique contre l'&#233;criture qui &#233;tait &#224; l'&#339;uvre d&#232;s le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; de Platon, tout &#231;a parce que la question de l'&#233;criture et la question de la technique sont parfaitement indissociables : leurs pr&#233;dicats essentiels sont les m&#234;mes, exactement. Tout &#231;a pour dire : je ne sais pas s'il s'agit de &#171; faire son deuil &#187;, comme vous dites, du dispositif canonique de la &#171; musique occidental &#233;crite &#187; : il a encore de beaux jours devant lui, il y a plein de compositeurs qui nous le prouvent assez souvent. Il ne s'agit pas non plus forc&#233;ment d'acquiescer beno&#238;tement &#224; tout ce que l'ordinateur permet, si cela se fait au d&#233;triment du reste : il serait criminel de laisser se perdre tous les savoirs qui se sont patiemment construits avec l'&#233;criture &#171; &#224; la main &#187; (... et au clavier, le plus souvent !). Par contre, il faut peut-&#234;tre faire son deuil de la pr&#233;tention &#224; pouvoir strictement isoler dans sa rigoureuse puret&#233; tel ou tel paradigme. Ce qui ne veut pas dire, encore une fois, penser qu'il y aurait un seul champ homog&#232;ne et uniforme, qu'il n'y aurait pas des effets de seuils, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y aurait, je crois, un parall&#232;le &#224; faire entre la question qui nous occupe (les seuils, les lois qui ne sont pas les m&#234;mes ici ou l&#224;, les diff&#233;rents &#171; langages &#187; musicaux, etc.) et la question classique de la multiplicit&#233; des langues. Mais je ne vais pas me lancer maintenant, ou bien je ne vais plus pouvoir m'arr&#234;ter...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un tout dernier mot, sur votre second post-scriptum : la mondialisation est &#224; l'&#339;uvre, en effet, et de fa&#231;on extr&#234;mement rapide, parfois violente ; en musique, comme vous le disiez dans votre premier message, ce sont tous les m&#233;tissages fructueux qui se font, les franchissements de seuils, etc., mais du coup &#233;galement les m&#233;tissages moins fructueux, l'essor de la musique commerciale, les subventions qui changent, la red&#233;finition des territoires et la contestation de certains privil&#232;ges, etc. Les crispations identitaires, ici ou l&#224;, t&#233;moignent surtout je pense de la vitesse et de la force peu r&#233;pressible de ce qui &#339;uvre &#224; d&#233;faire les identit&#233;s (ce qui ne veut pas dire d&#233;faire les singularit&#233;s). Je ne connais pas assez la Belgique pour avoir un &#339;il expert, mais vu de l'ext&#233;rieur, &#231;a ressemble beaucoup &#224; &#231;a, exemplairement. Et donc, foss&#233;s qui se creusent de partout, oui, dans nos conceptions du monde. Si l'on demande &#224; l'art, &#224; la musique de combler ces foss&#233;s, c'est &#224; mon sens une trahison insupportable : le coup de la &#171; musique consolatrice &#187;, qui &#171; adoucit les m&#339;urs &#187; etc., ce serait demander &#224; la musique de jeter un voile pudique sur tous les d&#233;sordres du monde &#8212; politiquement, c'est d&#233;gueulasse... Revenir d'urgence au br&#233;viaire adornien ! D'autre part, si on parle &#171; r&#233;conciliation &#187;, on est en train de retomber dans la vieille machine m&#233;taphysique de la synth&#232;se etc. Les &#171; sursauts aristocratiques &#187; peuvent &#234;tre bienvenus, parfois, pour contrer &#231;a, ok. Quant &#224; savoir si les jazzmen radicaux auraient pu soutenir les contempos &#171; humili&#233;s &#187; : il faudrait commencer par savoir s'il y a vraiment eu &#171; humiliation &#187;, et pour ma part je n'en suis pas convaincu, m&#234;me si &#231;a a &#233;t&#233; v&#233;cu comme &#231;a par certains. Ensuite, il aurait fallu que la r&#233;action &#224; cette suppos&#233;e &#171; humiliation &#187; ne f&#251;t pas de taper sur Malik Mezzadri... (Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de lire la r&#233;action de Dominique Pifar&#233;ly &#224; cette affaire : &lt;a