Nous,
musiciens, acteurs du monde musical, simples mélomanes — provenant de toutes ses sphères : « contemporaine », classique, jazz, rock, chanson, musiques « actuelles », etc. —,
artistes, écrivains, amateurs d’art de différentes disciplines,
anciens pensionnaires de la Villa Médicis,
et simples citoyens soucieux d’art,
nous partageons l’inquiétude légitime de ceux qui redoutent que les soutiens publics aux musiques inventives et de recherche, déjà trop faibles, ne faiblissent encore ; nous demeurons plus que jamais attachés à la nécessité d’assurer la pérennité de démarches artistiques risquées, ainsi que de permettre des conditions décentes de vie et de travail pour les musiciens qui portent de telles démarches ; enfin nous ne sommes pas plus que quiconque naïfs quant aux enjeux économiques et politiques qui traversent le monde musical.
Mais nous refusons d’assimiler toute musique dite « actuelle » à de la musique commerciale, de même que nous refusons de voir, dans le soutien à tel ou tel style de musique, une attaque contre tel ou tel autre ; nous refusons de nous laisser entraîner dans la logique mortifère qui consiste à justifier la légitimité des uns au détriment de celle des autres, et nous refusons surtout de croire que l’« avant-garde », la recherche et la complexité soient l’apanage exclusif de telle tradition musicale particulière — pas plus que nous ne croyons qu’aucun courant musical n’est indemne, en tant que tel, de séductions parfois faciles. La musique dite « contemporaine » n’est certes pas moins actuelle que les musiques dites « actuelles » ; mais les musiques dites « actuelles » ne sont pas moins contemporaines que la « contemporaine ». Nous pensons de loin révolu le temps où la musique occidentale écrite pouvait sérieusement se croire la seule « sérieuse », « savante », érudite.
Aussi, nous nous félicitons du fait que des musiciens non-issus de cette noble tradition aient été récemment nommés pour être prochainement pensionnaires à la Villa Médicis, dès lors que le jury a su garder une place aussi pour des compositeurs issus de ladite tradition. Nous sommes ravis que, à cette occasion, pas moins de trois projets musicaux aient été retenus, quand la moyenne des dernières années était plutôt à un ou deux. Nous nous réjouissons d’autant plus que, parmi ces projets, l’un d’eux se propose justement de faire se rencontrer des traditions musicales différentes. Nous tenons donc à assurer Malik Mezzadri et Claire Diterzi, les deux artistes dont la nomination est bien malheureusement attaquée par une pétition [1] qui se trompe de colère et qui semble tout méconnaître de leur travail, et à assurer Gilbert Nouno, porteur avec Malik Mezzadri de ce projet en tandem, du soutien sans faille de tous ceux qui refusent de confondre la nécessaire défense de la création musicale avec la défense d’une seule forme de création musicale. Si elle avait dû exclure par principe tel ou tel genre musical, l’Académie de France à Rome n’aurait pu rester en accord avec la « mission principale » que lui avaient confiée Balthus et Malraux : « favoriser la création artistique et littéraire dans tous ses domaines… » (décret fondateur du 21 décembre 1971, art. 2).
Nous savons bien, et c’est pourquoi nous l’aimons et la soutenons, que la musique « contemporaine » a des visages plus rieurs à montrer que celui d’une avant-garde officielle raidie sur ses privilèges, défendant jalousement l’immunité de ses prés carrés ! Nous appelons donc les « contemporains » à ne pas se tromper de cible, et à prendre conscience du fait que tous les musiciens issus des autres sphères musicales ne sont pas nécessairement de simples « divertisseurs » vivant royalement de l’industrie du disque et de la scène. La précarité se répand malheureusement sans exclusive de genres, chez tous les artistes en recherche.
Exigeons le maintien et le renforcement du soutien public à la création musicale (et, plus largement, artistique et littéraire), oui, oui, cent fois oui ! — et sous toutes ses formes…
Premiers signataires :
Benjamin Renaud, musicologue, université Paris 8,
François Bon, écrivain, ancien pensionnaire de la Villa Médicis,
Pascal Dusapin, compositeur, ancien pensionnaire de la Villa Médicis,
Cyril Neyrat, critique et historien du cinéma, ancien pensionnaire de la Villa Médicis,
Thierry Lancino, compositeur, pensionnaire Villa Médicis (1988-1990), Bourse d’Excellence Lavoisier (1979-81), Prix Médicis Hors-les-murs (1983-84),
Vincent Dupont-Rougier, designer, ancien pensionnaire de la Villa Médicis,
Dominique Pifarély, musicien,
Benoit Delbecq, musicien et compositeur contemporain de jazz, lauréat du Prix « Médicis Hors-les-murs » 2001,
Hugues Gall, ancien directeur de l’Opéra national de Paris, membre de l’Académie des Beaux-Arts,
Louis Sclavis, musicien, compositeur,
François Corneloup, musicien,
Vincent Segal, violoncelliste (Unkonwnpleasures de Frederik Martin créé à la Villa Médicis, pour violoncelle seul),
Dominique A, musicien,
Joëlle Léandre,
musicienne contemporaine et actuelle,
pensionnaire Villa Medicis hors les Murs (NY),
pensionnaire Villa Kujoyama (Kyoto),
pensionnaire DAAD (Berlin),
Visiting Professor, chaire D. Milhaud, at Mills College en 2002, 2004 et 2006, pour composition et improvisation,
Rodolphe Burger, musicien,
Bo van der Werf, ensemble octurn,
Nelson Veras, musicien,
Leslie Kaplan, écrivain,
Valérie de Saint-Do, directrice adjointe Cassandre/Horschamp,
Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication de Mouvement,
David Sanson, rédacteur en chef de Mouvement,
Arnaud Maïsetti, écrivain,
Jérémie Szpirglas, écrivain et journaliste,
Francis Marmande, professeur émérite à l’université Paris-Diderot,
Michel Brosseau, enseignant & musicien amateur,
Bruno Tackels, écrivain,
Arnaud Merlin, producteur de l’émission « Les lundis de la contemporaine » sur France Musique,
Jacqueline Reynier, artiste plasticienne,
Marie Panter, élève de l’ENS Lyon,
Yannick Seïté, maître de conférence, amateur de jazz ET de musique contemporaine (ET...),
Jacques-Henri Béchieau, directeur du festival Vague de Jazz, membre de l’AFIJMA,
Heitor de Macedo, psychanalyste,
Martine Sonnet, historienne et écrivain,
Jérôme Wurtz, réalisateur,
Christophe Kantcheff, journaliste, Politis,
Fred Griot, poète d’ouverture,
Raphaël Neal, photographe,
Margot Beauchamps, géographe,
Alice Volkwein, universitaire,
Patrick Chemla, psychiatre et psychanalyste,
Igor Juget, réalisateur,
Matthieu Jouan, directeur de la publication de Citizen Jazz,
Sylvain Cathala, musicien, compositeur,
Olivier Prouvost, musicien et enseignant,
Georges Silvestre, directeur Le Bois aux Dames (Samoëns),
Jean-Jacques Birgé, compositeur,
Catherine Weinzaepflen, écrivain,
Françoise Zamour, département d’histoire et théorie des Arts (ENS Paris), & directrice artistique du festival de Lormes,
Blaise Merlin, musicien, directeur du festival Jazz Nomades/La Voix est Libre,
Isabelle Parion, productrice,
Hubert Dupont, musicien, compositeur,
Ultrabolic, association de production indépendante,
Alain Pierrot, consultant et amateur de musiques — au pluriel,
Catherine Dolto, médecin,
Jacques Denis, journaliste « actuel »,
Stéphane Payen, musicien, compositeur,
Bertrand Leclair, écrivain,
Sylvie Heyart, artiste plasticienne,
Bernard Bremond, psychanalyste,
Sophie Couronne, passionnée de musiqueS,
Sylvie Blocher, artiste plasticienne,
Fred Bordes, label Hors-Normes Prodctions,
Zone libre, association, entrepreneur de spectacle,
Jean-Jacques Viton, écrivain,
François Mairey, collectif la Forge,
Olivier Guéry, blogueur,
Valérie Otero, musicienne,
Donatella Saulnier, directrice de l’Hippocampe associé, association culturelle,
Bernard Vernier, anthropologue, professeur émérite, université Lyon II,
Ludovic Hary, écrivain,
Charlotte Toussaint, mélomane,
Loic Marmet, musicien,
Mathieu Provansal, auteur,
Hélène Collon, rédactrice en chef, Citizen Jazz,
Pascale Bonnardel, secrétaire de rédaction, Politis,
Philippe Mangeot, revue Vacarme,
Jean-Louis Comolli, cinéaste et critique,
François Sarhan, artiste,
Jacques Veillé, musicien et enseignant,
Stéphanie Khoury, étudiante,
Jonathan Pontier, musicien contemporain, actuel, et vice versa,
Joachim Séné, écrivain,
Julien Pauthe, mélomane,
Paul Jarret, musicien,
Olivier Sens, musicien, compositeur,
Emmanuel Scarpa, musicien, compositeur,
Christophe Magis, musicologue et chercheur en sciences de l’information et de la communication, université Paris 8,
Sarah Murcia, musicienne,
François Raulin, musicien,
Tam de Villiers, musicien,
Christophe La Pinta, compositeur de musique de films,
Liliane Giraudon, écrivain,
François Peyrony, compositeur,
Éric Premel,
Frontal, coopérative artistique internationale,
Les Musicophages, structure culturelle,
Nicolas Bordes, coordinateur, Les Musicophages,
Eryck Abecassis, compositeur,
Chiara Simeone, acousticienne,
Anna Vittet, étudiante en Lettres modernes et circassienne amateur,
Baptiste Trotignon, pianiste, compositeur, improvisateur,
Jean-Baptiste Le Corf, doctorant en sciences de l’information et de la communication, CEMTI, Paris 8,
Christophe Marie, professeur de français,
Damien Deshayes, compositeur,
Henri Roger, musicien, improvisateur, compositeur,
Carole Sauvanet, musicienne,
Mélissa Phulpin, attachée de presse (musique),
Bertrand Dicale, journaliste, critique,
Judith Levy, manager (artistes de musiques actuelles),
Frédéric Voisin, artiste (musicien, chercheur, enseignant),
Patrice Chaminade, graphiste et enseignant,
Alain Wais, journaliste,
Alexis Campion, journaliste, peintre,
Isabelle Dhordain, journaliste, productrice de l’émission « Le pont des artistes » (France Inter),
Valérie Lehoux, journaliste, Télérama,
Philippe Barbot, journaliste, musicien,
Sophie Torlotin, journaliste, RFI — Pôle Culture,
Arnaud Cathrine, écrivain,
Laurence Malherbe, artiste lyrique,
Olivier Adam, écrivain,
Fabienne Pralon, auteur, compositeur, interprète,
Rubin Steiner, musicien,
Sheila Malovany-Chevallier, traductrice,
Jeanne Cherhal, chanteuse,
Didier Varrod, journaliste, auteur et documentariste, producteur de « Electron libre » sur France Inter,
Vincent Guiot, administrateur d’ensemble musical,
Yves Simon, écrivain et auteur-compositeur,
Philipe Bordier, cinéaste,
Jérôme Cohen, producteur,
Gilles Collard, directeur Pylône Magazine,
Yves Dorison, photographe de jazz,
Pierre Autin-Grenier, écrivain,
Sébastien d’Assigny, attaché de presse,
Denis Rodi, musicien, journaliste,
Alexandre Marx, chargé de production,
Djamel Tatah, artiste,
Antoine Coinde, directeur artistique et artiste peintre,
Olivier Moreau, responsable du service chanson, Arcadi,
Jacques Di Donato, musicien,
Oshen/Océanerosemarie, chanteuse, comédienne,
Bruno Simeone, chaire d’optimisation à l’université de Rome La Sapienza,
Isabella Lari, maître de conférence à l’université de Rome La Sapienza,
Pujuila Florent, musicien (improvisateur et classique),
Michaël Melinard, journaliste, l’Humanité dimanche,
Lara Orsal, attachée de presse Internet,
Régis Savigny, musicien,
Marjorie Risacher, journaliste musicale, animatrice-productrice radio,
Virginie Borgeaud, manager d’artistes,
Anne Montaron, productrice déléguée France Musique / Radio France, émission « À l’improviste »,
Sophie Boursat, artiste plasticienne, ancienne pensionnaire de la Casa de Vélasquez, écrivain,
Pierre-Jean Raugel, simple mélomane (abonné IRCAM, Agora, Cité de la Musique, etc.),
Christian Zanési, compositeur, responsable de l’Ina-GRM,
Olivier Nuc, journaliste,
Fabien Perrier, journaliste à l’Humanité Dimanche,