href=&quot;http://pifarely.net/wordpress/?p=3287&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;http://pifarely.net/wordpress/?p=3287&lt;/a&gt;, je la trouve parfaite : non seulement il dit que &#171; par les temps qui courent, &#231;a ne fait pas rire &#187; de lire la p&#233;tition musiques-en-vrac, mais il dit aussi qu'il fait partie de ceux qui se sont toujours &#171; insurg&#233;s &#187; contre les jazzeux qui trouvaient qu'on donnait trop de fric &#224; Boulez et &#224; l'Ircam.) Mais au-del&#224;, je crois que les jazzeux ont eu &#224; subir trop longtemps l'exclusion, avec le m&#234;me argumentaire exactement, pour ne pas avoir l'oreille assez affut&#233;e : on ne la leur fait pas, pas comme &#231;a. Ces pi&#232;ges classiques o&#249; sont tomb&#233;s r&#233;cemment certains &#171; contempos &#187;, je crois que la plupart des jazzmen les &#233;vitent facilement &#8212; mais il y a d'autres pi&#232;ges o&#249; ils peuvent tomber, bien entendu. Je ne suis pas jazzeux, moi, je suis seulement &#171; jazzologue &#187;, mais croyez bien que je passe une bonne partie de mon temps &#224; essayer de d&#233;fendre la musique contemporaine (c'est un m&#234;me geste, de toute fa&#231;on, en m&#234;me temps que d&#233;fendre le jazz le plus contemporain, radical, exigeant).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;bon, bon, ce sera tout pour cette fois-ci...
&#224; plus tard, j'imagine que nous n'avons pas fini !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;amicalement,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;benjamin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Musique ou dialectique &#187; ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Renaud</dc:creator>

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		<description>Ce court texte appartient &#224; la cat&#233;gorie &#171; bloc-notes &#187; : il fut &#233;crit d'un jet le 8 janvier dernier, pour une tr&#232;s courte intervention le jour m&#234;me, &#224; l'occasion d'une s&#233;ance de d&#233;bat du s&#233;minaire organis&#233; depuis plusieurs ann&#233;es par Jean-Paul Olive, et qui avait cette ann&#233;e pour th&#232;me &#171; musique et dialectique &#187;. Il appellerait de nombreux d&#233;veloppements, des justifications rigoureuses, et surtout un &#233;claircissement quant au premier des termes de son titre : &#171; musique &#187; &#8212; de fait, je n'en parle presque (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ce court texte appartient &#224; la cat&#233;gorie &#171; bloc-notes &#187; : il fut &#233;crit d'un jet le 8 janvier dernier, pour une tr&#232;s courte intervention le jour m&#234;me, &#224; l'occasion d'une s&#233;ance de d&#233;bat du s&#233;minaire organis&#233; depuis plusieurs ann&#233;es par Jean-Paul Olive, et qui avait cette ann&#233;e pour th&#232;me &#171; musique et dialectique &#187;. Il appellerait de nombreux d&#233;veloppements, des justifications rigoureuses, et surtout un &#233;claircissement quant au premier des termes de son titre : &#171; musique &#187; &#8212; de fait, je n'en parle presque pas... C'est donc &#224; la fois sch&#233;matique et programmatique, et &#224; lire comme tel.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Musique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou&lt;/i&gt; dialectique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je voudrais, dans les cinq ou six petites minutes qui me sont imparties, m'expliquer tr&#232;s bri&#232;vement sur une r&#233;ticence, ou peut-&#234;tre plut&#244;t une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;sistance&lt;/i&gt; qui s'est impos&#233;e &#224; moi, depuis un an ou deux, quant au mot, voire au concept, de &#171; dialectique &#187;. Et du m&#234;me coup, une r&#233;sistance, au cours d'un semestre de s&#233;minaire consacr&#233; au th&#232;me &#171; Musique et dialectique &#187;. Cette r&#233;sistance aura &#233;t&#233; visible, audible, dans les multiples objections que j'ai essay&#233; tant bien que mal de formuler, &#231;&#224; et l&#224; au cours de nos s&#233;ances, alors m&#234;me que j'abordais chacune d'elles en me disant : &#171; bon, aujourd'hui je suis sage, je ne l'ouvre pas, j'&#233;coute seulement, j'essaye de comprendre. &#187; Et, quoi que j'aie pu me voir reprocher, je vous assure que j'ai, vraiment, chaque fois, essay&#233; de comprendre, essay&#233; de me laisser convaincre de la n&#233;cessit&#233; et de la puissance op&#233;ratoire du sch&#232;me dialectique, ainsi qu'on nous pr&#233;sentait les choses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme certains d'entre vous le savent, c'est &#224; Jean-Paul que je dois, depuis trois ou quatre ans, d'avoir lu, travaill&#233;, m&#233;dit&#233;, etc., Adorno d'abord, &#233;galement Walter Benjamin, et quelques autres. Je ne l'en remercierai jamais assez &#8212; et je ne veux pas manquer l'occasion de le remercier, donc, ici, aujourd'hui et publiquement, une nouvelle fois. J'ai &#233;t&#233;, je suis rapidement devenu &#171; adornien &#187;, avec ferveur et passion. Et j'ai utilis&#233;, plus souvent qu'&#224; mon tour, &#224; toutes les sauces et sans n&#233;cessairement bien le comprendre, le mot &#171; dialectique &#187;. Je n'avais que &#231;a, que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la dialectique &#224; la bouche&lt;/i&gt;. En retravaillant, il y a quelques jours avec mes &#233;tudiants, un texte sur lequel j'avais d&#233;j&#224; fait travailler leurs pr&#233;d&#233;cesseurs il y a trois ans, j'ai red&#233;couvert mes notes d'alors, et me suis surpris d'y retrouver, partout, la &#171; dialectique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis ce moment-l&#224;, pour moi &#224; la fois tr&#232;s proche et tr&#232;s lointain, j'ai d&#233;couvert d'autres philosophes, que j'ai beaucoup lus, Philippe Lacoue-Labarthe dans un premier temps, et un peu apr&#232;s, Jacques Derrida. L&#224; encore, comme toujours, j'y ai mis de la ferveur et de la passion, tant et si bien que je suis devenu, au grand dam de mon directeur de th&#232;se (et de quelques autres), je suis devenu en grande partie &#171; derridien &#187;, et je confesse, non sans honte, avoir aujourd'hui parfois aussi peu de sens critique &#224; l'&#233;gard de Derrida que j'en avais, il y a trois ou quatre ans, &#224; l'&#233;gard d'Adorno. Mais &#233;videmment, ce n'est pas aussi simple, parce qu'en devenant fervent lecteur de Derrida, je n'ai pas voulu d&#233;nier ou refouler le non moins fervent lecteur d'Adorno et de Benjamin que j'&#233;tais toujours. Je me suis laiss&#233; hanter, envahir par cette tension, sans jamais parvenir &#8212; peut-&#234;tre sans jamais chercher &#8212; &#224; r&#233;soudre, &#224; relever, c'est-&#224;-dire &#224; faire une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; de cette contradiction, si c'en est une. Je n'ai pas voulu d'une &#171; r&#233;conciliation extorqu&#233;e &#187;. Voil&#224; pour le contexte, qu'il me semblait utile d'expliciter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'en est-il, alors, de ce sujet, de ce th&#232;me, &#171; musique et dialectique &#187; ? (C'est un intitul&#233;, si on le prend au s&#233;rieux, qui appartient plus &#224; la philosophie qu'&#224; la musicologie, m&#234;me si nous sommes, ici, plus musicologues que philosophes.) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dialectique&lt;/i&gt; est un pal&#233;onyme, un vieux mot, un mot grec qui s'est transmis, c'est-&#224;-dire traduit &#8212; autant dire qu'il ne s'est pas transmis &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tel quel&lt;/i&gt;, indemne, identique &#224; soi &#8212; dans nos langues latines et dans les langues germaniques. Son usage s'est donc diss&#233;min&#233;, en plusieurs langues, &#224; plusieurs &#233;poques, et il est bien s&#251;r aussi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;artificiel&lt;/i&gt; que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; d'essayer d'en d&#233;nombrer les diff&#233;rents sens. N&#233;cessaire, parce qu'il n'y a pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un seul&lt;/i&gt; sens de