Dominique Petitgand, artiste,
Christian Rosset, compositeur et producteur à France Culture
Samuel Sighicelli, compositeur, ancien pensionnaire de la Villa Médicis,
Luc Sotiras, directeur du Train Théâtre,
Didier Levallet, musicien, directeur de la scène nationale de Montbéliard,
Cédric Grouhan, régisseur de spectacles, président de Radio Béton,
Sylvie Pébrier, enseignante au CNSMDP, directrice de l’association de préfiguration de la Cimac à Tours,
Maya Dagnino, attachée de presse,
Vincent Frèrebeau, fondateur du label Tôt Ou Tard,
Olivier Mellano, musicien, compositeur,
Arnaud Koseleff, conseiller artistique du service chanson, Arcadi,
Laurent Balandras, éditeur musical,
Oli Azerti,
Laurent Dailleau, compositeur,
Sophie Fontenelle, directrice de la Grange dîmière,
Agnès Rosenstiehl, auteur, illustratrice, compositeur,
Tedi consuelo, vidéaste,
Jean-Baptiste Apéré, musicien, compositeur et directeur de l’ensemble PTYX,
Marc-Antoine Roudil, cinéaste,
Antoine Arlot, musicien,
Hervé Birolini, compositeur,
Laure Michelon, manager d’artistes,
Jean-Marie Colin, musicien, compositeur, directeur du Conservatoire à Rayonnement Départemental de l’Aveyron,
Laurent Sellier, compositeur et réalisateur sonore,
Xavier Thireau, étudiant en musicologie, université de Bourgogne (Dijon),
Lyliane Dos Santos, directrice Arts Vivants en Vaucluse,
Maud Rouchaléou, violoniste,
Fabrice Vigne, écrivain, éditeur,
Joël Priolon, écouteur,
Mireille Moreau, assistante maternelle,
Rémi Vasseur, étudiant en art,
Stéphane Vasseur, étudiant en sciences,
Cyril Hunault, professeur de philosophie,
Arno Fabre, artiste,
Michel Rostain, metteur en scène de théâtre lyrique et musical, ancien directeur de la Scène Nationale de Quimper - Centre de création Musicale,
Olivier Duperron, musicien,
Sylvie Géroult, médiathécaire,
Ludovic Boulet, journaliste indépendant,
Elisa Monteil, coordinatrice On Connaît la Musique,
Patrick Coltel, animateur « Des ô et débats » Radio Béton – Tours,
Étienne Jacquot, organiste & professeur de philosophie,
Jean-François Millet, spectateur de base,
Nathalie Millet, ménagère de plus de soixante ans,
Lydia Lacour, responsable de communication,
Cléa Thomasset, musicienne et enseignante,
Cécile Givernet, comédienne,
Geoffroy Barthélemy, musicien,
Françoise Gouyou-Beauchamps, médiatrice culturelle,
Patrick Charnois, musicien, professeur coordinateur du département jazz du CRD de La Roche sur Yon,
Anne Remaud, responsable communication,
Marie-France et Patricia Martin, plasticiennes performeuses,
Virginie Gonzales, plasticienne et costumière,
Rodolphe Rohart, fonctionnaire territorial chargé de la culture – Douarnenez,
Philippe Champion, musicien,
Leïla Cukierman, directrice du Théâtre d’Ivry – Antoine Vitez,
Olivier Ferré, amateur de musiqueS – informaticien,
Raphael Imbert, musicien, directeur artistique de la Cie Nine Spirit, lauréat de la Villa Médicis hors les murs et du concours national de Jazz de la Défense,
Eric Dufaure, fondateur du label Beluga,
Yves Le Pape,
Nelly Le Grévellec, directrice du théâtre Dunois (Paris 13e),
...
(la liste des signataires sera actualisée à mesure... )
[1] Cette première (et, à nos yeux, regrettable) pétition, anonyme, est consultable en ligne à l’adresse : http://musiques-en-vrac.blogspot.co...
Soutien, évident, à la démarche et au fond : enjeu essentiel pour les musiciens (et pour tous les autres). Merci encore, Benjamin.
Je relaie sur mon site.
Voir en ligne : Carnets
Ah, un grand merci à François Raffinot ! Enfin, l’un de nos lecteurs a compris que malgré une toute petite tache sur le tableau que nous brossions (ce malentendu provoqué par la référence aux musiciens "actuels" sélectionnés engendre une polémique que nous ne souhaitions pas), il n’en avait pas moins de pertinence. Notre réaction s’est bien inscrite dans le climat populiste grandissant en France. Une telle réaction aurait été sans doute plus tempérée dans une société où le respect pour la recherche et la création artistique serait évident. Voilà ce que nous attendions ! Oui à un débat de fond sur la situation des musiques de recherche en France. Ma proposition serait donc la suivante : des Etats Généraux début juillet ou début septembre invitant Musiques en vrac, Tache aveugle, tous les musiciens et artistes ne s’inscrivant pas dans une démarche commerciale ainsi que les institutions ou les acteurs des institutions qui souhaitent encore et toujours les soutenir. Alors, peut-être pourra-t-on faire une liste des problèmes - et elle sera longue... - et proposer, tous ensemble, des pistes de réflexion, et des débuts de solutions, qui sait ?
Bien cordialement, Clara Maïda
Rock, classique, contemporain... pop...
Un seul critère : le talent.
Voir en ligne : Création sans frontière
Je suis compositeur de musiques d’aujourd’hui (il parait que celà s’appelle la "musique contemporaine"), et ancien pensionnaire de la Villa Medicis.
Je me suis fortement opposé, dès la rédaction de leur pétition, aux termes que leurs rédacteurs ont employés, car, comme vous, je ne crois pas que ce soit une question de style (j’aurais préféré l’emploi de "musiques expérimentales"), mais de défendre des musiques audacieuses qui ne peuvent être soutenues par le marché, ou plutôt qui sont audacieuses sur le plan strictement musical.
Je ne veux pas soutenir non plus votre texte de soutien aux deux candidats des "musiques actuelles", car d’une part le problème n’est pas une question de style ("musiques actuelles"), d’autre part, je ne connais pas le travail des artistes qui sont rentrés à la Villa (j’aimerai le connaitre), et ai eu échos de vices de procédures, en particulier de démission des rapporteurs.
Si la décision est populiste et liée à des questions politiques, je la condamne. Si elle est musicalement justifiée, je l’appuierai.
Merci tout de même pour votre texte plus sage qui condamne la pétition, mais pas les musiques expérimentales d’aujourd’hui dans toutes leurs formes, même écrites ou instrumentales.
Fabien Lévy Compositeur, ancien pensionnaire de la Villa Medicis 2003 professeur de composition, Columbia University (New York)
Voir en ligne : "Lettre ouverte au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis" (commentaires)
cher Fabien Lévy,
vous tombez à point, je cherchais justement votre mail, j’espérais rallier votre signature... J’ignore parfaitement s’il y a eu des pressions « politiques », et à vrai dire je crois que ce n’est pas vraiment le problème. (Soyons honnête, il y a toujours des pressions politiques, et en matière de lobbying politique et institutionnel, le milieu de la musique « contemporaine »... hum.) S’il y a eu vice de procédure, pourquoi n’y a-t-il pas eu une pétition dénonçant précisément ce vice ? (Une démission des rapporteurs, en l’occurrence, je ne vois pas en quoi ça fait « vice » : un jury, en général, est souverain, et n’a nullement obligation de suivre les recommandations de rapporteurs — mais je ne connais pas la « procédure » en vigueur précisément à la Villa.) Mais ce n’est pas ce que dit la pétition à laquelle nous avons voulu, le plus calmement du monde, « répondre ». Et ce n’est pas, nous sommes bien d’accord, une question de « styles » : c’est tout ce que nous voulons faire valoir. Nous ne défendons pas deux musiciens « actuels », mais deux musiciens tout court, et même en fait trois en comptant Gilbert Nouno. Reste, dès lors, à savoir dites-vous si la décision du jury est « musicalement » justifiée : mais qui s’arrogera le droit d’en juger ?... Je ne sais pas, pas moi, je n’y prétend pas (même si je peux, en tant que musicologue spécialiste de jazz, apporter des éléments au débat, dans le cas précis de Malik Mezzadri). Et en tout cas, pas ceux qui prétendent disqualifier d’emblée les projets retenus au seul titre de leur non-appartenance à tel ou tel style. Nous n’avons pas voulu dire autre chose dans notre texte. Cela semble un principe assez simple.
bien cordialement,
merci déjà de ce soutien du bout des lèvres, n’hésitez pas à me le faire savoir si vous voulez nous apporter un soutien plus entier — sur le plan des principes.
Merci de votre réponse.
Comme je l’ai dit dans mon précédent message, je ne signerai pas non plus votre pétition, car si je suis d’accord avec le fond (défendre toutes les musiques expérimentales), vous défendez les deux pensionnaires contestés, or, j’aimerai en savoir plus sur leur nomination, puisqu’il semble avoir eu vice de forme (c’est sur ce point que j’aurai aimé une pétition, si vice de forme réel il y a eu, avec des explications).
De plus, pas besoin de faire de la surenchère sur une pétition maladroite. Il y a heureusement beaucoup de compositeurs de musique écrite qui l’ont contestée ou pas signé.
Enfin, de ce que j’ai vu de la chanteuse ne m’a vraiment pas beaucoup convaincu musicalement (ce n’est pas en tant que parolière qu’elle a été choisie, mais bien en tant que musicienne).
J’espère que toute cette histoire sera bientôt enterré. les quelques rédacteurs de la pétition précédente ont malheureusement eu l’effet inverse de ce qu’ils voulaient combattre, à savoir de stupides querelles de style.
Bonne nuit
Fabien
Oui, beaucoup d’amis et de compositeurs français que je respecte l’ont signé. Je suis très triste (et content d’être allé voir ailleurs, dès 2001, en Allemagne puis à New York). Oui, triste, c’est tout.
J’en parlais hier à des compositeurs allemands de "musiques écrites d’aujourd’hui", et eux qui cherchent toujours à remettre en cause les "gatung" (catégories) étaient hébétés de l’attitude des français.
A New York, la scène est très mélangée. j’enseigne cet été au Jazz Composers Orchestra Institute (ou des compositeurs "de Jazz" vont être mis en contact avec des techniques contemporaines de mode de jeu, et des musiques écrites d’aujourd’hui). De plus, nous avons l’honneur d’avoir comme étudiants, à Columbia, des musiciens très intéressants comme Steve Lehmann (il fait du Jazz, entre autres, avec des harmonies spectrales et des modulations métriques à la Carter) ou Mario Dias de Leon ou Sam Pluta ou Victor Adan. Des musiciens singuliers (je ne sais de quel "genre") à découvrir.
Je file
FL
Voir en ligne : Dupain - Feniant ("il ne faut pas perdre sa vie à la gagner")
Voir en ligne : http://http://www.drame.org/blog/in...
Voir en ligne : Le blog de Jean-Jacques Birgé
Cher Jean-Jacques, je n’ai rien contre le fait de s’intéresser à des motivations inconscientes, et je n’ai rien, bien au contraire, contre le fait de lutter contre le machisme et le racisme. Cela fait même partie de mon travail d’universitaire, ce sont des questions qui m’intéressent en tant que musicologue. Mais dans ce débat précis : je trouve plus de force à notre démarche si elle se contente de répondre au texte de la première pétition, et de s’en tenir là. Qui plus est, le but de la présente tribune — et, je l’espère, de la plupart de ses signataires — n’est pas de déclarer la guerre au camp « d’en face », précisément parce qu’il n’y a pas de camp d’en face : tous les artistes exigeants sont dans le même bateau (pour ne pas dire la même galère, par les temps actuels). Enfin, pour vous répondre sur le fond : il est assez notoire que, question machisme, le monde du jazz n’est pas en reste... non ? Il y a en effet encore trop peu de compositrices parmi les compositeurs (malgré quelques belles exceptions) de la « contemporaine », mais il faut bien reconnaître que les orchestres y sont bien plus mixtes que dans le jazz. Mais, encore une fois, je crois que c’est un autre débat. Nous le mènerons donc ailleurs ?