ce mot, son emploi chez Platon n'est pas le m&#234;me que chez Hegel, mais d&#233;j&#224; pas le m&#234;me chez Platon et chez Aristote, pas le m&#234;me chez Kant, chez Schelling, chez Hegel, chez Marx, pas le m&#234;me chez Bloch, chez Adorno, chez Benjamin, etc. Mais ce d&#233;nombrement est &#233;galement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;artificiel&lt;/i&gt;, non seulement parce qu'il faudrait faire droit &#224; des ramifications sans cesse plus fines, distinguer l'Adorno des ann&#233;es 30 de celui des ann&#233;es 50 et 60, pour ne prendre qu'un exemple, mais aussi parce qu'Adorno, pour rester sur cet exemple, Adorno pas plus qu'un autre ne peut librement disposer du mot &#171; dialectique &#187;, y donner le sens qu'il veut, arbitrairement, sans laisser son discours se faire hanter, contaminer par les sens, non d&#233;nombrables, que le mot a re&#231;us au cours de la tradition. C'est plus, et autre chose, qu'une polys&#233;mie. Adorno, s'il n'est pas le seul, est n&#233;anmoins un des philosophes importants qui nous aident &#224; penser cela, &#224; penser le lien n&#233;cessaire et ind&#233;l&#233;bile entre une philosophie et la langue dans laquelle elle s'exprime.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Adorno, donc, ne peut ni, je crois, ne veut employer le mot &#171; dialectique &#187; ind&#233;pendamment du sens en particulier que ce mot a re&#231;u dans l'id&#233;alisme sp&#233;culatif allemand, par excellence chez Hegel. Ce qui ne dit en rien qu'il soit pieds et poings li&#233;s, qu'il ne puisse imprimer &#224; ce mot une autre marque, mais il doit tenir un compte aussi rigoureux que possible de cette contrainte. Il en va toujours ainsi avec un pal&#233;onyme : on ne peut l'employer qu'avec des guillemets (visibles ou invisibles), mais la grille de ces guillemets laisse encore passer toujours plus qu'on ne voudrait, et d'autant plus si ce sont des guillemets invisibles. Le pal&#233;onyme se laisse encore lire, sur une strate au moins du texte, &#224; travers son vieux sens, se laisse r&#233;-approprier par ce vieux sens. (&#192; plus forte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;raison&lt;/i&gt;, dans le cas qui nous occupe, s'il est vrai que &#171; dialectique &#187; &#233;tait le nom du proc&#232;s de r&#233;-appropriation lui-m&#234;me, du proc&#232;s de r&#233;-appropriation &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans le sens&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais en m&#234;me temps : tous les mots sont des pal&#233;onymes, nous n'avons pas d'autres &#224; disposition. Il faut donc bien s'en servir, mais chercher &#224; en faire un usage aussi strat&#233;gique que possible, et, tout en tenant le compte de contraintes ind&#233;l&#233;biles, d&#233;placer autant qu'on peut le sens, l'ouvrir, lui imprimer une nouvelle frappe gr&#226;ce &#224; une nouvelle &#233;criture, un style nouveau. Adorno n'est pas le dernier &#224; savoir cela, et l'usage qu'il fait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; th&#233;orise d'une &#233;criture paratactique, d'un refus de la rh&#233;torique classique ou scolastique, d'une logique qui ne laisse pas le dernier mot &#224; la logique formelle, etc., cet usage est partie prenante de ce probl&#232;me. Probl&#232;me qui se r&#233;sout, chaque fois, de fa&#231;on unique et pr&#233;cise, en fonction de diverses contraintes strat&#233;giques, c'est-&#224;-dire historiques, sociologiques, etc., mais aussi politiques ou &#171; &#233;thiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'usage que l'on fait de tel ou tel mot re&#231;u, h&#233;rit&#233; d'une plus ou moins longue tradition philosophique et/ou litt&#233;raire, d&#233;pend donc d'une certaine justesse ou d'une certaine justice, disons de la pens&#233;e. Par exemple quand il s'agit du mot &#171; dialectique &#187;. Tr&#232;s bri&#232;vement, et beaucoup trop sch&#233;matiquement : le sens dominant, aujourd'hui, de ce mot est directement h&#233;rit&#233; (disons pour faire vite) de Hegel, m&#234;me