Benjamin
Cher Benjamin,
vous avez raison. Pour information, j’avais écrit mon article quelques heures avant que ne soit publiée votre pétition. J’étais très en colère de n’avoir lu aucune réaction à la pétition diviseuse et ségrégationniste. Mon article s’inscrit dans la continuité de mon blog que je tiens depuis 5 ans, 7 jours sur 7, et qui est de parti pris. Mon commentaire était un simple copier-coller. J’en profitais pour aborder d’autres sujets pour lesquels je me bats depuis des décennies, à savoir le machisme (en effet présent dans toutes les musiques et la plupart des expressions artistiques), les prérogatives de classe (une petite étude montrera facilement que les exceptions se sont multipliées, mais que cela n’a pas changé), l’arrogance du sérail issu des conservatoires face aux autodidactes (cela n’a rien de nouveau non plus), la signature inconsidérée des pétitions sans les lire et l’opprobre dont sont victimes des artistes dont nombreux signataires (des deux pétitions) n’ont jamais entendu une note. Souligner ces points qui ne semblent ne pas avoir de rapport direct avec le sujet des deux pétitions est une tentative, certes maladroite, de chercher à comprendre les raisons de la division, ma démarche ne visant que la solidarité, ici catégorielle, et que par extension je souhaiterais interprofessionnelle.
Merci pour vos réponses dont j’apprécie l’honnêteté et la sincérité,
Jean-Jacques Birgé
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
Merci Clara !! Je trouve vos propos beaucoup plus éloquents et pertinents sur ce blog. Par ailleurs, je n’ai pas trouvé qu’à Berlin la musique contemporaine était aussi bien représentée qu’à Paris, où la scène reste très vivante avec de multiples concerts, malheureusement au public souvent maigre. Cependant il y a des lieux comme l’église Saint-Merri, par exemple, qui propose une programmation diverse et de grande qualité tout en accueillant, souvent gratuitement, un large public. Les musiques improvisées contemporaines éprouvent en fait plus de mal à être reconnues, je pense notamment au travail d’organisateur et de musicien de Pascal Marzan avec qui j’ai le bonheur de collaborer.
Je suis moi-même compositeur et aussi improvisateur (comme de nombreux compositeurs d’ailleurs), et sais faire la part de choses entre composition et improvisation. Une de mes réflexion concerne la nécessité ou non d’une écriture au-delà de toute considération d’intentionnalité, de plus, je reste très attentif à l’apport des plasticiens dans le domaine de la musique. C’est dans ce cadre que le travail de Diterzi peut faire sens à mon avis, Claire Diterzi me parait en effet plus plasticienne que musicienne, au sens de Laurie Anderson. En ce qui concerne la composition musicale cela me paraît un peu léger quelque soit le genre de musique. Wolf Vostell par exemple n’a jamais prétendu être compositeur, pourtant sa pièce "Le cri" pour orchestre bigarré vaut le détour, mais restant volontairement dans la lignée post-Fluxus, il n’avait aucune prétention musicale, mais là je reconnais une réelle ambiguïté, on pourrait effectivement parlé d’art transgenre, tout comme pour les récentes pièces de Dmitri Kourliandski.
Ayant vécu plus de 10 ans en Angleterre, j’ai pu constaté que de nombreux musiciens créatifs mais non formés (le mot musicianship n’a pas d’équivalent en français malheureusement) venaient souvent des arts plastiques. Le Rock, en Angleterre, s’est réellement développé vers des possibles artistiques (par exemple Robert Wyatt), ce que je n’ai guère pu souvent constater en France (il y avait Gong ou Magma), mais qui je crois existe plus en Allemagne. Donc pour moi, le problème réside dans ce qui fait "art", et qui est fragile économiquement parlant ; en ce sens, il me semblait que la Villa Médicis permettait à certains de s’y épanouir dans un contexte artistique, ou d’essayer du moins ; or il est clair que je ne peux appeler art musical ce que produit Claire Dinetzi, certainement pas dans le genre Rock. Camille peut-être oui c’est vrai. Les critères sont faciles à définir : au moins, une connaissance minimale mais avérée de l’art pratiqué et une volonté de trouver de nouvelles façons de faire.
Malheureusement, il ne semble pas que les Drac etc. soient aptes à émettre de tels jugement, alors qu’elles possèdent des bibliothèques dont les livres permettent de se faire une bonne idée même aux non spécialistes (après visite de celle de Montpellier) et, au fond, le choix fait pour la Villa Médicis cette année fait penser au choix de subventions des Dracs. Malheureusement, je ne crois pas que les musiques actuelles qui ont besoin de reconnaissance en sortent grandies. On confond souvent choix musicaux de telles ou telles compagnies de danse, théâtre ou encore de tels ou tels cinéastes, et critère artistique en musique.
Pour finir je voudrais rappeler une citation d’un des plus grands compositeurs du XXè siècle ayant bénéficié d’une large diffusion médiatique (bien que souvent ignorée) : György Ligeti (prix Balzan 1991), Pensées rhapsodiques, in Neuf Essais sur la Musique (traduction de l’allemand Catherine Fourcassié), Éditions Contrechamps 2001, p.25 :
"Quand à la situation générale, celle de mes collègues et de moi-même, j’ai parfaitement conscience que le compositeur contemporain de "musique savante" vit actuellement dans une niche culturelle minuscule, coincé entre une musique de divertissement commerciale en pleine expansion, diffusée par les médias électroniques, et le monde luxueux du concert classique et de l’opéra traditionnels. Nous, les compositeurs de "musique savante", n’avons pour le mécénat d’aujourd’hui - le "sponsoring"- qu’une valeur d’alibi ; en fait, on n’a pas besoin de nous. Pourtant, même si la niche restante est minuscule et apparemment dénuée de toute fonction sociale, c’est comme si elle se trouvait dans une bulle de savon : elle est infiniment fragile, mais ses facultés d’élargissement intellectuel sont immenses tant que la bulle de savon persiste."
Voir en ligne : Lien vers : Pascal Marzan (inc. lien vers Hansberry-Maintenant-Marzan trio)
Chère Claire,
je vous ai indirectement répondu en rédigeant une courte réponse à Benjamin ci-dessus.
Je suis également ravi de savoir que vous avez échappée à toutes les ségrégations qu’ont subies vos aîné(e)s pendant les siècles qui précèdent cet échange et j’espère qu’ils et elles seront nombreuses et nombreux comme vous à profiter des combats que nous avons menés et continuerons à mener.
Confraternellement,
Jean-Jacques Birgé
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
Cher Jean-Jacques,
J’ai réagi car je suis l’un des rédacteurs et signataires de cette lettre et je ne voulais donc pas que l’on nous enferme dans la catégorie "réactionnaires", "bourgeois", etc. Cela n’est pas le cas. Je ne dénie pas pour autant que racisme, machisme, castes sociales, soient bel et bien présents dans la société française (le milieu musical, comme tout échantillon de société, compte certainement également des réactionnaires, parmi d’autres profils divers). Il faut toujours se garder de catégoriser les professions. La réalité est toujours si complexe. Si Bourdieu, qui dénonçait ce système d’héritiers, avait rédigé une lettre avec d’autres sociologues et si l’on avait dit que cette lettre était écrite par des bourgeois, il aurait tout de même bondi et rappelé ses origines paysannes. Quant au fait que j’aie pu arriver là où je suis, c’est surtout le résultat d’un long combat personnel et d’une opiniâtreté jamais relâchée (ah, la vocation...). Mais vous avez raison. Dans la première moitié du XXème siècle, ma seule volonté, aussi forte soit-elle, n’aurait pas suffi. Bien cordialement, Clara
La création musicale est en danger. Ne la divisons pas.
Il nous faut un peu solennellement rappeler à propos des nominations de Claire Diterzi et de Malik Mezzadri à la Villa Médicis que Futurs Composés, depuis ses origines, est un réseau qui fédère les artistes et les acteurs de la vie musicale pratiquant leur art à travers toutes sortes d’esthétiques. Pour cette raison, jamais nous n’opposerons les musiques savantes aux musiques populaires, les musiques de l’écriture à celles de l’improvisation ou de l’oralité. Jamais nous ne hiérarchiserons les musiques en fonction de leurs financements qu’ils viennent de l’industrie ou du secteur subventionné. Il nous semble donc musicalement et politiquement dangereux de partager le monde de la création musicale à l’aune de ces deux critères qui, du fait de l’évolution des esthétiques, des technologies, des moyens de production et de diffusion, sont justement en train de muter. Seule l’unité, respectueuse des différences et des talents, doit être la force qui nous rassemble. Nous continuons à penser au-delà de la question de la villa Médicis, qu’il existe une grande pénurie des lieux de résidences et d’élaboration artistique, que l’Etat manque de projet clair dans notre secteur d’activités et que les décisions concernant les moyens accordés aux uns et aux autres ont le devoir d’être plus explicites. N’oublions pas l’assèchement grave du financement des politiques éducatives et toutes les amputations budgétaires qui fragilisent la création.
Ne faisons pas perdre à ces revendications légitimes et communes, leur force et leur pertinence en les enfermant dans un débat « de chapelle » qui pourrait laisser penser que les acquis des uns se font au détriment des avantages des autres. Les conditions de l’exercice de notre art sont tellement difficiles pour tous, tout genres confondus, que ce type de polémique risque plus de nuire que de servir. Réclamons plutôt une lisibilité dans les décisions, une transparence dans les choix et un soutien affirmé à la création. Loin de défendre des avantages acquis, nous sommes avant tout au service du public et nous voulons justement qu’il soit fait un usage clair de l’argent public.
Futurs Composés - Réseau national de la création musicale -
contact(at)futurscomposes(p)com
www.futurscomposes.com
Voir en ligne : http://www.territoire3.org
ça a été dit par Monsieur Varese dans les années 20...
comme quoi le monde en se réinventant ne cesse de devenir vieux.. je voulais réagir, à l’instar de pas mal de musiciens, savants ou populaires, dotés (ou pas) de complexes de supériorité" (ou pas) à la fameuse première lettre des musiciens "en vrac", lettre malheureuse, insipide, "ignoreuse" et quasi-vulgaire...mais nous avons d’autres choses à faire que de se prendre pour Voltaire !
Donc pas de (petite) polémique créée par un (petit) milieu pour un (petit) sujet...l’état se désengage de partout, et je nous aurais tellement préféré unis à l’heure ou il est si impérieux de l’être...(au delà de la musique itou : éducation, santé etc)
Que suis-je de toute façon ? un compositeur de musique "contemporaine", d’"aujourd’hui" ? un musicien ? poly-instrumentiste ? un dj-rockeur-slammeur-soundpainter... ? un féru de musique qui vend ou qui vomit sur le circuit commercial ? Qu’elle soit subventionné ou vendue, ne suis-je pas payé pour l’écrire et la transmettre ? QUI DONNE VRAIMENT ? OU SONT LES BÉNÉVOLES ????
moi qui travaille régulièrement avec la "France d’en bas", lors de résidences, de concerts et d’ateliers -résidence d’ailleurs, c’est plus sympa que "pension" non ?- y compris dans des lieux plutôt prestigieux, je croise tout les jours une France qui cherche à tisser-métisser du lien par l’art et la culture, essayant de monter l’échelle de Jacob qui me permettrait de partager avec un plus grand nombre avoué le fruit d’un travail sans compromis... Je suis donc de ces compositeurs heureux de voir des "corps étrangers" investir les grands palais de cette antre à Culture qu’est Médicis, à l’heure où un certain "formatage"de la contemporaine habitué à ses entrées (et sans contrôle d’huissier) commence à avoir le pouls proche de zéro...
FIRST WE TAKE MANHATTAN, THEN WE TAKE BERLIN (L.Cohen)
Cette querelle DE bouffons nous apprend peut-être, comme nous nous le disions hier avec Joêlle Léandre, que ces dogmes sont en train de voler en éclats, que le "contemporain" et l’ "actuel" nous annoncent par dépêche qu’ils viennent de fusionner, mots qui ne sont que des mots pour traduire d’excitants éclatements du présent...
Alors, ce n’est pas tellement pour les personnalités intrinsèques ou les projets de Claire Diterzi ou celui de Malik/Nouno que je suis heureux de signer cette lettre dont je vous remercie (car n’oublions pas que le fabuleux Magic Malik a été écorché "tout seul tout nu" alors qu’il est en binôme avec un "sacré" et "sérieux" musicien), c’est pour son ouverture, la diversité de ses signatures, le futur sans peur dont elle est la promesse, dans un monde qui est celui que je côtoie un peu partout où je travaille et j’évolue, les autres se réveilleront en sueur... (enfin, un salut amical à Geoffroy Drouin que je n’ai pas vu depuis très très très longtemps et qui a été sélectionné en douceur !)
Jonathan Pontier musicien contemporain, actuel, et vice versa. jonpontier@gmail.com
Voir en ligne : http://www.jpontier.com //// http:/...
vraiment dégoût ce soir...
Le Monde donne tout un quart de page à la pétition de messieurs les notables, ne fait pas une seule allusion à la lettre ci-dessus et ses signataires, et incite ce pauvre Hugues Dufour à en rajouter une couche dans la provocation :
ce que j’en pense
l’article du Monde
et LA déclaration qui fait déborder le vase :
"À quand les peintres et caricaturistes de la butte Montmartre, de la Côte d’Azur et de la place Beaubourg à la Villa Médicis ?"
quand on tombe si bas moi j’arrête la discussion – ou alors le Monde n’a fait que tendre un piège à ce monsieur Dufour très dépassé, juste pour attiser la misère... en tout cas, ce soir, ce journal n’en sort pas grandi
Voir en ligne : Malik Mezzadri caricaturiste de la butte Montmartre ?
Je signe et je vous soutiens ,
(je n’ai pas trouvé de lien autre que celui la pour le faire)
François RAULIN Musicien
Je soutiens évidemment cette pétition , mais je n’arrive pas à trouver le lien pour que mon nom y soit inscrit.... Les propos de l’ "autre" petition est un amas d’ignorance et d’arrogance , incroyable que ça existe encore en 2010 . Je suppose que pour ces gens là , des Duke Ellington , Beatles ou Antonio Carlos Jobim sont des rigolos. Quelle bêtise , quelle surdité !
Baptiste TROTIGNON , pianiste,compositeur,improvisateur
Merci Baptiste pour votre soutien,
1. pour apparaître parmi les signataires, la procédure « normale » c’était de m’envoyer un mail (mais ça y est, je vous ai rajouté) ;
2. je crois que « ces gens-là » ont, pour la plupart, surtout été incroyablement maladroits, cf. toute la discussion en commentaires sur leur blog... Comme le disait FB au même endroit : « cette discussion a rattrapé déjà ce qu’il y avait d’inacceptable dans la “pétition” initiale » — tant mieux donc si la débat avance, et qu’en partie il s’apaise. Dommage que tout ce gâchis pour en arriver là, tout le monde se serait bien passé de tout ça. Dommage aussi que certains autres jettent huile sur feu et en rajoutent encore — on se dit qu’ils auraient mieux à faire, à l’Académie des Beaux-Arts... Pas grave, ce qui compte c’est tous ceux avec qui on se retrouve sur l’essentiel, ne serait-ce qu’après débat, ce serait juste mieux si on avait pu se le dire d’emblée.
Lisez mon message tout de même ; je le recopie :
J’avoue ne pas regretter d’avoir signé la première pétition, bien que pas entièrement d’accord avec le fond de son contenu, ce que je ne peux accepter est que l’on mette sur le même niveau disons la musique de Grisey et celle de Diterzy. Pour moi cela n’a rien à voir avec les genres, mais avec la qualité intrinsèque des oeuvres. Pour mémoire, je rappelle que Hugues Dufourt a le plus grand respect pour Duke Elington ou le Pink Floyd. Pour moi, de nombreux compositeurs de musique dite savante n’apportent pas toujours des réponses intéressantes aux questions fondamentales concernant l’évolution de l’art musical, et font preuve plus d’imitation que d’invention ; d’autre part en musique dite populaire, une vraie recherche musicale, limitée certes mais originale, se développe parfois, et elle est à encourager, je pense à un groupe comme Dupain par exemple. Voir en ligne :
Voir en ligne : Dupain - Feniant ("il ne faut pas perdre sa vie à la gagner")
C’est incroyable le nombre de fautes d’orthographe sur son nom dont est victime Claire Diterzi (de son vrai nom Claire Touzi Dit Terzi). A défaut de l’écouter, n’écorchez pas son nom...
La musique n’est pas une question de niveau. Savoir écrire une mélodie qui touche le public n’est pas une facilité. Savoir le faire danser ne l’est pas moins. Écrire des paroles pertinentes est également une gageure. Imaginer de nouveaux timbres, inventer de nouveaux instruments n’ a jamais été simple dans le sérail de la musique classique. Nombreuses révolutions récentes ont souvent été apportées par des musiciens contemporains (de leur temps) qui n’avaient pas suivi la filière officielle (musiques traditionnelles, free jazz, rock, libre improvisation, etc.) ou par l’industrie qui n’a rien à envier au système d’aides prodiguées par l’État (guitare électrique, synthétiseur, home studio, systèmes d’amplification, etc.).
Certains citaient les noms de Varèse, Ellington, Zappa, les Beatles, Jobim, mais il faudrait rappeler Berlioz, Satie, Charles Ives et bien d’autres qui ont dû se battre contre les préjugés de leurs confrères. Dans le désordre, j’ai une pensée émue pour Albert Ayler, Charlie Mingus, Sun Ra, Ornette Coleman, Roland Kirk, Colette Magny, l’Art Ensemble of Chicago, Conlon Nancarrow, Harry Partch, Captain Beefheart, Fausto Romitelli, Michel Magne, Betty Davis, Giovanna Marini, Scott Walker, pour ne citer que quelques musiciens et musiciennes... Il y en a des centaines d’autres. Le temps leur rend souvent justice, mais l’indépendance de nombre d’entre eux fut souvent cher payée. La création et l’invention ne sont pas l’apanage des bons élèves.
Salut et fraternité, Jean-Jacques Birgé
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
Comme vous le savez, je n’ai pas signé "l’autre pétition", car si l’inquiétude est réelle et la plupart des propos vrais, certains termes pouvaient se retourner contre elle (je n’ai aimé ni l’amalgame des "deux autres candidats", ni le terme "la musique contemporaine").
Je n’ai pas non plus signé votre "tribune", car je ne la trouve pas beaucoup plus nuancée, contrairement à ce que vous dites, en vous positionnant vous aussi sur des questions de style "musiques actuelles", alors que nous devons défendre impartialement les musiques qui renouvellent les langages, et ne pas défendre par principe "les musiques actuelles", et surtout les mauvaises musiques, ou celles qui n’apportent rien (même si les paroles ont de la valeur -dans ce cas ils doivent rentrer en tant qu’écrivains). Vous insistez qu’il s’agit d’une tribune, mais la faites signer, et encouragez le maximum de signatures. De plus, la plupart des commentaires, celles de l’auteur également, se positionnent contre la première pétition, titillant systématiquement les petites erreurs des commentaires de l’autre pétition, et finalement créant un débat pesant et contreproductif. N’hésitez pas à lire les commentaires de personnes comme Patrice Caratini ou Frédéric Maintenant, bien ancrés dans les musiques "non-contemporaines", et qui ont pourtant signé la pétition. N’hésitez pas à comprendre calmement, maintenant que le débat s’apaise, les arguments des uns et des autres.
Quelques faits pour nuancer :
Il y a eu vice de forme évident dans le concours d’entrée, puisque comme le rappelle Philippe Hurel, seul un des candidats proposés par les rapporteurs musique, tous experts, a été retenu par le jury qui a fait rentrer par la petite porte deux autres dossiers, alors qu’il n’y avait aucun musicien dans le jury (seulement un producteur culturel). Ce dédain pour les musiciens, pour les rapporteurs, reste inadmissible. Vous avez raison de le rappeler, celà aurait du apparaitre plus clairement dans la pétition. Mais la colère est juste.
La plupart des compositeurs dit de "musique contemporaine", notamment ceux ayant signé l’autre pétition, sont issus de "musiques actuelles" : ils viennent du rock, du jazz, et ont fait la démarche "d’aller plus loin". Je viens moi même du jazz, continue parfois d’avoir de belles surprises pour ce qui s’y fait (le dernier album de Marc Ducret, Steve Lehmann, etc..), mais ai fait plus de découvertes fascinantes, objectivement, ces dernières années, dans les concerts de "musiques d’aujourd’hui". Et il y a certainement meilleure connaissance des musiques actuelles et du jazz chez ces compositeurs, que des musiques expérimentales électroniques et écrites chez les musiciens de musique actuelle (généralement, et je le vois à NY, où j’enseigne, c’est une rencontre hasardeuse avec ces musiques plus "savantes", comme ce fut mon cas, jeune jazzmann, en prenant Darmstadt pour un stage d’allemand, qui provoque chez mes étudiants souvent issus du rock, de la techno, ou du jazz, ce "transfert" irréversible). Je vous encourage donc fortement à découvrir, pour ceux qui ne les connaissent pas, les musiques de Ligeti, puis Gérard Grisey, Beat Furrer, Helmut Lachenmann, Bernard Parmegiani, etc..
Enfin, et ainsi je crois mieux comprendre l’inquiétude de la plupart des compositeurs de musique "écrite" : il n’y a aujourd’hui, pour ceux qui écrivent et n’interprètent pas, pratiquement aucun moyen de subsister de son écriture. Ils sont loin de la vie "bourgeoise" que certains décrivent. La plupart ont d’autres métiers. Il n’existe pas de statut social pour le compositeur (ou pour l’écrivain). Ils ne peuvent être intermittents. Les droits sacem ne dépassent pas quelques centaines d’Euro par an, et les diffusions radio rares. Ils ne sont pas payés pour les temps de répétition ou lorsqu’ils présentent en conférence leurs musiques. Nous sommes dans une ère où le divertissement, la médiatisation, et la présence sur scène ont plus de valeurs que l’écriture et la réflexion (voir les programmes métant en gros les noms des interprètes, et oubliant les compositeurs, particulièrement en classique, mais aussi en pop, jazz, etc.). Bref, les résidences sont l’un des rares moments où nous pouvons être payés et enfin nous consacrer à notre travail, pour un an seulement. Et avant, comme après, comme l’ont connu la plupart des compositeurs signataires, c’est à nouveau la galère.
Merci de prendre en compte ce dernier point avant d’attaquer violamment l’autre pétition.
Fabien Lévy
Deux des signataires de cette tribune se trouvent également être signataires de la première pétition. Pour l’intelligence du débat et la clarté de leur position, je recopie ici les messages que l’un et l’autre m’ont envoyé (avec leur accord, cela va de soi), ainsi que la réponse que je leur ai faite. Voici donc le premier de ces échanges :
Eryck Abecassis, le 11 juin à 15h01 :
Cher Benjamin
j’ai signé la pétition de Musique vrac, mais je voudrais aussi signer "également" si vous n’y voyez pas d’inconvénient votre lettre de soutien.
Je suis absolument persuadé que cette ouverture soudaine de la villa Médicis est le résultat d’un calcul, s’il n’en avait pas été autrement les politiques auraient pris le temps de mettre un place une commission adéquat pour juger des dossiers des diverses musiques — j’ai toujours trouvé suspect les musiciens contemporains qui jugent le rock avec les codes de la musique classique et donc l’inverse me paraît tout autant inepte. Sans compter que je suis même pas sûr que la Villa soit pertinente même pour des compositeurs comme Nouno, Diterzi ou Malik car je ne pense pas que leur studio électroacoustique soit très pointu.
Il est difficile d’accepter ce que j’appelle un fait de prince brutal comme celui-ci : On met en place tout un dispositif de résidences etc... et puis on s’assoit dessus ! comme ça
Bref, ce que je voudrais moi c’est que d’abord on réfléchisse à la structure d’accueil et qu’ensuite on accueil,
ce que n’ont pas fait les politiques, et pour cause, à terme ils n’accueilleront peut-être plus du tout, ou alors en mélangeant tout—ça s’appelle culture (qui n’a rien à voir avec l’art au passage), ou pire culture et communication.