si c'est souvent d'un Hegel affadi, r&#233;-appropri&#233;, simplifi&#233;, etc. &#171; Dialectique &#187; reste le nom d'un proc&#232;s d'identification, c'est-&#224;-dire d'appropriation : et la rel&#232;ve, l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; reste le nom-f&#233;tiche de ce proc&#232;s. La n&#233;cessit&#233; de ce mouvement de r&#233;-appropriation du travail du n&#233;gatif ou de la n&#233;gativit&#233;, m&#234;me si elle re&#231;oit sa formulation la plus rigoureuse avec Hegel, d&#233;passe de loin le seul texte h&#233;gelien, texte qui est pris dans la cha&#238;ne ample et solide qui, malgr&#233; ses nombreux d&#233;placements, a re&#231;u ce nom, la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Adorno est le dernier &#224; ignorer cela, et sait que la dialectique sp&#233;culative s'ordonne presque enti&#232;rement en vue de cette r&#233;-appropriation. (C'est en tout cas ce que propose sa derni&#232;re philosophie.) D&#232;s lors, on doit s'interroger sur la fid&#233;lit&#233; qui est la sienne &#224; l'usage du mot &#171; dialectique &#187;, dans la continuit&#233; de ses &#233;crits de jeunesse, disons pour sch&#233;matiser, h&#233;g&#233;liano-marxistes. Je crois &#8212; vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s de me croire sur parole mais je n'ai malheureusement pas le temps de le montrer proprement &#8212; je crois qu'Adorno, qui refuse les &#171; r&#233;conciliations extorqu&#233;es &#187;, les &#171; synth&#232;ses &#187; violentes et autoritaires, Adorno qui veut tenir un compte rigoureux du &#171; non-identique &#187;, etc., je crois qu'Adorno continue de r&#234;ver &#224; une &#171; synth&#232;se non-violente &#187;, &#224; une &#171; vraie r&#233;conciliation &#187;. Qu'il &#171; continue de viser, au stade de la n&#233;gativit&#233; d&#233;termin&#233;e, l'utopie. &#187; (C'est bien s&#251;r une citation.) Autrement dit, la dialectique adornienne, en de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tr&#232;s&lt;/i&gt; nombreux lieux, continue de d&#233;sirer &#234;tre une dialectique h&#233;gelienne, continue de d&#233;sirer la rel&#232;ve, l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;. Et il serait non seulement irresponsable, je veux dire politiquement irresponsable, mais aussi parfaitement idiot de lui reprocher ce d&#233;sir, ce r&#234;ve, s'il est vrai que ce d&#233;sir est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le&lt;/i&gt; d&#233;sir m&#234;me, le d&#233;sir par excellence. On ne peut, ni ne doit, y renoncer. Reste, conscients que nous sommes de l'impossibilit&#233; de le voir se r&#233;aliser, reste &#224; savoir s'il est encore temps, aujourd'hui, de l'exprimer dans les termes qui furent ceux de l'identification et de l'appropriation, dans les termes d'une &#171; dialectique &#187;, f&#251;t-elle &#171; n&#233;gative &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Singuli&#232;rement, et j'en terminerai avec cela, quand il s'agit de musique, s'il est vrai que la musique, cette &#171; nuit du philosophe &#187;, reste un des noms d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;r&#233;sistance&lt;/i&gt;, un des noms de ce qui r&#233;siste &#224; l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;arraisonement&lt;/i&gt;, &#224; l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;identification&lt;/i&gt;, &#224; l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;appropriation &#171; philosophiques &#187;&lt;/i&gt; : au proc&#232;s de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;, &#224; la dialectique. Je crois que, quel que soit le lexique que j'emploie pour dire cela, je ne suis pas moins adornien que derridien en tenant ces propos. &#171; Dialectique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ou&lt;/i&gt; musique &#187; : c'est le titre que j'aurais voulu donner &#224; cette br&#232;ve intervention si j'avais eu le temps de d&#233;velopper ma conclusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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