Et puis je veut aussi signer votre lettre car cette petite bagarre me fait mal et qu’elle ne s’est fondée que sur un geste très maladroit il faut dire, et non sur une réalité je suis moi même à traverser sans cesse plusieurs langages, expérimentaux, contemporain, noise
par choix, par destin, par une vie musicale tortueuse mais toujours assumée.
réponse, B.R., 11 juin à 15h39
cher Eryck,
merci de ces éléments d’info. Cette petite guerre nous fait mal à tous, et c’est pour dire cela que nous avons pris la plume. Je ne vois aucun inconvénient à votre signature, votre signature « également » — au contraire, je les voudrais plus nombreuses, ces double-signatures : cela permettrait de dissiper les malentendus et les maladresses de la première pétition. On sortirait du camp contre camp. Je reste convaincu que beaucoup ne visaient pas à mal, le dialogue qui s’est instauré dans les commentaires du blog « musique en vrac » en est la preuve, je veux le croire. Cela ne veut pas dire qu’on est tous tombés d’accord, ça veut juste dire qu’on peut se parler les uns aux autres dans le respect et dans l’écoute : immense pas en avant !
pour (ne pas) vous répondre sur l’autre point : je n’en sais rien, fait du prince ou pas fait du prince, ce n’est pas sur cela que nous avons réagi. Il est évident que de telles nominations sont aussi « politiques », mais elles l’ont toujours été, non ? En matière de lobbying politique et institutionnel, la musique contemporaine n’a jamais été en reste, c’est un fait, je le constate, et à vrai dire je m’en fiche un peu. En matière de soutien public, la musique contemporaine a eu sa part depuis cinquante ou soixante ans, et c’est une très bonne chose : bien sûr, que c’est une musique fragile, fragile si elle ne reçoit pas de soutiens publics. Depuis en gros Jack Lang et les années 80, d’autres musiques ont pu, progressivement, commencer à en profiter. Pour certaines musiques, c’était nécessité vitale : fragiles, elles aussi. Pour d’autres, il faudrait y réfléchir. Où faut-il placer le ou les curseurs ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas de chiffres précis en main. Mais qui plus est, ce n’est pas la seule chose importante. Car vous avez raison, il n’y a pas que la question des curseurs : quel lieu d’accueil est propice à quoi, que reste-t-il à inventer, etc. ? La période actuelle est dure pour tout le monde. Il y en aura bien, devant nous, des débats, des engueulades aussi peut-être, nous en connaîtrons d’autres... J’espère que les gens raisonnables comme vous l’êtes seront alors nombreux : comme ça, on aura une chance d’avancer.
Merci encore pour le dialogue, je rajoute votre signature à la liste...
benjamin
Voici donc le second échange :
Frédéric Voisin, le 12 juin à 13h39 :
Cher Benjamin Renaud,
je crois comprendre sur la page de votre petition de "Soutien à la création musicale : oui ! et sous toutes ses formes…" qu’il convenait de vous ecrire pour la signer...
Ce que je fait donc par ce mail - s’il m’est permis - sachant que j’ai déjà signé la lettre ouverte de Musiques en vrac (l’une est-elle la contre)petition de l’autre ?), certe maladroite mais qui avait le mérite de lancer le débat sur ce sujet sensible, passionnel, où un certain recul n’est jamais acquis, et que celui-ci peut être aussi politique.
Ces deux pétitions me semblent donc assez complémentaires et aller dans le même sens (exigence musicale), mes arguments étant proches de ceux de Fabien Levy, Frédéric Maintenant, Futurs Composés...
Merci, Bien cordialement,
Frederic Voisin
réponse, B.R., le 12 juin à 15h08 :
cher Frédéric,
je vous rajoute avec grand plaisir, et vous serez ainsi le second à signer les deux textes...
Par ailleurs, permettez-vous que je recopie votre mail en commentaire sur mon site ? Cela permettra de redire — une fois de plus — qu’il ne s’agit pas d’une contre-pétition. Et cela même si, de fait, nous avons voulu « répondre » à certains aspects de l’autre texte qui nous paraissaient, disons le ainsi, « mal formulés »...
J’attends bien évidemment votre accord explicite pour le faire.
bien à vous
benjamin
extrait de la réponse suivante, Frédéric Voisin, 12 juin à 15h50 :
(…)
S’il vous plaît je suis d’accord pour que vous recopiez mon mail en commentaire, mail où je regrettai seulement d’avoir oublié de mentionner aussi les arguments de Daniel Ciampolini notamment (dans les commentaire de la lettre de musiques en vrac), arguments que je partage également - en partie, où l’on peut voir que le vieux débat "arts mineurs" - "arts majeurs" commence enfin a dater, même à la nouvelle sauce ?
(…)
Je ne signerai pas votre pétition tout simplement parceque elle fait réference aux travail des candidats elus que je ne connais pas. Pour moi là question n’est pas là. Mais je suis d’accord sur le fond. Je viens de publier sur le blog "musiques en vrac" le commentaire que je reproduis ici :
Une bonne partie du milieu de la musique dite "contemporaine" se plaint de voir s’amoindrir ses quelques privilèges aux profits d’autres musiciens et d’autres musiques. Je crois qu’il a tort. C’est une position indéfendable et qui laisse même transparaître une certaine arrogance. Bien qu’appartenant à ce même milieu, il m’est impossible de penser qu’ avoir étudié au conservatoire, pratiquer l’écriture, se réclamer de la tradition savante (parfois sans en être à la hauteur) est en soi un gage de qualité et de sérieux. Malheureusement dans les faits cela peut même être le contraire et l’on peut assister alors au spectacle d’une musique "contemporaine" aussi prétentieuse que creuse, peu inventive et banale. En rétablissant assez grossièrement l’ancien clivage et la vielle hiérarchie entre "art noble" et "art pour le peuple" (aujourd’hui devenu masse) cette réaction de lèse majesté m’étonne : je la sens fortement passéiste. C’est le contraire de l’ouverture d’esprit qu’on est en droit de s’attendre de la part des compositeurs. Mais il m’importe surtout de souligner une question de fond qui émerge de tout cela. Celle de l’autonomie et de l’indépendance qui est consubstantielle à l’artiste et qui lui est indispensable. Un véritable artiste est un scandale pour la société. Je ne suis pas le premier à le dire, Pasolini l’a fait avant moi et il ne pensait pas qu’à lui-même. Si telle est la situation de tout artiste sincère, qui va au fond de sa propre pensée et en tire toutes les conséquences, je ne vois pas comment celui-ci pourrait réclamer l’aide de l’état, qui est une structure de pouvoir. Je suis, bien sûr, moi aussi contre le libéralisme sauvage de notre époque, contre la société de consommation qui privilégie les valeurs monétaires et la rentabilité immédiate et qui transforme la culture en produit. Mais je refuse de me mettre du coté de l’état, je n’attends rien de sa part et je suis contre l’idée illusoire, paternaliste et suffocante de l’état-mécène. Et si désormais l’état se range un peu plus du coté du libéralisme et de la société du profit, il n’y a là rien de plus normal. D’ailleurs il ne s’intéresse aux expressions de la culture que de manière superficielle et quand cela lui est utile pour redorer son image. Le pouvoir d’aujourd’hui n’a pas d’autres ambitions qu’économiques. Inutile de crier au scandale. Les artistes doivent être courageux et généreux, ils doivent chercher (collectivement ou individuellement) leur propre voie de survie, leurs propres espaces d’expression. C’est là que se trouve pour moi la vraie question d’aujourd’hui, de demain et de toujours.
Giuliano d’Angiolini, compositeur (malgré tout).
suite à un petit bug technique, Frédéric Voisin me demande de publier le commentaire suivant... :
Je rebondi sur le commentaire de Giuliano, c’est curieux comme malgré des affinités indéniables, des arguments qui me semblent assez proches - d’en avoir discuté avec quelques amis, collègues, connaissances, ou lu leurs commentaires, amènent à des actes opposés (signer ou pas). Ne serait-ce pas que les arguments - critères - ne sont pas assez développés, les catégories (classes, styles, chapelles...) mal définis, voir même la nature du problème ?
Il me semble qu’il pourrait être utile d’aborder la question du point de vue de la fonction : à quoi sert LA musique et comment ?
Quand Giuliano dit que "il [l’Etat - c’est à dire nous] ne s’intéresse aux expressions de la culture que de manière superficielle", n’est-ce pas que ces (multiples) expressions sont désormais considérées globalement, c’est à dire de manère indistincte ?
Cette confusion me rappelle étrangement le constat de certains ethnomusicologues qui voient disparaitre nombre de répertoires (et donc de fonctions vitales à une société), répertoires disparaissant au profit d’un unique répertoire de divertissement ? Certains parlerons d’acculturation, surtout lorsque la transformation des sociétés va vers un enrichissement et une diversifications des traditions. Mais il peut aussi s’agir de déculturation, lorsque que les traditions sont appauvries, oubliées, perdues...
Pour revenir à la Villa, est-ce bien la fonction de l’Etat (nous) de promouvoir à ce point la musique de divertissement déjà fortement promue et médiatisée, telle qu’elle semble parfaitement représentée par Diterzi ?
Et, si à l’inverse, la plupart des musiciens peuvent s’entendre que le travail musical et d’invention de Mezzadri et Nouno représente une tradition émergente et peut-être futuriste, est-ce prudent de la part de l’Etat (nous) de mettre ainsi en concurrence répertoire de divertissement avec ceux nécessairement "minoritaires" et indispensables à notre sur-vie ?
Et, surtout, de faire passer l’un pour et par l’autre ?
Ce d’un point de vue (ethno-)musicologique que je suis prêt à discuter...
Frédéric Voisin
Juste une chose, cher Fréderic. Que l’état c’est "nous" je n’y crois pas une séconde. Je n’apprend rien à personne si je dis qu’il s’agit d’une structure de pouvoir au service d’intérêts particuliers. Même si dans une societé démocratique les choses semblent être plus éstompées et tant bien que mal d’autres intérêts peuvent être pris en compte par lui. Mais sur le fond on ne reussira pas à sensibiliser nos états ultra-libérales à l’art et à la culture Ceci etant dit, je n’ai pas de solutions claires à proposer et c’est bien le drame de notre époque. Amitiés à tous,
Giuliano
cher Frédéric, je valide votre commentaire, parce que je sais que vous ne visiez pas à mal ; j’encourage cependant tout un chacun à éviter les « attaques » ad hominem (même quand elles sont, comme ici, ni trop injurieuses, ni trop méchantes). Nous avons su éviter jusqu’ici, sur ce site tout du moins, que le débat ne revienne à ce genres de considérations, je suis sûr que nous avons bien d’autres choses plus passionnantes à débattre.
bien amicalement
benjamin
Cher Benjamin,
merci d’avoir posté mon commentaire avec vos réserves. En effet, dans mon esprit, il ne s’agit pas pour moi de contester les qualités de la personne que je cite mais discuter, comme chacun ici, le jugement dont elle fait l’objet avec ses co-pensionnaires et dont il est bien difficile de connaître tous les tenants et aboutissants. Autrement dit, je soutiens seulement qu’on peut être une personne de qualité et ne pas être à la "bonne" place. Mais bien sûr, si le lieu change... la question pourrait être alors : ce lieu - la Villa Medicis - doit il changer et pourquoi ? Ce qui ramène le débat aux fonctions de l’art dans une société, quelles fonctions convient-il de promouvoir tout particulièrement aujourd’hui dans ce contexte mondialisé ? Le divertissement ?
Cher Éric Tissier,
merci pour ces infos : je suppose que votre thèse n’est pas entièrement consacrée aux nominations à la Villa, n’est-ce pas ? Dès lors, s’il s’agit de 10 ou 15 pages (plus ? moins ?), et si ça peut apporter des éléments supplémentaires, croyez-vous qu’il serait envisageable de faire un petit pdf avec le chapitre correspondant, et le rendre disponible ici (m’envoyer message perso : benjamin*AT*tache-aveugle.net), pour l’intelligence et la clarté du débat ? (Si votre éditeur est ok, naturellement.) Par ailleurs, pourriez-vous nous indiquer si le rapport du sénateur UMP Yann Gaillard est disponible quelque part, et en indiquer les références en ligne ?
Je ne connais pour ma part, de ce rapport, que la seule phrase suivante, dont la bienveillance n’échappera à personne... : « Voilà une académie qui n’a plus de tradition à transmettre, qui groupe des lauréats sans aucun centre d’intérêt commun (...). Qui invite, aux frais de la République, des artistes – au sens le plus large du terme – dans une capitale qui n’est plus, et depuis longtemps, un centre important de création, même à l’échelle de l’Italie. » (cité par Adrien Gouteyron, sénateur UMP, article « À quoi sert la Villa Médicis ? », Le Monde daté du 4 avril 2008) — Pour ceux que ça intéresse, François Bon (écrivain, ancien pensionnaire, et parmi les tout premiers signataires de cette tribune) avait répondu à l’article de M. le sénateur UMP Adrien Gouteyron par le billet suivant : À quoi sert la villa médicis ?... à faire autre chose que sénateur dans la vie. Je serais pour ma part assez curieux de voir quelle analyse vous faites des rapports impartiaux et éclairés de messieurs les sénateurs UMP... — je dis ça sans rire, vraiment, suis curieux !
bien cordialement,
Benjamin
Suite aux deux commentaires ci-dessus, Éric Tissier m’a envoyé la réponse suivante, qu’il m’a autorisé à rendre publique (ce que je fais donc, avec la suite de l’échange) :
Éric Tissier, le 15 juin à 16h05 :
Cher M. Renaud,
Merci de votre réponse. Le rapport de Monsieur Yann Gaillard s’intitule Rapport d’information n°274 fait au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation à la suite d’une mission de contrôle effectué à l’académie de France à Rome, 2001. Vous pouvez le consulter sur le site du Sénat à l’adresse suivante : http://www.senat.fr/rap/r00-274/r00...
Je vous laisse la liberté de le lire et de le critiquer.
En ce qui me concerne, j’y ai trouvé beaucoup d’informations notamment sur les conditions de nomination des pensionnaires qui posaient déjà problème en 2001 que j’ai analysées (pp.114 à 116 de mon livre) dans un chapitre plus vaste consacré au jugement des pairs.
Il ressort de ce rapport un avis que je partage à savoir qu’il est très difficile de définir des critères musicaux objectifs. Et c’est bien ce qui provoque la polémique d’aujourd’hui. Tant qu’on choisit des candidats dans le champ de la musique contemporaine, il n’y a pas de problème et on ne se pose pas la question des critères puisqu’ils sont admis par tous. Par contre, l’idée même de choisir un candidat extérieur au champ remet en cause les principes même de fonctionnement de ce champ définit par Pierre Bourdieu comme "l’espace des relations objectives dont la loi fondamentale est la lutte interne pour la définition même de la légitimité artistique" (Les règles de l’art, p.298).
Je ne suis donc pas surpris des réactions des uns et des autres. J’espère seulement que ce débat d’idées fera avancer les choses à l’instar des différentes polémiques qui ont émaillé l’histoire de la musique. Aussi, j’aimerai rebondir au-delà des discussions stériles sur le choix de ces deux musiciens de musique "non-savante" (mais le jazz ne peut-il pas être savant ?) pour reposer ma question ouverte en forme de sondage :
Que représente la Villa Médicis, aujourd’hui ?
Bien à vous
Éric Tissier
P.S. : Je ne souhaite pas publier d’extraits de mon livre. Il faut bien que mon courageux éditeur vive aussi.
B.R., le 15 juin à 16h23 :
Cher M. Tissier,
merci de votre réponse — voulez-vous que je la publie en commentaire sur le site ? (Je ne voudrais pas laisser croire que vous ne m’avez pas répondu... Qui plus est, ça peut intéresser des gens, vous ne croyez pas ? Votre position de sociologue apporte un éclairage nécessaire au débat — je trouve.)
Par ailleurs, pour éviter tout malentendu : la petite pointe ironique que je laissais poindre à l’égard de « messieurs les sénateurs UMP » ne s’adressait en aucune façon à votre travail. Et je suis, bien évidemment, persuadé que le rapport de Yann Gaillard a plus d’intérêt que les deux seules phrases qu’en retient ce pauvre Adrien Gouteyron.
D’autre part, je comprends bien votre position, et je salue votre probité à l’égard de votre éditeur. Mais par ailleurs, vous êtes chercheur comme moi, vous savez qu’on se ruine tous en livres, et on ne peut pas acheter toutes les sorties de l’Harmattan. Il en va de même, à plus forte raison, pour les musiciens et compositeurs qui, tous « styles » confondus, ne roulent pas sur l’or (on l’aura bien compris, finalement, à force de se parler...).
Si nous en avions eu le temps, nous aurions pu poursuivre sur une discussion critique au sujet du nécessaire concept bourdivin de « champ », auquel vous vous référez. Mais ce sera, sans doute, pour une autre foi.
Enfin, quant à la question qui vous préoccupe, sur ce que reprèsente la Villa aujourd’hui : ce n’est pas à moi d’y répondre, mais le débat est lancé...
bien à vous,
Benjamin
p.-s. : rassurez-vous néanmoins, l’Harmattan vit très bien... Ce qui est d’ailleurs peut-être une très bonne nouvelle, quoique pas si nouvelle, pour le monde académique, en sciences humaines notamment.
p.-s. 2 : vraiment, je serais ravi de publier cet échange. Mais j’attends votre accord explicite, évidemment.
Éric Tissier, le 15 juin à 17h53 :
Je suis d’accord pour la publication de ma réponse.
Je vous transmets également un pdf d’un court extrait de mon livre.
Je vous laisse juge de le publier également. Cependant, j’avise le lecteur sur le fait qu’il s’agit d’un passage d’une analyse bien plus vaste qui aborde aussi le mode d’entrée à l’Académie des beaux-arts ainsi que l’attribution des commandes.
Je vous encourage donc vivement à lire la suite...
Musicalement.
Cher Cédric,
si vous avez bien suivi le débat, sur ce site ou sur l’autre, vous aurez peut-être compris que, au final, il n’y a pas grand-monde, de part et d’autre (à supposer qu’on sache faire un partage), qui « pète dans la soie », comme vous dites...
bien amicalement
Benjamin
Ce serait en effet intéressant de pouvoir faire l’historique des « polémiques » que la Villa a connues, à mesure que son champ de recrutement s’élargissait. Une des dates marquantes de cette histoire est bien entendue la réforme Balthus-Malraux, au cours des années 1960 (qui aboutit au décret de 1971). J’ai cru comprendre que l’entrée des cinéastes, en particulier, n’avait pas été sans quelques heurts (« art à vocation commerciale », « divertissement », etc.) — j’ai demandé des précisions à deux collègues universitaires travaillant sur le cinéma (mais pas particulièrement spécialistes de cette période), je vous en ferai part si elles me transmettent des infos plus précises. Et si quelqu’un veut compléter, dans le champ musical ou autre...
(p.-s. : j’allais oublier (alors que Fabien Lévy m’en rappelait l’histoire ce matin-même dans un courriel), autre date-clé, pour ce qui est de la musique tout du moins : les échecs répétés de Ravel à rentrer à la Villa.)
Benjamin : argument un peu de mauvaise fois. L’élimination de Ravel de la Villa est un argument éculé et répété sur les deux sites pour ceux qui veulent montrer qu’il y a eu de nombreuses erreurs dans l’histoire de la Villa. Certes,il y en a eu beaucoup, mais mon email privé tentait à vous montrer que dans le cas Ravel, cela avait fait scandale, et qu’il existe tout de meme des critères plus ou moins objectifs pour voir si une musique est ou non intéressante (je fais beaucoup, beaucoup de jurys de compositionm et dans des styles parfois divers). Justement, c’est de la musique de nos candidats cette année qu’il faudrait parler, et non de style, et on verrait rapidement que l’une d’entre eux n’a visiblement pas été choisi(e)sur ce critère.
En tout cas, prière de ne pas utiliser mon nom en caution pour réaffirmer un cliché mal expliqué.
Je te fais mes excuses, Fabien, dont acte. J’ai en effet été un peu rapide, je n’ai pas expliqué grand-chose (et notamment pas la teneur de notre échange privé, je ne me serais pas permis sans te demander ton accord) et si j’ai cité ton nom, ce n’était pas pour avoir une « caution », mais pour m’acquitter d’une dette, pardon s’il y avait confusion. Par contre, je ne vois pas où est la « mauvaise foi ». Non pas parce que j’en suis incapable, mais parce qu’en cette occurrence précise je n’avançais aucun « argument » : je situais simplement une date au sein d’une « histoire », pour apporter un élément de réponse à Cédric. C’est le sens transparent de ma parenthèse ci-dessus. D’autre part, il est tout à fait vrai que « le cas Ravel », un peu cliché, a été mentionné ici ou là — y compris par moi, je le reconnais et je note cependant, soyons précis : une première fois (dans une réponse (publique) à Clara Maïda), précisément dans ce sens que tu dis « éculé » (mea culpa), une seconde fois (dans un échange privé avec toi), si ma mémoire est bonne, en disant « je ne vais pas vous ressortir le cas Ravel... » (tu vas me répondre que ce n’est là qu’une prétérition : oui, bon, ok, si vraiment tu y tiens, mais enfin...). Mais je maintiens en tout cas que dans le commentaire ci-dessus, le temps d’une parenthèse, ce n’est pas ça que j’avais en tête, précisément parce qu’entre-temps tu m’avais rappelé des éléments dépassant le « cliché », que j’avais trouvés très pertinents (d’où ma volonté de m’acquitter d’une dette, en mentionnant ton nom).
Enfin donc, j’y viens, je suis parfaitement ok avec ce que tu mets en avant, à savoir que les « échecs » répétés de Ravel, en raison même des qualités « objectives »* (et objectivement reconnues) de celui-ci, ont créé scandale. D’où précisément ma mention de ce « cas » emblématique, s’il s’agissait de faire l’histoire des « scandales » qu’a connus la Villa. Je t’invite à relire les commentaires ci-dessus, pour vérifier si ces bafouilles d’excuses empressées tiennent la route. Je t’assure en tout cas de ma bonne foi...
J’espère que, ces précisions apportées, tu t’indigneras un peu moins de ce que j’avais osé mentionner en passant un échange privé, et ton nom, sans ton accord explicite (ce que j’évite de faire, habituellement). Licence que je n’aurais pas dû m’accorder, bien entendu, et pour laquelle je te renouvelle mes excuses.
amicalement,
Benjamin
*(Et donc au passage, oui, l’existence d’une certaine forme d’objectivité, personne n’a jamais pensé à le nier, ou en tout cas pas moi. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas une question très complexe, mais là je ne t’apprends rien. Je ne t’apprends rien non plus, puisque tu es familier de la pensée de Derrida, en disant que n’est pas « relativiste » quiconque pointe du doigt le complexité d’une notion telle que l’objectivité.)
Voir en ligne : Désistement de signataires à la pétition honteuse des Musiciens en vrac
Cher Jean-Jacques
comme vous le savez, la pétition est clôturée et a été remise aux autorités. Le geste performatif de la signature est accompli. Se retirer aujourd’hui n’aurait pas de sens pour les pétitionnaires, sinon d’une dissimulation de ce qu’ils ont précisément accompli. Le débat aura révélé d’intéressants malentendus, y compris de votre côté, qui ne voulez pas voir le légitime point d’angoisse des signataires - seulement des "dénonciateurs". Benjamin Renaud a tenu bon sur un discours "amical mais ferme", et les choses prennent de nouveaux éclairages. Ne jetez pas de l’huile sur le feu dans une compétition au plus "progressiste". La ré-actualisation d’une politique "progressiste", notamment en art, demande en effet de creuser les concepts qui hier encore paraissaient les plus consensuels. Il y a l’ouverture du "style", mais aussi la consistance du "champ", etc., toutes choses qui se traitent actuellement sur ce blog, et m’intéressent en tant que lecteur, musicien, mélomane.
Cordialement
P. Lebrun
Cher Patrice,
je vous rejoins en de nombreux points :
1. l’heure n’est plus à jeter de l’huile sur le feu, le débat semble évoluer vers quelque chose de plus pacifique, de plus constructif, et nous sommes nombreux à nous en réjouir ;
2. ce qui est fait est fait, bien entendu, la pétition est close et envoyée au ministère, et personne ne va s’amuser à renvoyer une petite note au cabinet du ministre pour leur dire : « ah non, finalement, Untel il avait dit ça mais finalement il a décidé de ne plus le dire, etc. » ;
3. il y a en effet un engagement, un « acte performatif » comme vous dites, quand on signe un texte : c’est même ce que je me tue à essayer d’expliquer depuis quelques jours à pas mal de gens...
4. en passant, sur le débat « amical mais ferme » : dans le texte que nous avons signé de « notre » côté (à supposé qu’un tel côté soit identifiable, sa frontière délimitable, etc., mais passons), nous avons évité en effet de parler de « honte », de « dénonciation », etc., non forcément parce ce que nous n’avions rien vu dans le premier texte qui soit, à nos yeux, motif d’indignation légitime (sans quoi nous n’aurions pas pris la plume), mais surtout parce que nous avons estimé que ce n’était pas en en rajoutant sur l’insulte et l’invective qu’on avancerait — et ce, je tiens à le souligner : dès le début, dès le moment où nous sommes intervenus dans ce débat. J’ai personnellement formulé des réserves très claires, très visibles, quand des gens de « notre » côté ont avancé sur cette page des arguments qui me semblaient trop peu conformes à cette « éthique » du débat. Ce que j’ai essayé de faire, autant que j’ai pu, sans censurer l’expression de certaines indignations qui me semblaient, au moins pour une part, très compréhensibles. J’ai apprécié, et salué expressément à plusieurs reprises, la qualité souvent du débat sur le blog musiques-en-vrac. Cette qualité n’a pas été constante, malheureusement, pour ce qui était des commentaires qui accompagnaient certaines signatures de la première pétition (pas toutes, fort heureusement), mais je sais bien que ce n’était pas directement du fait des initiateurs de ladite pétition.
Cela étant dit, pour vous répondre néanmoins sur cette question des « désistements » : dès lors que, pour certains d’entre nous, compte plus le débat actuel que le fait de savoir s’il y a 785 ou 812 signatures sur la pétition telle qu’envoyée au ministère, on ne peut pas tenir pour insignifiant, quant à ce débat, le fait que des compositeurs comme Bernard Cavanna et Jonathan Harvey aient eu le courage d’exprimer, publiquement, des regrets quant à leur première signature, ainsi que les raisons de ces regrets. Pas plus que n’était insignifiant, dès le début, le fait que Philippe Manoury exprime publiquement des réserves très nettes quant à la pétition qu’il signait pourtant. J’ai personnellement écrit à Jonathan Harvey pour le remercier de ce geste d’apaisement ; j’ai également correspondu avec Philippe Manoury, qui m’a confirmé qu’il ne faisait aucun mystère des réserves qu’il formulait quant au texte (et qui m’a autorisé à rendre ceci public, à nouveau public), et ceci bien qu’il ne désire point retirer sa signature. Tout ceci appartient au débat qui nous occupe.
Bref, bref, tout ceci pour dire que je ne tiens pas pour une « dissimulation de ce qu’ils ont accompli » les interventions de Bernard Cavanna et de Jonathan Harvey, bien au contraire. Il en va de même pour les trois personnes (si j’ai bien compté) qui ont signé l’un et l’autre texte, et qui ont accepté d’expliquer publiquement ce double geste, ce double engagement. À tout ce débat public, s’ajoutent les différents échanges « privés » que nous avons été nombreux à avoir, ici ou là : pour tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé, nous sommes loin d’en avoir fini et, pour citer justement une de ces correspondances : « j’espère que cette “affaire” ne retombera pas avant qu’ait pu s’engager une réflexion partagée » (phrase qui n’est pas de moi, mais que je contresigne ici-même, du présent commentaire).
bien amicalement à tous,
Benjamin
(suite à une mauvaise manip, j’avais supprimé la réponse de Patrice Lebrun, que je rétablis donc ci-dessous, avec mes excuses... b.r.)
Merci de votre réponse, Benjamin. J’évoquais la "deadline" de la remise de la pétition : le geste est vraiment accompli, l’adresse est lancée et plus personne n’y peut rien. La nuance, la réserve voire le remords (comme celui de Jonathan Harvey) ont tout à fait le droit de s’exprimer, évidemment, mais à mon sens pas par des ajouts ou retraits mécaniques de signatures. C’est cela que je pointais, face à l’appel plus ou moins explicite à la rétractation de JJ Birgé. Défendre l’art exigeant : le geste était noble, on clique. Défendre le pluralisme : ah oui, encore plus noble, on contre-clique. Cela ne me plaît pas. Les deux pétitions (ou tribunes, comme vous voudrez) sont les deux pôles d’un déchirement tragique qui fracture beaucoup d’artistes en eux-mêmes. Il me semble plus intéressant de rendre compte de ce déchirement depuis une position assumée (comme Manoury), que de se rendre irréprochable en cliquant sur tous les liens qui passent. Cordialement P.L.
Le ton de mon article, écrit antérieurement à la publication de la "contre-pétition", celui de mes interventions et de mes commentaires, peuvent paraître extrémistes à certains. Ils ont raison, à quelques nuances près.
Si, jeune homme, j’ai choisi l’expression artistique pour supporter un monde qui ne me plaisait pas, en en imaginant un autre, plus conforme à mes utopies, je n’ai jamais baissé les bras devant les incohérences et les injustices du système qui m’avaient poussé à choisir l’indépendance. Je laisse la diplomatie à d’autres, que j’estime et qui le font très bien.
La pétition que j’ai qualifiée de honteuse et dénonciatrice sous-tend des discours politiques et des agissements qu’il me semble indispensable de combattre. Cela ne m’empêche pas d’apprécier le travail de tous mes congénères, qu’ils soient issus de la musique classique, du jazz, du rock, des musiques traditionnelles, de l’improvisation, de la techno, etc. Tant qu’il y aura de la révolte, il y aura de l’invention, et presque tous et toutes sont des facteurs et des factrices d’imaginaire. Ils et elles nous enchantent ou nous interrogent.
La division n’est pas le fait des signataires de la contre-pétition. Celle-ci n’exprime rien d’autre que la solidarité envers toutes les musiques qui se font aujourd’hui, tant qu’elles ne se contentent pas de seulement reproduire, mais qu’elles apportent chacune une pierre à l’édification d’un monde meilleur, dans le réel comme dans l’imaginaire.
Nombreux signataires de la première pétition ont exprimé un peu trop rapidement leur accord avec un auteur resté toujours anonyme (que je sache). Cette pétition fit un terrible amalgame entre sa critique des pratiques de l’institution qu’elle jugea peu démocratiques et la nature des origines des élus, omettant leurs noms et leur nombre. Une étude sérieuse de son texte permettrait d’en saisir le fond qui hélas va bien au delà de l’anecdote. D’où ma colère, fondamentalement politique, à une époque où l’affirmer est devenu de mauvais goût. Il est ainsi "politiquement incorrect" d’interroger politiquement le système et ses pratiques, de vouloir comprendre les liens qu’entretiennent les différents courants artistiques avec l’état de la société, sa hiérarchie, ses exclusions et ses choix économiques, ses lois et ses usages. J’en veux, par exemple, pour preuve les sociétés d’auteurs qui se sont fourvoyées avec Hadopi dans l’intérêt contraire aux intérêts de leurs membres et de la majorité des citoyens. Il me sera répondu que ce n’est pas le lieu de débattre de tout cela ici. Je le comprends, mais quels sont donc aujourd’hui les endroits où les idées peuvent se confronter ? L’affaire de la Villa Médicis réveille un tant soit peu certaines consciences dans une époque bien molle où la mobilisation est quasi nulle.
Si je suis sincèrement sensible au sujet qui nous rassemble ici, j’avoue avoir choisi cette opportunité pour soulever sérieusement les questions concernant la lutte des classes au sein de la société musicale tous genres confondus, de la place qui y est faite aux femmes, de la présence des membres des récentes immigrations, du choix politique et social que représentent les musiques que nous composons, de leur mode d’écriture jusqu’à leur production et leur diffusion, enfin, toutes sortes de questions légitimes qu’il est de plus en plus difficile de poser publiquement sans risquer de passer pour un dinosaure !
Salut et fraternité, Jean-Jacques Birgé
Voir en ligne : Prétexte
Cher Jean-Jacques,
je ne sais pas si c’est Patrice Lebrun ou moi, le « jeune homme » à qui vous adressez votre réponse. Je ne connais pas l’âge de Patrice Lebrun, et pour ma part, même si je vous trouve un peu flatteur en cela, je n’ai rien contre le fait d’être appelé « jeune homme ».
Bref, tout ça pour (re)dire, au cas où ce dernier commentaire m’était destiné, et pour lever tout malentendu : comme je l’ai très explicitement dit dans ma première réponse à la réponse que Patrice Lebrun vous a faite, j’ai indiqué qu’il y avait bien à mes yeux, dans la première pétition, des « motifs d’indignation légitime », et par ailleurs que je n’avais pas envie de « censurer l’expression de certaines indignations », précisément parce que celles-ci pouvaient me sembler non seulement compréhensibles (tout comme est « compréhensible » le texte de la première pétition), mais plus encore légitimes, quelque réserve que je puisse tenir à formuler ici ou là (et notamment parce que je suis le tenancier du présent espace de discussion, et que c’est à moi de veiller à ce qu’elle continue à bien se passer...), quant à telle ou telle façon d’exprimer cette légitime indignation.
Et puis rassurez-vous, en matière de « propos extrémistes », on a vu bien pire ! Votre sensibilité à ces sujets épineux vous honore, et vous êtes naturellement toujours le bienvenu pour participer au débat.
Donc : salut et fraternité à vous aussi, cher « dinosaure » !
Cher Patrice,
j’avoue ne pas bien comprendre votre reproche, il y a sans doute un malentendu. J’ai très clairement dit, dès le premier commentaire de Jean-Jacques Birgé, qu’il fallait être juste, que jamais les « origines » des uns et des autres n’étaient intervenues dans le débat, et que j’étais fermement convaincu que celles-ci n’avaient joué aucun rôle dans les « motivations inconscientes » des uns et des autres. Je ne vois pas comment j’aurais pu être plus clair. J’ai par ailleurs dit qu’il était en effet légitime, et même important, disons « éthiquement » juste de se préoccuper de racisme, de sexisme, de conflits « de classe », mais qu’il me semblait que c’était un autre débat. Là encore, dites-moi si mes formulations prêtent à la moindre confusion. Si cela devait être le cas, je n’aurai aucun problème à en prendre acte, et à redire très nettement ce que je crois fermement, et que je viens de redire.
Par ailleurs, quant à mon dernier commentaire, je ne crois pas avoir « insinué » quoi que ce soit, parce que ce n’est pas dans mes manières usuelles de faire, l’« insinuation ». Je ne vois pas comment j’aurais pu « insinuer » que telle accusation, grave en effet, de « racisme » pût être légitime, alors même que j’avais explicitement dit le contraire plus tôt. Je vous invite à me relire. Ce que j’ai dit, le plus clairement du monde et sans la moindre insinuation, c’est qu’il me semblait légitime — je maintiens le mot — de trouver motif à s’indigner dans le texte de la première pétition (pourquoi ? eh bien, relisez notre tribune...), et que je trouvais compréhensible que cette indignation en vienne à s’exprimer, chez certains, par des formulations pour lesquelles j’ai par ailleurs de très nettes réserves, pour ne pas dire plus. (J’ai aussi dit que je trouvais compréhensible, pour tout un tas de raisons, que la première pétition ait pu voir le jour, dans la forme qu’elle a connue, alors même que j’ai des réserves notoires à l’égard de celles-ci.) J’ai enfin dit, et je maintiens, qu’il était tout à l’honneur de Jean-Jacques Birgé d’être sensible aux questions de racisme, de sexisme, etc., en général. Et ce, même si je ne partage pas du tout (je l’ai dit, et le redis présentement) son analyse dans le cas précis qui nous occupe.
Je tiens enfin à faire remarquer que, suite aux deux premières réponses que je lui ai faites, Jean-Jacques Birgé a, par deux fois, exprimé des regrets honnêtes quant à la façon dont il avait formulé les choses, sous le coup d’une indignation que je continue de juger légitime, et qu’il a reconnu que le décentrement qu’il proposait du débat n’était pas, pas nécessairement, le bienvenu dans le cadre de ce débat-ci. On aurait aimé en voir d’autres reconnaître aussi clairement leurs « excès », leurs dérapages ou leurs erreurs.
Sur ce, j’espère que le débat, s’il doit se poursuivre, se fera de façon sincère, amicale même si conflictuelle et contradictoire, comme on avait à peu près, jusqu’ici, réussi à ce que cela soit le cas, ici au moins.
bien cordialement à tous,
et surtout bien cordialement à vous Patrice, j’espère que ces explications calment votre colère.
Benjamin
p.-s. : le « médium » ? je ne sais pas, jusqu’ici ça s’est plutôt bien passé, pas trop mal en tout cas, ici au moins, sur cet internet-ci... qui n’est-pas cet internet-là, bien sûr. Je m’y efforce en tout cas, et continuerai de m’y efforcer. Merci à tous de votre aide en ce sens.
Merci, cher Benjamin, vous m’avez parfaitement compris.
J’ai tempéré mon commentaire en vous donnant raison, tout en confiant que j’avais saisi la pétition maladroite comme prétexte à des questions plus graves que nos professions et la société dans laquelle elles s’expriment tentent d’escamoter.
Merci encore pour avoir su me lire malgré mon emportement. La mesure est une convention que j’aime remettre en question ;-)
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
Pardon, ma phrase est ambiguë.
Je suis ce "jeune homme" ou plus exactement, dans le cadre de cette phrase, je le fus ;-)
Je ne m’adressais à quiconque en particulier non plus.
Cordialement,
jjb
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
Je trouve que c’est intellectuellement malhonnête de prétendre que les signataires de la pétition sur « Musiques en vrac » ont donné rapidement leur accord.
1/ L’anonymat est au contraire une qualité et non un défaut de cette pétition. Ainsi, les signataires se prononcent pour un texte et non pour des personnes. Cela devrait être plus souvent le cas en politique... hélas... ! Ils ont adhéré à ce qui était écrit, et les commentaires qu’ils ont ajouté à leurs signatures confirment qu’ils étaient tout à fait renseignés sur le contenu. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ou des naïfs. Vous insultez là 800 et quelques personnes...
2/ Autre mauvaise foi. Vous donnez cet argument inexact : ni les noms, ni le nombre des candidats ne seraient mentionnés ? Curieux. Le lien vers les candidats permet à chacun de se renseigner très vite (un simple clic, qui ne sait pas faire ça, en 2010 ?) non seulement sur leur identité, mais aussi (bien mieux !) sur le type de musique pratiqué. Chacun a donc pu écouter en toute liberté et se faire une idée personnelle.
3/ Vous critiquez les rédacteurs de cette lettre parce qu’ils sont supposés mettre toutes les musiques actuelles dans le même panier. Or, vous faites exactement la même chose en les défendant toutes, sans vous demander si la qualité artistique est ici présente. Pour ma part, si je compare Claire Diterzi à d’autres artistes de chanson ou de rock français, elle est loin d’être parmi les plus intéressants. Honnêtement, que pensez-vous de son travail ? Je serais curieux de connaître votre avis, sincère, hors catégorie de genre musical. Contrairement à ce que vous insinuez sur la prétendue impossibilité de connaître les deux artistes, beaucoup de signataires ont donné leur voix après être allés écouter cette personne sur You Tube ou My Space. Parmi eux, figuraient également des musiciens de musiques actuelles. Un exemple : Michèle Coudriou, l’une des signataires, est la chanteuse de Belladonna 9CH, un groupe de rock alternatif marseillais (rien à voir avec la musique contemporaine et une bourgeoisie élitiste, vous en conviendrez).
4/ Oui à la diversité, mais pour autant, la distinction est pourtant bien nécessaire. Appel à la diversité ne veut pas dire confusion des genres. Egalité des genres musicaux ne veut pas dire similarité. Premier écueil : les critères de sélection ne sont pas du tout les mêmes selon les styles de musique. Les jurys doivent être également distincts. Et les lieux de résidence, eux aussi, doivent être spécifiquement appropriés puisqu’ils ne proposent pas les mêmes possibilités. Autre problème qui s’est présenté ici : il est inadmissible que des dossiers proposés par les rapporteurs (on leur demande un travail de pré-sélection) puissent être écartés arbitrairement par un jury qui imposerait des dossiers qui eux, ne l’étaient pas. Si l’on adopte un tel fonctionnement, pourquoi mettre un jury en place (si ce n‘est pour donner une image factice de respect de la procédure) ? Cela ressemble curieusement à certaines élections africaines qui ne sont organisées que pour masquer à la population (pas dupe, d’ailleurs...) le candidat imposé par le pouvoir en place.
Chère Clara,
je vais tenter d’être le plus bref possible, bien que vous m’accusiez de malhonnêteté intellectuelle, ce qui demanderait à être développé tant dans mon apport à ce débat que dans mes activités depuis si longtemps.
Point par point .
1. Il est de coutume que les initiateurs d’un texte ou d’une pétition les signent, à moins qu’ici ils ne veuillent pas se griller avec l’institution qu’ils critiquent et dont ils croquent allègrement pour certains. C’est une manière inélégante de faire porter le chapeau aux signataires. "Poussez pas, derrière !"
Je n’insulte personne, je me désole, car les quelques signataires de mes amis à qui j’ai exprimé ma surprise m’ont avoué avoir signé sans comprendre de quoi ou de qui il s’agissait vraiment. "Votre" pétition entretient la confusion entre la méthode d’élection et le protectionnisme que nous avons rejeté ici.
2. Je persiste et signe : ni les noms ni le nombre de lauréats ne figurent dans "votre" pétition et quiconque peut le vérifier sur "votre" site. La pétition déposée au Ministère ne connaît pas les liens hypertextes menant pour Claire Diterzi à un clip vidéo sur YouTube et pour Malik Mezzadri à son site MySpace. Quel tact ! De plus, aucun lien ne mène étonnamment à Geoffroy Drouin et Gilbert Nouno. De quelle honnêteté intellectuelle vous réclamez-vous ?
3. Je ne partage pas votre point de vue sur Claire Diterzi sur qui j’avais même écrit un article pour signaler à l’attention de mes lecteurs l’intérêt de son travail. Mais franchement cela n’a pas d’importance. Je ne participe pas à ce débat pour donner des bons points ou des mauvais points aux artistes primés. Les recalés comme les lauréats ont tous des mérites pour se retrouver proposés à la Villa Médicis. Vous citez des noms ou défendez l’anonymat quand cela vous arrange. N’ayant pas participé au jury et n’étant affilié à aucun ministère, je me vois mal donner mon avis sur le sujet. Je me suis seulement insurgé contre la prétention des uns à juger les autres, sous prétexte que leurs travaux faisaient tâche dans ce qu’il est convenu d’appeler "musique contemporaine".
4. Il m’apparaît étrange que nous parlions tous et toutes de projets dont nous ignorons tout. Je serais rassuré de lire ceux des artistes incriminés. Relisez les statuts de la Villa Médicis et dites-nous en quoi ces artistes sont déplacés. Quant à vos allégations africaines, elles rappellent certains propos honteux tenus par un certain président de la république française au début de son mandat. Pensez-vous honnêtement que le pouvoir en place dans notre cher pays ne nomme pas ses sbires à tous les postes importants autant qu’il le peut ? Il n’a pas même pas besoin de s’en cacher ! Après avoir voulu donner des leçons de musique contemporaine à des chercheurs sincères, conscients de leur contemporanéité, vous pensez que nous, Français, sommes en droit de donner des leçons de démocratie aux autres peuples ?
Le débat aura permis que nombre de compositeurs s’expriment et révèlent de quelle idéologie ils procèdent. Nous n’avons pas besoin de solidarité corporatiste, mais de savoir qui sont celles et ceux avec qui nous pourrons avancer. La solidarité est indispensable, mais il est indispensable de savoir pourquoi et pour quoi nous combattons.
Je finirai, en citant Jean Cocteau, artiste encore décrié de nos jours par les tenants du bon goût : "Toute œuvre est une morale".
Voir en ligne : http://www.drame.org/blog
En guise d’épilogue (provisoire ?) :
Cher tous,
depuis une semaine, j’ai reçu de nombreux courriels, cette page a été l’objet de très nombreuses visites, et suite à notre tribune pas moins de 79 commentaires ont été déposés ci-dessus (ce commentaire est le n° 80, j’aime bien les chiffres ronds, c’est une bonne occasion pour finir — j’aime bien aussi les nombres premiers, mais c’est une autre histoire…). Le débat a été vif parfois, mais le plus souvent cordial, ici en tout cas. J’espère qu’il aura été instructif pour ceux qui l’auront suivi (pour moi, en tout cas, certainement). Merci donc à tous ses contributeurs.
Il est temps, je crois, de clore cet espace de commentaires. Non pas pour clore le débat : nous mesurons tous qu’il est nécessaire qu’il se poursuive. Mais parce qu’il doit se poursuivre ailleurs, de façon plus visible, plus organisée, etc. De plus, dès lors que « je » fais aussi partie des acteurs de ce débat, ça ne devrait pas être à moi de devoir en même temps le gérer : c’est beaucoup de travail, valider les commentaires, se débarrasser des quelques spams, censurer les commentaires injurieux (il y en a eu très peu, heureusement), réfléchir longuement si on doit ou non valider tel commentaire qui sort un peu des rails, prendre le temps de répondre précisément pour justement cadrer et éviter les dérapages, etc. Je suis fatigué, j’en ai un peu marre. Avant-hier, le débat semblait se calmer, on avançait. Hier, il s’est de nouveau envenimé un peu : accusations de « malhonnêteté intellectuelle », de « mauvaise foi », d’« insinuations », etc. J’estime que ce ne sont pas des façons saines de débattre, et qu’on peut exprimer un désaccord, réfuter un argument même de façon très nette, sans avoir à taxer son partenaire de débat de quoi que ce soit. J’ai eu parfois moi-même à répondre à ce genre d’« accusations », j’y ai répondu ce que je croyais devoir répondre. Je ne souhaite plus le faire, nous avons tous d’autres choses à faire, et nous pourrions discuter ensemble d’autres choses bien plus passionnantes. (Si l’on me donne des bonnes raisons de rouvrir ces commentaires, je les ouvrirai à nouveau bien sûr : envoyez-moi un courriel, benjamin*at*tache-aveugle*point*net.)
Il y a quelques jours, Clara Maïda a fait une proposition, que personne n’a reprise : nous retrouver tous, tous ceux qui le souhaitent, faire un grand débat avec tout ça, dépasser les malentendus (qui nie qu’il y en a eu, et qu’il y en a encore, de tous côtés ?). Je ne sais pas sous quelle forme de tels « États Généraux », pour reprendre l’expression de Clara, sont faisables, ni à quelle date, mais j’ai indiqué par courriel à Clara que j’étais prêt à la suivre dans une telle initiative, ce que je redis ici publiquement. J’acquiesce, je l’ai déjà dit, à ce principe, que je contresigne ici une fois de plus : j’espère que toute cette « affaire » ne retombera pas avant qu’ait pu s’engager une réflexion partagée.
À bon entendeur… — je suis facilement joignable (tout le monde connaît mon adresse courriel, et vous pouvez par ailleurs me joindre sur ce site), à vous de vous saisir des propositions qui vous sont faites, si vous le jugez utile. Au plaisir de vous relire tous bientôt.
Benjamin
cela devait bien arriver : je rajoute un dernier commentaire, parce que Guillaume Bourgogne (signataire de la première pétition) avait déjà rédigé une longue « réponse » à un éditorial de Pascal Derathé, et qu’il eût été dommage qu’elle se perde. Ci-dessous, donc, le message reçu ce matin de Guillaume, et le texte en fichier joint. J’invite tout le monde à lire ce texte, sincère et argumenté… bien que je n’en partage pas les conclusions !
Cher Benjamin Renaud,
J’aurais aimé poster ma contribution au débat sur http://www.tache-aveugle.net/spip.p..., mais je viens de constater que l’espace pour réagir était clos. Je vous l’adresse donc directement. Il s’agit d’une réponse (en pièce jointe) à un éditorial de Jazz Rhône Alpes par Pascal Derathé (http://www.jazz-rhone-alpes.com/100614/).
Ce texte synthétise ma position à propos du débat. Bonne lecture. Bien à vous,
Guillaume Bourgogne.
